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PAUL COOPER

paulcooper

Description :

LES AVENTURES DU DETECTIVE PAUL COOPER

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  • Création : 19/06/2008 à 02:32
  • Mise à jour : 17/07/2011 à 03:43
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  • PAUL COOPER
    PAUL COOPER LE PRIVE DE ROUEN PREMIERE JO...

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PAUL COOPER


PAUL COOPER
LE PRIVE DE ROUEN



PREMIERE JOURNEE

De mon bureau, situé au dessus de la permanence d'un parti politique, que je ne citerais pas, car depuis longtemps, la rose est fanée, je contemplais la circulation fluide et limpide de la rue de République.
Enfin lorsque je formule : transparente, comme la rue était en travaux depuis des mois, le mouvement des tacots ne risquait guère d'être volumineux, expliquant ainsi l'ampleur des écriteaux des agences immobilières sur les boutiques amorphes.
Dans cette contrée, c'était bien la seule profession gagnant des espèces trébuchantes

Je me présente, Cooper, mais pas Gary, plutôt Paul.
J'exerce la profession de détective privé.
Néanmoins à l'antithèse du personnage de l'auteur Mickey Spillane : Mike Hammer, je ne me coltine pas avec un galurin.

La taille de mon activité était tout aussi morne et morose, que l'étendue de l'ensemble du voiturage se déplaçant, que je dévisageais du fenêtrage de mon cabinet.

Décidément mon état d'esprit n'était pas au beau fixe.
De plus je discernais présentement le fonctionnaire de l'administration des postes, mettre de la correspondance dans ma boîte aux lettres.
Factures de quels organismes aujourd'hui?
Le suspense et l'incertitude étaient à leur apogée analogue au summum.
Comme d'habitude, mon courrier se contentait de rappels d'impayés, notamment concernant le téléphone, le loyer, les impôts et l'EDF.
Donc rien de bien grave.

Les poches de mon pantalon étant troués, je n'y trouvais ni carolus, ni deniers ou douros.
Si je ne me dépatouillais pas rapidement à trouver du blé, du fric, du pognon, je m'exposais au risque de me retrouver à la rue en train de mendier, quémander, en somme de faire la manche.

Le seul expédient était d'aller au commissariat du coin, Brisout de Barnouville, où mon camarade Bertrand, inspecteur divisionnaire, me refilait parfois de l'ouvrage.
Certes son assistance était sommaire.
Comme acabit de clients, il me fourguait le conjoint cherchant à prouver l'infidélité de sa moitié, malgré les cornes pourtant indéniablement perceptibles sur sa boîte osseuse, de forme ovoïde.

Comme une coutume traditionnelle, ma pauvre cylindrée avait du mal à s'amorcer.
Pourtant en cheminant au Mont Riboudet, j'aurais pu dénicher une dizaine de garages afin de restaurer ma torpédo.
Mais je subodore que aucun de ces établissements n'aurait consenti de me faire crédit.

Enfin après un effort stoïque, digne du philosophe grec Zénon de Cittium plus connu sous le nom de Cition, ma poubelle ambulante accepta de se mettre en route.

Arrivé enfin au commissariat, je pris l'entrée des artistes et arrivais dans les bureaux des inspecteurs.

- Salut Bertrand, comment vas tu?

- Bien, la routine habituelle.
Tu connais la dernière?
Cette nuit, des paumés à moitiés demeurés foutaient le boxon devant le Murphy.
Quand on a rappliqué, ces débiles attardés, nous ont balancé leurs clebs.

- Vous avez du apprécié ce genre de facétie?

- Tu as raison, ces crétins demeurés ont passé un sale quart d'heure.
On leur a expliquer l'art du tabassage et du passage à tabac.
Quant à leurs molosses, ils ont appris un nouveau terme
pour leur glossaire:euthanasie, du grec eu: bien et thanatos : mort.

- Les ténèbres, ce n'est pas l'alacrité.
C'est plutôt rififi, castagne et grabuge.

- Et oui, dans le temps, l'obscurité, c'était la planque, maintenant c'est l'assurance d'en prendre plein la tronche pour des rétributions inconsistantes.

- Que veux-tu, nous vivons une époque moderne.
Bon, plus sérieusement, ta compagnie a beau être plaisante, tu te doutes que je ne viens pas uniquement pour tes beaux yeux.

- Je présume que tu aimerais que je te refile une enquête.
Et bien mon privé préféré, j'ai quelque chose pour toi.
On se voit au Leffe ce midi et je t'explique tout.

- Mon cher poulet de prédilection, le problème, la difficulté, l'ennui, est que je n'ai plus une thune.
Alors pour me sustenter au restaurant, tu assimiles?

- Pas de tourment pour la tortore, on te convie.
Surtout, soit bien à l'heure.

C'était bien la première fois que Bertrand m'invitait à me restaurer dans un troquet.
Les agapes sont une rareté entre nous.

Comme l'énonçait si talentueusement Louis Jouvet et Michel Simon dans "Drôle de drame", une oeuvre du prodigieux cinéaste Marcel Carné :

- Bizarre bizarre comme c'est bizarre.

De retour dans mon bureau, je prêtais l'ouïe à mon répondeur téléphonique annonçant, comme d'habitude, la non-existence de messages archivés.

Pour me distraire avant mon rendez-vous, je me mis à parcourir les annonces du 76, qui désormais se prénommait Top Annonces, le rival du Paru vendu.
Sur le plan du gagne-pain, à part la distribution de prospectus dans les boites aux lettres ou bien pour les filles, bosser dans des bars de nuits comme hôtesses, le secteur de l'emploi était plutôt cafardeux.

Mon entrevue avec Bertrand n'allant pas tarder, je bazardais mon journal de petites annonces dans ma corbeille.

L'hydrocarbure et les places de parking étant à un barème tarifaire prohibitif, excessif, exorbitant, inabordable vu l'ampleur de mon compte en banque, j'avisais d'aller à pied au Leffe, situé place des Carmes.

Je me dirigeais vers l'attrayante rue Saint Romain.
Je raffole cette artère, car elle est remplie d'antiquaires qui malheureusement, sauf gains important dans des jeux de hasard, n'auront irrémédiablement jamais l'honneur et la considération de ma visite.
Dieu merci, observer à travers la devanture, est encore une volupté gratuite.

Débarqué dans la rue des Carmes, je contemplais de jeunes couples se bécoter tout en ingurgitant des sandwiches achetés au snack-bar.
Je remontais sereinement cette voie pour débouler devant le Leffe tout en observant la stéréotomie du pavage, malencontreusement truffé d'étrons de cabots.

A l'intérieur, Bertrand m'attendait déjà, mais il n'était pas esseulé:

- Paul, je te présente Monsieur Doucet, il aurait besoin de ta contribution et de ton concours.

- Enchanté, Monsieur Doucet, que puis-je réaliser pour vous?

- Ma femme s'est évaporée, me répondit-il d'un ton aussi neutre que la Suisse et Monaco réunis.

- Ce genre d'affaires est plutôt du domaine de Bertrand.

- On a déjà enquêté et on a rien obtenu, c'est pour cela que j'ai conseillé et préconisé à Monsieur Doucet de s'adresser à toi.

- Bien, nous allons tranquillement déjeuner et si vous le désirez, monsieur Doucet, nous en discuterons tranquillement à quatorze heures à mon bureau.

La raison pour laquelle je ne désirais pas vaticiner sur ce dossier pendant le gueuleton composé d'une capilotade goûteuse, était mon désir de scruter tranquillement mes deux acolytes.
Cela fait toujours plaisir de déjeuner dans une auberge où on ne ressent pas de cacosmie provenant de l'office.

Visiblement, malgré leur mutisme réciproque, ce n'était pas leur première rencontre.
Manifestement, Bertrand redoutait, appréhendait Doucet.
J'aurais bien voulu savoir quel pouvait être ce lien qui expliquait la subordination perceptible de mon ami envers Doucet.

Après avoir gueuletonné et lampé une fillette de picrate, mon nouveau client m'accompagna à mon étude d'enquêteur à la dérive:

- Depuis combien de temps votre femme s'est esquivée?

- Elle s'est évaporée depuis huit jours?

- Nos argousins ont-t-ils trouvé des éléments de base pouvant permettre de débuter de façon positive mon enquête?

- D'après ce que je sais du coté des condés, c'est le néant, le vide astral.

- Je m'excuse de vous poser cette question, mais votre femme avait-elle, comment dire, des relations hors-mariage?

Doucet me dévisagea alors, d'un air altier :

- Cooper, vous voulez savoir si Béatrice a des amants?
Bien sur et si vous voulez l'inventaire, on en a jusqu'a ce soir.
Pour les connaître, vous n'avez qu'à lire le bottin mondain!
Ma femme ayant fait des études, connaît le vocable : polyandrie.
Elle a un faible pour les adonis.
Les aéronefs sont fait pour s'écrabouiller et les femmes pour l'adultère !

- Elle est peut-être partie avec l'un de ses amis.

- Impossible, absurde, chimérique, extravagant, inconcevable car tout simplement elle n'a pas d'oseille, et l'artiche c'est moi!

- Certes, assurément, je l'avoue, je le conçois, c'est une bonne réponse non dilatoire.

- Cooper, quels sont vos honoraires et émoluments?

- Mes appointements sont de cinquante euros de l'heure.

- Voila un chèque de mille euros.

Doucet ne me paraissait guère sympathique et encore c'est un
euphémisme, mais il fallait bien avouer qu'il avait parfois de bons
arguments surtout sur le plan pécuniaire.

Je repris une habitude, une pratique, un usage oublié depuis longtemps.
Je me dirigeais rue Jeanne d'arc, le wall street local, pour déposer mon chèque, en espérant qu'il ne soit pas ni en bouleau, ni en érable.

Après ce rituel, je décidais d'aller rencontrer Eric, qui bosse comme serveur au Diplomate, un bistrot du coté de la rue Saint Lô, en face du palais de justice :

- Salut Eric, passe moi un café servi dans un mazagran.

- Paul, toi la victime du caféisme, je parie que tu viens me voir pour dégoter des tuyaux sur Doucet?

- Les nouvelles circulent vite.

- Evite le Leffe, si tu veux te soustraire des paparazzis.

- Bon devenons consciencieux, éclaire moi sur Doucet.

- Un homme d'affaires affairiste.
J'affectionne suprêmement les pléonasmes.

- Et oui, comme le disait si bien le littérateur théâtreux, Octave Mirbeau : "Les affaires sont les affaires".

- Bon, je présume que tu es casqué pour retrouver sa moitié.
Des rumeurs, des murmures prétendent que notre agioteur la trucidé.
Fait gaffe, tu marches sur des clous.

- Merci pour le conseil et toi essaye de retrouver un des amants de Béatrice.

Mon tort, ma faute, ma boulette est de détester, d'exécrer les journaux, intitulés en franglais: people.
Savoir qui couche avec qui, est loin de mes tourments quotidiens.
Quant à la finance, le business, je concède de ne pas avoir renouvelé mon abonnement au « Wall-Street Journal ».

Heureusement j'ai le bol, la félicité d'avoir comme ami, un grifton journaliste, Jacques, trimant au quotidien local : le Paris - Normandie, personnification de la paralittérature.
Mon camarade était réputé pour un talent, une prédisposition, indispensable, élémentaire pour résister dans cet univers impitoyable : il avait l'art de savoir de quel coté le vent tourne.
Habileté indispensable pour retourner sa veste à point nommé.

Mes pas m'indiquèrent la rue Ganterie, puis celle de l'hôpital et enfin, j'arrivais devant le siège du canard.
J'éludais l'accueil afin d'esquiver le frein de la petite secrétaire et passais par la porte du garage.

Jacques, planté dans son bureau, inoccupé comme usuellement, faisait du gringue à une souris.

Bien évidemment en le voyant je me mis à chanter la parodie, le pastiche d'un texte du regretté chansonnier Pierre Dac:

- Paris - Normandie ment, Paris - Normandie ment, Paris - Normandie est allemand.

- Très drôle Paul, mais je crains que la suite le soit moins!

- Et pourquoi Jacques?

- Ton affaire sent le brûlé.
Elle risque de t'amener beaucoup d'emmerdes.
La souris de Doucet, une inconditionnelle de l'astrakan, ne serait pas parti seule.
Elle se serait cassée avec un tas de documents dont des individus très haut placés ne désirent pas qu'ils soient diffusés.

- Ils contiennent quoi ces paperasses ?

- je suis un spécialiste des clebs écrabouillés, pas de la page économie!

- Je présume que c'est de le la finance version magouille à responsabilité limitée.

Je sortais aérer, oxygéner mon esprit dans l'atmosphère pluvieuse de Rouen.
En vérité dans ma ville de prédilection, il ne pleut que deux fois par an mais deux fois six mois!
Visiblement, manifestement, je m'étais fait piégé.
Mais bon, mon compte en banque ne l'était plus!

Maintenant, il me fallait trouver des renseignements sur mon client afin d'éclaircir son activité professionnelle.
Seule solution pour résoudre cet épineux casse-tête, aller rendre visite à un professionnel du business et j'en ai un, mon vieux camarade François, bossant à la chambre de commerce.

La marche à pied étant devenu mon principal mode de locomotion, je descendais la rue de la République, puis tournais à droite, en suivant le quai Corneille.
Enfin, j'arrivais quai de la Bourse.
Avant d'entrer, pour questionner François, je portais les yeux sur les menus de Gill, une gargote très coté à Rouen.
Vu les prix pratiqués, que je décrirais comme légèrement prohibitif, le restaurant de Monsieur Tournade n'était pas prêt de devenir ma cantine sauf si je pratique la grivèlerie !

A peine m'étais-je engagé dans le bureau de François que je le oyait proférer:

- Paul, je t'attends depuis au moins deux heures.
Je t'ai préparé le dossier Doucet.
Dis-toi que la nitroglycérine est un explosif pour gamin attardé par rapport à notre affaire.

- Eh mon pauvre ami, pourtant je ne suis jamais passé à la télévision et j'ai l'impression que je suis devenu une star dans cette contrée de province.

- Malheureusement, pour ton intérêt, je crois tu aurais du rester un illustre inconnu.

- Vas-y déballe!

- Notre ami Doucet fait la pluie et le beau temps sur notre belle ville.
Avec sa multitude, son essaim d'entreprises, il a récupéré une ribambelle de contrats avec la mairie.
Du genre gestion des parkings, du zénith ou bien encore le nettoyage des diverses administrations, l'équipement informatique, en clair il a repris tout les appels d'offres possibles de la municipalité.

- Où est le traquenard?

- Tu es un vrai naïf mon pauvre Cooper.
Pour les récupérer, il y a eu plus d'une enveloppe.
Les campagnes électorales ont un coût.
De plus Doucet étant précautionneux, il a arrosé l'ensemble des partis de l'extrême gauche à l'extrême droite.

- Si je pige bien, sa femme s'est fait la malle avec plein de d'écrits pouvant faire exploser la caboche de toutes les notabilités du coin.

- Tu vois quand tu veux, le sang arrive à affluer à ton encéphale.

Après cette entrevue, j'étais légèrement, imperceptiblement, totalement effondré.
Je partais d'une affaire de cornu et je me retrouvais en quelques heures dans une histoire de financement occulte de partis qui risquait de m'éclater à la gueule.

En sortant de chez François, il était environ dix sept heures, j'avais encore une bonne heure pour voir Christelle.
Mon nouvel indic était une péripatéticienne, ½uvrant dans un pied-à-terre du boulevard de la Marne.
Reprenant la tradition rituelle des claques, une lanterne rouge indiquait clairement la raison social de la profession de ma fille de joie.

Pour aller la voir, je longeais le Quai du Havre et remontais le boulevard des Belges, renommé pour ses activités nocturnes.
Mais à cette heure, il était trop tôt pour voir des arpenteuses.
Nos racoleuses entamaient leur labeur pédestre vers 22 heures.
Heureusement pour nos gueuses, les allées rouennaises sont cimentées !

Chandelles, marcheuses, échassières, zonardes, bucoliques, amazones, michetonneuses, caravelles et étoiles-filantes faisaient accroître la croissance économique de l'activité de la luxure locale.
Une attrayante môme avec un joli cramouille rapporte une bonne comptée.

Comme d'habitude, j'étais à peine arrivé chez Christelle que j'entendais sa voix stridente me réciter un amphigouri :

- Paul, toi les emmerdes, tu les aimes.

- Je vois ma jolie que toi aussi tu es au courant de ma nouvelle enquête.
Moi qui aime la discrétion, je vois que c'est loupé, manqué, raté.
Tu le connais Doucet?

- Je suis pas assez classe pour lui.

- Pourtant, tu fais divinement bien l'amour.

- Merci Paul.
Selon les rumeurs, il aurait zigouiller sa femme.
On ne parle que de ça à Rouen.

Bof, à part les on-dit, je n'avais pas grands choses à me mettre sous les quenottes.
Si Doucet avait réellement descendu sa femme, il n'aurait pas fait appel à mes humbles services.

J'avais encore un indicateur à voir, je sais encore une gourgandine, la reine du racolage, nommée Zelda.
je n'ai jamais su si ma fille de joie avait une érudition suffisante pour connaître Scott Fitzgerald.
Enfin, ce n'était pas vraiment le sujet le plus important, mais enfin un peu de culture dans un monde de brutes, ne fait pas de mal.
Je sais qu'elle commençait à user ses souliers vers dix huit heures en bas du boulevard des belges en face de l'Ibiza.
Cette petite vamp fait fie de l'abasie.

Quand la nuit commence à tomber, elle va ensuite tapiner vers la rue Lecanuet :

- Salut Zelda, les affaires tournent?

- Mieux que les tiennes.

- Et pourquoi ma courtisane préférée?

- Le Belge te cherche.
Et je pense que tu sais parfaitement pour quelle raison il veut te voir!

Oui, je le savais, du moins je m'en doutais.
Son sobriquet venait du boulevard où s'exerçait son activité douteuse et bien sur d'un célèbre truand qui s'est fait révolvérisé en faisant son tiercé.
C'était un ancien de l'EDF, c'est de là que vient sa marotte de relever les compteurs.
Que venais faire ce fumier de maquereau dans cette affaire pourrie?

Je savais que je pouvais le trouver dans un bistrot de la rue des Bons enfants:

- Salut Fred, je suis sûr que tu m'attendais!

- Gagné, j'ai des consignes de Doucet.
Je suis là pour te donner un coup de main si j'ai un tuyau.

- Et tu peux m'arroser?

- Pour l'instant j'ai rien.

- C'est bien, journée d'excréments de matières fécales, je vais pioncer.
Bonne nuit le Belge.

DEUXIEME JOURNEE

Profitant des ténèbres, un repos récupérateur lié au sommeil me permis de retrouver un mental victorieux.
Une des premières choses que je décidais de faire était d'aller rendre une petite visite de courtoisie à Bertrand en espérant éviter avec lui, les aménités.

J'ai beau avoir une réserve d'humour et même d'autodérision, mais là j'avoue que là, j'étais limite hors-jeux!

- Salut Bertrand, alors aujourd'hui, pas de cerbères pour bouffer les mollets des membres de la maison poulardin?

- Non mais avec ma méthode liée à l'extirpation et à l'éradication absolue de l'espèce canine, je crains de recevoir du courrier de la part des adhérents de la SPA.

- Plus sérieusement, Doucet et toi avaient oubliés de me signaler certains détails.

- Ecoute, on marche sur un merdier pas possible.
Si tu foires on est tout les deux dans la merde.
Alors démerde toi pour retrouver ces putains de dossiers!

- Ta brigue, c'est pour te rafistoler de la BNI ?

- Boucle la !

Le braquage de cette banque avait provoqué une prise d'otages.
Malheureusement, l'un d'eux était passé de vie à trépas ainsi qu'un confrère de mon pote.
La cursus professionnel de Bertrand s'en était trouvé brisé.

En rentrant dans mon bureau, j'observais si la diode de mon répondeur fonctionnait.
Bien évidemment rien ne clignotait.

J'allais sortir quand un godelureau frappa à ma porte:

- Entrer.

- Mon blaze est Robert Adami.
C'est Eric qui m'a incité de venir vous consulter.
Je suis l'amant de Béatrice.

- Et bien, vous n'étiez pas le seul à la forniquer.

- Enfoiré.

Et en plus d'user d'une terminologie populacière, mon nouveau pote en profita pour essayer de me rosser, mais j'esquivais son coup et le martelais de gnons pour le calmer et l'adoucir.
Un peu d'âpreté simplifie et améliore les relations humaines.

- Ca va mieux?

- Oui, vous avez une bonne droite.

- Et oui, je ne vote plus à gauche depuis le jour où j'ai appris que le meilleur ami de Mitterrand était Bousquet !
Un fond de whisky pour vous redonner une bobine humaine.

- C'est pas de refus.
Avez-vous des nouvelles de Béatrice?

- C'est plutôt à vous de m'en refiler.

- Avez-vous au moins des suspects?

- En pagaille et même un de plus : vous!
Vous me paraissez être un zig très impulsif.
Vous avez très bien pu la tuer dans un accès de fureur.

- Je vous jure que je suis innocent.

- Je l'espère pour vous.
Donner moi votre adresse pour que je puisse vous contacter en cas de besoin.

J'espère que Adami était effectivement irrépréhensible.
Je l'aime bien ce garçon.
Impulsif, bouillant, emporté, fougueux, spontané, volcanique, tout mon portrait quand j'avais son âge.
Son seul défaut apparent était son afféterie inusité, remémorant les muscadins.

Après son départ, mon combiné se mit à tinter.
Le Belge désirerait me voir d'ici une plombe dans son troquet préféré.

Arrivé au zinc, je n'arrivais pas à le dégotter.
Le garçon m'informa qu'il s'était éclipsé quelques instants et qu'il ne tarderait pas à réapparaître.
Patiemment, calmement, tranquillement, je patientais, je battais la semelle, je faisais le pied de grue, je moisissais, à attendre ce souteneur de mes deux!
Un quart d'heure, une demi-heure, trois quart d'heure, une heure passèrent.
La patience et la persévérance m'abandonnèrent et je déguerpissais du boui-boui.

A peine étais-je arrivé à mon bureau que l'appareil bigophonique se mit à carillonner.

- Paul, c'est Bertrand, peux-tu me retrouver à Mont-Saint-Aignan à la Sente de la Croix de l'Epine, et c'est urgent.

Quelques minutes plus tard, j'arrivais dans ce chemin qui menait à l'université.

Je n'étais pas seul car un tas de fourgons et autres paniers à salades, stationnaient au bas de ce sentier :

- Paul, viens voir, j'ai une surprise pour toi.

Par terre, protégé, préservé de la pluie et des regards indiscrets par une étoffe ou autre forme de textile, gisait le corps d'un homme.

Bertrand souleva le drap pour me montrer le défunt :

- Pauvres petites orphelines.
Comment vont-elles faire maintenant pour déambuler sur le macadam rouennais?

Superflu de préciser que le macchabée était celui de notre barbeau :

- Bertrand, puéril de le mener à la morgue.

- Et pourquoi Paul?

- Reluque derrière toi.

En effet, juste en face de cette modeste voie se trouvait le cimetière de l'Ouest.
Bertrand se contenta d'un silence accablé.

Pas de chance pour mon jules préféré, un nervi spadassin avait sorti un flingue de son baudrier.

Le Belge avait dégusté une rafale de projectiles métalliques issues d'un colt, dont tout les criminalistes savent qu'il s'agit d'un pistolet à chargement automatique doté d'un chargeur de sept cartouches, dont le diamètre du canon est de 11,43 millimètres.
Le segment dilaté du tube digestif reliant l'½sophage au duodénum de ce julot était autant transpercé qu'une passoire.
Une décharge de chassepot n'aurait pas fait pire.
Après avoir collectionné les marmites, désormais notre barbillon compilait les bastos.

On ne peut que s'apitoyer pour le curaillon ou cureton qui rendra dans son laïus et homélie, hommage à ce souteneur!
Notre maquereau devra se cantonner d'une oraison jaculatoire mais sans la ferveur.
Il est peu envisageable que sa main-d'½uvre déambulatoire, en sa mémoire, lui construise un cénotaphe.

En remontant cette piste, on débarquait à l'université, endroit où mon feu proxo n'avait jamais du mettre les pieds.
En redescendant du lieu du crime, je me décompressais en regardant circuler les bus ramenant les potaches sur Rouen tandis que des vaches pâturaient dans les champs.

Revenu dans mon bureau, un drôle de zèbre à l'air fat, inconnu à la légion, nippé comme un satrape gouverneur d'une satrapie et doté d'une outrecuidance rare, faisait le pied de grue devant la porte :

- A qui ais je l'honneur?

- Martin Adler, je suis un ami de Monsieur Doucet.

- Vous voulez quoi Adler?

- Tout simplement savoir où vous en êtes?

- Nulle part.

- Soyons sérieux Cooper.

- Soit, mais faisons uniquement des hypothèses.
Béatrice s'était abouchée avec le Belge et l'a ensuite éliminé ou bien autre possibilité Doucet a supprimé nos deux trépassés.

- Dépêchez-vous de trouver quelques choses et vous en serez récompensé.

- Comme le Belge?

- Monsieur Doucet n'a rien a voir avec ce regrettable incident.

- Alors c'est Béatrice.
Notre jules avait du la retrouver et voulu devenir son comparse à moins qu'il ne l'était depuis l'origine.

- C'est à vous de le découvrir.
Pour vous épauler, mettez ce chèque à la banque.

Cinq mille euros, mon banquier ne va pas tarder à me trouver plaisant, ce qui bizarrement, singulièrement, n'était pas le cas ces derniers temps.

Comme le disait si bien Platon:

- La méditation est le début de la sagesse.

La contemplation qu'exerçait d'une façon inouï et prodigieuse mon modeste cerveau, me conseilla d'aller interroger de façon plus méticuleuse l'unique pion qui me restait : Adami, bien évidemment.

Je me rendais d'un pas ferme et décidé dans sa bonbonnière situé Avenue de la porte des champs.

Enfin, cela va de soit, après être passé à la banque, déposer mon chèque!

Je frappais à sa porte et nul ne répondait.

Je sais que c'est mal agir que d'entrer quelque part quand on n'est pas invité, mais enfin comme le prônait Sénèque :

- La fin justifie les moyens.

Il faut dire que les serrures n'ont qu'un seul intérêt : embêter, agacer, asticoter, casser les pieds, enquiquiner les honnêtes gens qui ont perdu leurs clés et enrichir, engraisser les serruriers.
Pour les cambrioleurs ou fouineurs de mon genres, cet instrument ne sert à rien pour rentrer, il suffit d'avoir, ce qu'on appelle en jargon courant : un passe.

Naturellement en quelques instants, j'étais à l'intérieur du logement de Adami car aucun mâchicoulis, échauguettes ou autres bretèches ne pouvaient m'empêcher de pénétrer où je voulais !
Visiblement, son logis était vide.
je fouillais dans les placards, secrétaires et autres lieux de rangement, mais pas de documents, écrits ou papiers pouvant m'intéresser.
Après cette fouille minutieuse, scrupuleuse et tatillonne, je décidais de vider mon réservoir musculo-membraneux dans lequel s'accumule l'urine.

Dans les goguenots, sur son trône, je ne trouvais pas Elvis, mais mon mirliflore, Adami.
Le pauvre, je crains que désormais il soit difficile de l'interroger.
Il avait quitté cette vallée de larmes pour un monde dit meilleur.

Un adepte inconditionnel de l'éventration avait rendu une visite de courtoisie à notre ami.
La partie du corps qui joint la tête au thorax avait subi l'action d'un égorgement, probablement effectué par un coutelas, un cachetero ou autres instruments tranchants fabriqués dans une coutellerie .
La carotide de Adami n'était plus que réminiscence.
Le glaive du bourreau n'aurait pas fait mieux.

Le milieu a toujours eu une idolâtrie pour le braquemart, l'écharnoir et le navaja.

Visiblement, on avait voulu le faire accoucher car il avait été torturé, martyrisé, questionné.
En effet son visage n'était plus composé que de boursouflures, bouffissures, cloques et gonflements.
Son blair ressemblait à celui d'un pugiliste, victime d'un knock-out.

J'appelais, je convoquais de nouveau les forces de l'ordre en la personne de Bertrand.

Quelques instants ou moments plus tard, mon inspecteur préféré était sur place:

- Tu me déranges pour quelle raison Paul?

- Bof, pour pas grand chose.
Tu as envie d'aller aux latrines ?

- Si tu veux, je vais pisser un coup.

Quelques secondes après, il revint en me disant:

- Finalement, je n'ai plus envie d'évacuer le liquide organique excrémentiel de couleur jaune ambré, sécrété par les reins, composé essentiellement d'eau, de sels minéraux et de matières organiques.

- Les grands esprits se rassemblent.

- Je présume que le gars sur le trône, c'est pas le King.
Il me semble qu'il est mort en août 1977.

- Bon, Bertrand, c'est tout simple.
Comme tu vois, on anéanti les vestiges de souvenirs d'éventuels témoins compromettants.
Donc le coupable est soit Béatrice, soit Doucet.
Le problème est de trouver lequel des deux est coupable.

Vraiment pas évident comme casse-tête.

Bon, deux morts en une journée, on est bien loin des sept morts du massacre de la Saint-valentin en 1929, des quatre morts du Tanagra en 1973, sans compter le record absolu avec dix morts au bar du Téléphone en 1978.
Pour me rassurer m'apaiser et me rasséréner, je me disais que j'en étais qu'à ma deuxième journée d'enquête.
Oui, encore une semaine et Rouen pourrait battre les scores de Chicago et de Marseille.
Des macchabées ad libitum .
La journée se terminait, le noir de l'obscurité (je sais, il s'agit d'une formule pléonastique ) tombait comme une ombre sur ma bonne vieille cité.
Demain, il fera jour!


TROISIEME JOURNEE

Ranimer par un assoupissement réparateur, je me levais d'un pas décidé vers mon fatum lié à la dépravation de notre société.

En faisant route vers l'immeuble de l'employeur de mon ami gribouilleur Jacques, j'examinais dans mon entendement la situation de cette indéchiffrable enquête:

- Salut Jacques, tu peux me remercier.
Du fait de mon modeste travail, je t'ai rapporté deux dépouilles.

- Désolé, j'ai reçu des consignes.
Minimum syndical en nombre de lignes.

- Heureusement, que tu n'es pas payé à la ligne comme un vulgaire dealer.

- Officiellement, selon mes directives, pour le Belge, banal règlement de compte dans le milieu et pour Adami, crime de rôdeur adepte des dagues!

- Grosso modo, on verrouille.

- Oui mais ....

- Le 8 mai 1945, capitulation de l'Allemagne.

- Très drôle, je me souviens, à l'époque je résidais à Sigmaringen.
Me coupe plus, s'il te plait.
Pour l'instant, on obstrue la vérité, mais si ça sort dans la presse national, Doucet est cuit, alors grouille- toi de conclure.

- J'y arrive déjà pas avec les minettes alors avec ton histoire d'avilissement criminelle, je préfère ne pas y penser!

De retour à mon bureau, je lisais la feuille de chou que j'avais estampé à ce grimaud.
En effet, mon canard préféré n'avait vraiment pas forcé la dose sur le nombre de caractères d'imprimerie concernant nos deux homicides.

Assis sur mon fauteuil d'entrepreneur en faillite, je cogitais dans mon fort intérieur afin de dénicher une explication, une solution à cette biscornue maudite enquête et bien évidemment, je ne trouvais rien.
Je commençais à désespérer quand la sonnerie du vestibule me réveilla de mes angoisses.

Une charmante nénette, un peu mignarde, loin d'être tomenteuse, s'insinua dans mon modeste cabinet de travail :

- Que puis-faire pour vous?

- Je suis une ami de Béatrice.
Je suis vraiment inquiète sur son sort.

- Vous avez raison de l'être.
Elle est soit déjà clamsée ou elle le sera bientôt.
Au mieux, si elle s'en sort, elle se prendra vingt ans de placard!

Cela va de soi, ma donzelle se mit à chialer.

Comme je suis un romantique rentré, même très rentré, je me mis à essayer de la réconforter tout en la reluquant:

- Allons ma petite du calme.
Il me reste un fond de bouteille de rhum, cela vous fera du bien.

- Merci monsieur Cooper.

- Allez dites moi tout ma petite.
D'abord c'est comment votre sobriquet?

- Mon quoi?

- Excusez moi ma jolie.
J'ai la mauvaise habitude de caqueter l'argot.
Un beau langage, la preuve on l'appelle la langue verte.
En gros, je vous demandais votre prénom?

- Caroline.

- Mignon comme prénom.

- Merci.

Après avoir balancé des banalités, clichés (bien que je ne sois pas photographe), généralités, poncifs, stéréotypes, truismes et autres lapalissades, je décidais de rentrer dans le vif du sujet :

- Caroline, il faut à tout pris que je retrouve Béatrice.
Avez-vous la moindre idée où je pourrais la trouver.

- je sais qu'elle a une amie très proche au quelle elle se confie régulièrement sur ses problèmes conjugaux.

- De quelles sortes?

- Elle est très malheureuse en ménage, Doucet l'a souvent cocufier.

- Caroline, un peu de sérieux, notre amie n'est pas non plus très scrupuleuse sur le plan des m½urs.
J'ai au moins retrouvé un de ses amants.
C'est vrai que maintenant ce n'est plus un rival à Doucet car il dort désormais seul dans un placard de l'institut médico-légal.

Mon humour mortuaire ne l'amusa guère car elle se remit à sangloter :

- Excuser-moi Caroline de cet humour lamentable venant de mon esprit dépravé.

En essuyant ses larmes, elle essaya de sourire mais ne dégagea qu'un faible rictus :

- Caroline, on peut la trouver où cette amie de Béatrice?

- Sophie habite du coté de la place Colbert à Mont Saint Aignan.

- Ecouter, dès que vous avez du nouveau, n'hésitez à m'appeler.

- Merci Monsieur Cooper.

- De rien ma petite.

- Vous créchez où?

- Comment?

- Vous avez du mal avec l'argot!
Votre adresse si j'ai besoin de vous contacter.

- J'ai un loft place Saint Marc.

Que pouvait valoir cette nouvelle piste?
Un nouveau tuyau crevé?
Seul solution pour résoudre ce dilemme, faire un tour du coté du campus.

Seul petit problème, ma guimbarde refusait de démarrer.
Bien que je ne sois pas mécanicien, je détectais un problème d'alimentation électrique.
En simplifiant pour les béotiens, la batterie était vide ou trépassée.
N'ayant pas de célérifère, ni de vélocipède, je pris donc les transports en commun pour interroger mon déposant.
Mon Teor, le nouveau sobriquet des bus rouennais, me déposa rue Thomas Becket à quelques pas de l'immeuble de Sophie.
Je sonnais à la porte, en essuyant mes petons sur le paillasson.
Comme d'habitude, j'entrais sans autorisation en espérant ne pas trouver de dépouilles.

Bien évidemment, une fois de plus, je me fourvoyais car à peine introduit, je trouvais deux cadavres, deux nénettes, dont l'un était totalement non identifiable car sa bobine était réduite en bouillie probablement par des plombs de chasse de fort calibre de type chevrotine.
Je furetais le premier corps pour décrocher des fafs, mais zéro.
Sur le second dont la bouille n'était plus qu'un souvenir, car même de l'essence gélifiée par du palmitate de sodium n'aurait pas été aussi radicale, je trouvais une pièce d'identité.

J'avais finalement retrouvé Béatrice.

Je téléphonais immédiatement à Bertrand :

- Salut Bertrand, j'ai encore du boulot pour toi.

- Me dis pas que tu as encore trouver une charogne.

- Non.

- Ouf.

- J'en ai trouvé deux.

- Merde, je rapplique.

En attendant Bertrand, je fouillais le meublé.
Pas de paperasses pouvant intéresser Doucet.
Je débusquais néanmoins dans une commode en altuglas, des fafes.
Les restes de l'autre cadavre non encore identifié étaient ceux de Sophie.
Ses deux organes thoraciques qui assurent les échanges respiratoires étaient percés de part en part par divers pruneaux.

Bertrand venant juste d'arriver, me demanda le nom des deux charognes.

- J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
Celle-ci c'est Sophie et l'autre c'est celle qui nous intéresse, la fameuse Béatrice.

- On l'a enfin dénicher.
Et nos papiers?

- C'est ça la mauvaise nouvelle.
Pour l'instant j'ai rien trouver chez Sophie.

- T'inquiète, avec mes sbires, on va persévérer à fouiner.

Je rentrais à mon agence en me disant qu'encore six morts et on égalisait le score de Marseille.
Pouvait-on même le battre?
J'ai confiance en ma belle étoile!

Une question me taraudait.
J'avais la nette impression que la petite Caroline s'était moqué de moi.
Etait-elle la complice de Doucet ou bien travaillait-elle seule ou encore avec un troisième larron encore ignoré!
Je jugeais que le plus simple était de me rendre place Saint Marc pour aller rendre une visite de courtoisie à Caroline.

Une fois n'est pas coutume, personne ne répondait aux appels stridents de la sonnerie.
En monte-en-l'air de pacotille que je suis, je m'introduisais dans son appartement.
Dieu merci, je ne trouvais pas de restes humains.
Cela me délassait.
Mais malheureusement pas de papiers non plus!

De retour à mon cabinet, j'observais si la diode, composant à deux électrodes qui à pour objectif de redresser le courant alternatif, de mon répondeur clignotait.
Coutume traditionnelle, je n'avais pas de message.

J'ai la chance d'avoir un ami, trimant à la morgue du coté de la rue Stanislas Girardin.
Un peu de marche à pied ne fait pas de mal.

Je longeais donc la rue Lecanuet jusqu'à la place Cauchoise, redescendait légèrement le boulevard des Belges et arrivait enfin à la salle dite d'autopsie, du grec autopsia "action de voir par soi-même" :

- Salut Doc.

- ça va Cooper, j'ai les rapports concernant les examens anato-pathologique du Belge et d'Adami.
Et en plus, en priorité pour toi.
J'attendais que tu sois là avant de les envoyer aux forces de l'ordre!

- Tu vides ton sac Doc?

- Bon, un truc bizarre.
On pensait que si Adami a été corrigé, c'était d'abord pour le faire parler.
Faux, erroné, incorrect, inexact, on l'a d'abord saigné et ensuite rossé.

- Mais, c'est stupide
A-tu quelques choses à propos de Béatrice et Sophie?

- Et cool Cooper, ces deux là, je viens de les recevoir!
J'ai rarement quatre meurtres en deux jours!
Le ratichon et mézigue sont débordés par le travail.

- Te plains pas, j'en connais des tas qui pointent à l'Anpe.
Tu veux les plagier?

- Chimérique, je suis agent de l'Etat!

- Bon, allez déballe.

- Pour l'instant, je suis encore loin d'avoir fini la dissection des deux cadavres afin de faire une inspection de leurs différents organes en vue d'un examen scientifique ou médico-légal.
Mais je peux t'affirmer une chose.
Si Sophie a bien été refroidi sur place, ce n'est pas le cas de Béatrice.

- Que veux tu exprimer Doc?

- Béatrice a été trucidé environ une bonne demi-heure avant Sophie et pas chez cette dernière car je suis persuadé que son corps a été déplacé.

- Je te remercie Doc.

En sortant, je passais voir un garagiste de mes connaissances que je ne nommerais pas car il avait une tendance à négliger l'élaboration des factures et n'affectionner que les règlements en liquide :

- Alors, pourquoi mon phaéton était hors service?

- Ta batterie était totalement déchargée.
Rien de bien grave, c'est réparé, tu peux la reprendre.
Inutile pour toi de continuer à bourlinguer en draisienne.

Je lui donnais de la main à la main une petite coupure et repartais sur mon chemin couleur de violence.

Je savais que le Belge avait beau être un souteneur de la pire espèce, il lui arrivait d'être romantique et même fleur bleu.
La preuve, je savais, ce que peu de monde était instruit, qu'il était amoureux d'une petite grue boulonnant dans un camping-car parqué dans une aire de stationnement située sous le pont Guillaume le Conquérant.
Dans ce métier, on ne sait jamais si on est suivi, épié, espionné, guetté, surveillé.
Il vaut mieux donc prendre ses précautions pour ne pas être piégé!
Je décidais donc, à vitesse pondérée afin d'éviter le chausse-trape du cinémomètre, de me diriger vers Tourville La Rivière où se situe un important centre commercial.

Arrivé à destination, je marchais vers la principale grande surface, pour rencontrer mon ami Hussein, dont la tâche est d'écouler de l'outillage à caractère informatique à des jobards à tantinet pigeon :

- Salut Hussein, comment va le monde arabe?

- Comment vas- tu sale juif?

- Attention avec nous jamais plus de six jours avec les Arabes.

- Souviens toi en 1973, ça a pris plus de temps.

- Mais en 73, vous avez attaqué pendant le yom kippour, le jour de l'expiation.
Il n'y a pas plus fourbe que les Arabes!

Sacré Hussein, il ne cessait de se tordre sous sa barbichette :

- Plus sérieusement, tu connais mes activités professionnelles.
Je crains d'être suivi, pourrais tu me prêter ton bolide pour une heure?

- Ok, mais passe par la sortie des artistes.
C'est Véronique à l'accueil, donc pas de problème!

Je pouvais donc sortir sans crainte de me faire repérer.

Quelques minutes plus tard je rejoignais la môme du Belge qui était loin d'être blèche :

- je vous attendais Monsieur Cooper.
Fred m'a dit que s'il lui arrivait malheur, je devais vous remettre cette enveloppe.

Pauvre greluche, comment s'amouracher d'un julot comme Le Belge?
Mais le pire est qu'elle retombe sous l'emprise d'un nouveau maquereau ne connaissant pas le romantisme fantasmatique.
Ensuite je retournais Tourville pour redonner les clés au père Hussein.
J'en profitais pour saluer quelques potes comme Benjamin et Marcellin qui officiaient dans la même déplorable activité mercantile.

De retour dans mon siège, je consultais la lettre du Belge.
L'affaire était enfin réglée.
J'avais tout compris.
Demain, nous allons enfin connaître la vérité.

QUATRIEME JOURNEE

Comme tout les matins, je venais contrôler la température rouennaise en faisant une visite de courtoisie à mon ami Jacques.

- Alors Jacques, je t'ai encore ramené deux greluches ayant avalées leurs livrets de naissances, dont notre star locale, Béatrice.
Toujours comme au bon vieux temps de l'Office de radiodiffusion et de télévision française en temps de débrayage, programme minimum en terme de feuillets?

- Erreur mon privé préféré.
Depuis que l'affaire est sortie ce matin dans Libération, on a reçu des suggestions nous recommandant la liberté d'expression!

- La liberté de la presse, c'est une belle chose.
Et puis toi, la déontologie tu connais!
Donc Doucet est cuit?

- Quatre morts dont sa femme, c'est beaucoup.
Innocent ou coupable, cela n'a plus grande importance car l'affaire a fait trop de foin!

- Sacré Jacques, tu as encore retourné ta veste!

- Comme roucoulait le chantre Gainsbourg : « J'ai retourné ma veste quand je me suis aperçu qu'elle était doublée de vison ».

- Tu crains d'être tondu au prochain changement de l'équipe communale?

- Je l'ai déjà été en 1944.
Une fois ça suffit!

A peine étais-je revenu dans mon local professionnelle, que Doucet m'attentait dans le couloir :

- Entrer.

- Les rats quittent le navire.
Je n'ose même pas lire ce que va écrire notre quotidien local.
Je suis cuit, carbonisé, rôti.
J'espère que vous avez pensé à encaisser votre chèque car d'ici peu je pense être à sec!

- Mon cher Doucet, empocher un chèque est une priorité dans mon activité hasardeuse.

- Vous êtes un homme pragmatique.
Finalement je vous aime bien Cooper.

- De mon coté, je ne suis pas épris de vous.
Mais malgré cela, je vais encore vous aider car je sais que vous êtes innocent.

- Vous êtes bien le seul sur la place de Rouen à me considérer comme non-coupable.

- Vous la connaissiez Caroline?

- Bien sur elle était une de mes maîtresses.
C'était ma nymphomane préférée.

- Et cela ne l'empêchait pas d'être une amie de votre femme?

- Vous rigolez ?
Béatrice l'a détestait et la considérait comme une dévergondée !

- Et pour Sophie, qu'on a retrouvé dans son appartement avec votre femme?

- Je ne peux rien vous dire car je ne la connaissais pas.

- Bon, je peux vous dire qu'avant ce soir l'enquête sera close et vous serez innocenté!

Oui, ce n'était même plus une question d'heures mais de minutes!

Je pris mon combiné téléphonique pour appeler Bertrand.
Au commissariat, j'apprenais qu'il était absent car c'était sa journée de repos.

Je me rendais alors directement à son domicile:

- Salut Bertrand.

- Que veux tu Paul?

- Te baratiner de notre affaire.

- Tu as du nouveau?

- Peut-être.
Des trucs bizarres.

- Quoi comme bidules bizarroïdes?

- Si tu as décrypté le rapport d'autopsie, tu as du remarquer des anomalies troublantes.
Adami tabassé, alors qu'il est déjà clamecé.
Béatrice assassinée avant Sophie et dans un autre endroit inconnu.
Et surtout, surtout, pourquoi a-t-elle été défigurée?

- Tu as une explication?

- Moi non, mais le Belge oui.

- Que veux-tu dire?

- Le belge a laissé une lettre posthume et cette missive est dans ma besace.

A ce moment précis, Bertrand sortit de ses frusques son revolver, une arme de poing à répétition, dont le magasin est un barillet tournant :

- Désolé Paul mais je vais devoir de te faire la peau.

- Logique, mais avant d'effectuer ton nouvel acte d'excrétion de témoin, demande à Béatrice de sortir de ta chambre.

Bien évidemment, à ce moment précis, Béatrice apparue.

- Bravo monsieur Cooper, comment avez vous compris?

- Très simple Béatrice, votre cadavre était le seul a être non identifiable.
Je présume que c'est le corps de Caroline que j'ai trouvé consumé?

- En effet, j'ai butté cette salope, quelques instants après qu'elle soit sortie de votre bureau.
Pendant que je la descendais, Bertrand s'arrangeait que pour votre voiture ne démarre pas ce qui nous laissait le temps de ramener le corps de Caroline et de zigouiller Sophie.

- Sophie, elle avait quoi à voir dans cette embrouille.

Bertrand me répondit:

- Elle était une des maîtresses d'Adami et tu sais que Béatrice est très jalouse!

- Et c'est toi qui l'a supprimer?

- Adami, le belge et Sophie, c'est moi.
Pour ce pauvre Adami, c'est bien la première fois que je supprime un zig avec un hansart.
Et puis malheureusement tu es le suivant sur la liste!

- A propos, tu as commis une grosse erreur dans les crimes de Sophie et Caroline.

- Dis- moi?

- Souviens toi quand je t'ai téléphoné de la place Colbert, je ne t'ai pas donné l'adresse pour me rejoindre, alors à moins que tu ais des facultés de perception extrasensorielle.
A propos, j'ai deux questions à te poser.
D'abord, pourquoi tu en lui veux à ce point là à ce pauvre Doucet ?
Et en deuxième lieu, pour quelles raisons t'es-tu abouché avec cette mégère?
Me dit pas que c'est uniquement pour les beaux yeux de Béatrice.

- Tu te souviens de l'affaire de la BNI où un de mes collègues s'est fait refroidir.
J'ai retrouvé le braqueur dans un boui-boui et l'ai immédiatement trucidé sans chercher à être en état de légitime défense.
Doucet fut témoin de cette scène.
C'est même lui qui m'a aidé à transbahuter le cadavre dans l'incinérateur d'ordures pour plus qu'il n'y ait de traces.
La flambée servant à débarrasser de ce qui obstrue est une vieille coutume traditionnelle rouennaise.
Mais bien évidement, je devais lui rendre la monnaie de sa pièce, comme l'informer de tout les racontars intéressant circulant à Rouen ou me débrouiller pour mater, briser des grèves, etc....
Bon, il n'y a pas de bonne compagnie qui ne se quitte.

- Il y aurait un autre épilogue possible.
Tu ne me descends pas et je vous agrafe tout les deux.

- Tordant Paul et comment?

- Tout bonnement en claquant des doigts.

Un bruit, un boucan, un fracas, un barouf énorme se fit entendre quand la police défonça la porte.

Bertrand et Béatrice furent tellement surpris qu'il ne purent réagir et furent menottés immédiatement :

- Bravo Paul, c'est bien toi le meilleur.

- Tu te doutes Bertrand que je n'allais me fourrer dans la gueule du loup sans avoir de biscuits.

Pendant que l'on emmenait nos deux perdreaux en garde à vue, le potentat de la police local, un dénommé Jacques Menou, m'interpella :

- Bravo Cooper, du bon boulot.
Mais sans la lettre du Belge, vous seriez encore en train de fourrager !

- Vous avez raison chef.

Il faut toujours donner son assentiment aux cruches godiches.
Dans sa missive, ce pauvre Fred incriminait Doucet d'être le coupable.
Pitoyable Belge, toujours à coté de la plaque.

De mon coté, je profitais des six milles euros pour casquer mes arriérés.
Quant à Doucet, il allait devoir se mettre quelques temps au vert, en attendant, que tout s'apaise.
Je faisais confiance à son collègue Adler pour s'occuper de ses affaires le temps que l'oubli fasse son oeuvre.

Le barde Gainsbourg chantonnait que:

- L'amitié est imbaisable et c'est là que je me fais baiser .

Oui, Bertrand m'avait bien pigeonné !


UNE PUTE EST MORTE

PREMIERE JOURNEE

Je n'étais pas très submergé, surchargé, débordé par la besogne, le labeur, en clair par le turbin.
Antérieurement, précédemment, j'allais voir mon ami Bertrand pour récupérer un peu d'ouvrage.
Mais depuis que je l'avais envoyé à l'ombre pour une durée indéterminée, logé et nourri gratuitement au frais du contribuable dans une maison d'arrêt, on m'avait gentiment conseillé de ne plus mettre les pieds à Brisout de Barnouville.
Comme on dit dans le milieu, j'étais tricard.

Et pourtant, je connaissais cet hôtel de police, ab origine, depuis son inauguration le vendredi 1er octobre 1982.

Je me souviens qu'à l'époque j'aimais bien traîner au Studio 44 pour voir les concerts des Dogs.
Depuis, malheureusement Dominique Laboubée nous a faussé compagnie.

L'argent de Doucet commençait à ne devenir que réminiscence.
L'accablement, le blues, l'abattement, le cafard, le découragement, la démoralisation, la mélancolie, et la prostration commençaient à m'envahir au moment où la sonnerie de la porte se mit à carillonner.

C'était Zelda, mon héroïne fitzgeraldienne, la reine de l'asphalte:

- Bonjour ma mignonne, tu officies maintenant à domicile.

Comme toutes les femmes que je reçois dans mon bureau, de façon traditionnelle, elle se mit à pleurnicher.

- Allons ma jolie, arrête de larmoyer, ton rimmel est en train de couler sur ta jolie frimousse.

Je lui versais un fond de Whisky américain à base d'alcool de maïs pour lui redonner un attrayant minois.

- Zelda, dis-moi ce qui se passe?

- Ma copine Anne s'est volatilisée.

- Une marcheuse, je présume.

- Tu sais à part le milieu du tapin, je fréquente pas trop!

- Bon, narre moi tout sur ta collègue de travail.

- Elle vient tout droit du Nigeria au fin fond de l'Afrique.
Quand elle est arrivée, elle ne connaissait quasiment rien sur le plan charnel.

- Je te fais confiance sur le plan de la formation professionnelle.
Si un centre d'apprentissage crée un module, option michetoneuse, tu serais engagée comme enseignante.

- Merci Paul.

- Bon depuis combien de temps s'est-elle fait la malle?

- Depuis deux jours.

- Tu sais, elle a peut-être préféré exercer une autre fonction loin du bitume.

- Peu probable, elle n'a ni ami, ni smala en France.

- Tu n'as pas d'autres conduits à section circulaire, en matière souple, rigide ou flexible, servant à l'écoulement d'un liquide ou d'un gaz, à me fourguer.

- Qu'est que tu débites?

- As tu d'autres tuyaux à me refiler sur Anne?

- Je sais qu'elle bûchait pour Riton.

- Je présume que c'est le remplaçant du défunt Fred.
Une bonne nouvelle, les filles de joie ne sont plus orphelines.
On le trouve où, ton Riton?

- Dans un bouge du boulevard des Belges.

- Un garçon sérieux, son bureau est à coté du lieu de labeur de ses employées.
Dès que j'apprends quelques choses, je te contacte.

Elle m'embrassa et repris son chemin, couleur macadam.

L'altruiste philanthropique que je suis, allais entamer sa nouvelle investigation.

Mais, intérieurement, in petto, je me posais des questions?
Oui, comment commencer cette nouvelle enquête?
Inutile d'aller cuisiner les gamines africaines racolant sur le trottoir rouennais.
La plupart ne parle pas le français.
On est loin des courtisanes.

Les rares saillies baragouinées par ces pauvres mômes sont :

- Trente euros la pipe, cinquante euros l'amour.

En sommes, à part pouvoir donner les barèmes de la passe aux personnes aimant putasser, leurs causeries étaient limités sur le plan intellectuel.
De plus, pour celles qui bredouillent correctement notre dialecte, je doute qu'elles acceptent de me faire des confidences.

L'habitude ou l'occasion, je ne sais plus, faisant le larron, je décidais d'un pas ferme et décidé d'aller voir mon vieil ami Jacques, le faiseur de gribouillages au quotidien local.

Arrivé dans son bureau, je décidais de changer de registre en lui chantant un air composé par André Montagard et roucoulé par André Dassary :

- Maréchal, nous voila!
Devant toi, le sauveur de la France,
Nous jurons, nous, tes gars,
De servir et de suivre tes pas.

- Merci Jacques, toute ma jeunesse me revient quand je boulonnais rue Lauriston avec Bonny et monsieur Henri.
Bon plus sérieusement, que veux tu savoir de beaux?

- Tu connais un dénommé Riton?

- Toi, les emmerdes tu les cherches.
Pourtant, après l'affaire Doucet, tu avais eu la sagesse de te faire oublier.

- Arrête de me faire la morale et avise moi sur Riton.

- Par rapport à notre nouveau souteneur local, le regretté Belge était un ange, quasiment un séraphin.
De très mauvais bruits circulent sur ce ruffian.
Une de ses donzelles aurait voulu se tailler.
Il l'aurait retrouvé, salement tabassé et devant les autres filles, pour servir d'exemple, l'aurait aspergé d'essence.
Par pure charité chrétienne, je ne raconte pas la suite.

- Tu la connaissais cette hétaïre?

- Cette quoi?

- Au lieu de coucher avec les teutons, tu aurais du apprendre le Grec ancien et ainsi avec plus d'érudition, tu aurais su que cela signifie sur le plan didactique : une pute!

- Paul, tu crois que si j'étais une lumière que je bosserais dans un canard au fin de la province française.
Non, aucune idée du nom de cette minette.
Bon, fais gaffe, je voudrais te revoir en entier et pas dans une urne!

Pour en savoir plus, je passais voir Eric, serveur au Diplomate.
Comme l'heure du midi se présentait, la clientèle était mainte et nombreuse.

J'attendais au comptoir en buvant un demi, que le chaland se disperse :

- Il y a du monde aujourd'hui.

- Dieu merci, sinon je deviendrais allocataire du revenu minimum d'insertion.
Je sais que c'est à la mode, mais sur le plan financier, ce n'est pas juteux.
Je ne veux pas sombrer dans la mistoufle.
Que veux tu de beau mon bon Paul?

- Connais-tu un dénommé Riton?

- Toi les emmerdes, tu les cherches.

- Je sais et tu va me dire que pourtant, après l'affaire Doucet, j'avais eu la sagesse de me faire oublier.

- Exactement ce que j'allais dire, comment as tu deviné?

- Dans le temps, j'ai eu une relation amoureuse avec une astrologue, adepte de la métaphysique.
Crache moi tout ce que tu sais sur Riton.

- Le successeur du Belge a une très mauvaise réputation.
Il parait qu'il.....

- est un spécialiste de la crémation!
Tu connais le sobriquet de la victime?

- Pas du tout.

Bref, en un mot, j'en étais au point mort!
Comme il était déjà treize heures, je décidais d'aller voir ma chemineau du sexe bien-aimé, Christelle.

J'attendais tranquillement qu'elle en eut finie avec un client pour pouvoir tranquillement l'interroger:

- Alors Christelle, les affaires marchent?
Les michetons pullulent?

- Moyen, le miché est en raréfaction.
On a l'impression que les gens sont blasés, même le stupre ne les intéresse plus.

- Que veux tu, c'est la concurrence de la télévision.
La foule préfère vivre par procuration!
Mais ma jolie courtisane, si je suis venu te voir, ce n'est pas pour parler de philosophie transcendantale mais pour te demander si tu connais un dénommé Riton?

- Le reître, il a fait la peau à l'une de mes copines.

- Je sais éradication par flambée.
Tu la connaissais?

- Non

- Et qui t'en a causé ?

- Tout le monde.

- Donc personne.

Je commençais à me demander si Riton n'avait pas inventé toute cette histoire d'incinération putassière afin de se faire respecter sans difficultés.

Une seule solution pour le savoir : le rencontrer.

Je me cheminais donc vers son bistroquet.

A peine entré, un organe vocal se mit à me vanner:

- Alors Cooper, il parait que tu me cherches.

- Comme le disait si bien Platon dans le Timée ou le Critias, je ne sais plus : "Les grands esprits se rencontrent".

- Tu veux quoi Cooper?

- Une de tes salariées, Anne, a disparu.

- Paix à ses cendres!

- Je connais un scatophile qui ne cessait de proclamer "Pet aux hommes de bonne volonté".

- On ne t'a jamais dit que la curiosité est un vilain défaut!
Je peux te donner comme exemple celui de Adam et Eve.
Ils furent chassés du paradis terrestre pour avoir eu l'indiscrétion malsaine, d'osés manger le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal.

- Dans quelle partie de la bible est évoquée le premier homme issu, selon elle, de la matière et animé par Dieu.

- Mais voyons Cooper, dans la Genèse, le premier livre du Pentateuque.

- Riton, ta causerie est passionnante sur le plan théologique mais je ne suis pas la pour dialoguer du mosaïsme ni de préadamisme.
A mon humble avis, toute cette histoire de réduction en scories d'une de tes entraîneuses, est une vaste carabistouille.
- Tu as raison, je n'ai pas trucidé Anne et je n'ai aucune idée de ce qui lui est advenue.
Je suis particulièrement enquiquiné par cette volatilisation car ma chandelle sur le plan monétaire est très lucrative.
Il me semble actuellement que pécuniairement, tu aurais quelques petits écueils?
Retrouve moi ma protégée et ton affliction financière ne sera plus que souvenir et réminiscence.

Difficile de savoir si Riton désirait réellement que je retrouve sa call-girl ou bien s'était-il moqué de moi et dans ce cas la pauvre Anne exerce désormais son commerce charnel dans un monde paradisiaque, féerique et idyllique.

Mais la nuit tombait.
Un simple goûter dînatoire me suffirait pour ce soir.

Et comme l'écrivait si bien Schopenhauer dans son ouvrage "De la quadruple racine du principe de raison suffisante":

- Demain il fera jour.

SECONDE JOURNEE

En me levant d'un pas décidé et ferme, une hypothèse, une pensée, une réflexion illumina la partie antérieure de mon encéphale.
Si je prenais comme hypothèse et éventualité, certes hasardeuse, aléatoire, que Riton soit irrépréhensible, il était possible, envisageable que Anne ait pu être agressée par un de ses chalands.
Cela valait le coup assurément de vérifier cette supposition.

Je me dirigeais donc sur le lieu de travail de mon ami Jacques :

- Gestapo, police allemande!

- Ah mon Paul que de bons souvenirs que tu me rappelles. L'uniforme m'allait si bien!

- Trêve de Plaisanterie...

- J'y suis allé.

- De quoi tu parles?

- De Trèves en Allemagne.

- Bon je n'énonce plus rien.
Fais moi voir la base de données ou en franglais database de ton canard.

- OK, tu cherches quoi?

- Brutalités, coups, mauvais traitements, sévices, voies de fait sur des personnes se livrant à la débauche contre de l'argent.

- C'est tout simple, entre tes critères et la période désirée.

Les informations défilaient sur un périphérique d'ordinateur ayant une bonne fréquence de rafraîchissement.
Derrière mon dos, Jacques regardait se succéder les divers fait-divers pouvant retenir mon attention.
Une affaire, vieille de dix ans m'interpella.

Un certain nombre de dames de petites vertus furent agressées par un inconnu qui l'est resté :

- Jacques, fait marcher ta mémoire.

- Tu sais bien que je souffre d'une atrophie cérébrale progressive entraînant une aphasie.
Plus sérieusement, ça remonte à Mathusalem, fils d'Énoch et grand-père de Noé.

Consulter mon trafiquant de chair humaine pouvait être une solution pour résoudre mon énigme :

- Alors mon privé, où en est la recherche de ma racoleuse?

- J'ai peut-être un indice qui permettra de la retrouver.

- Raconte, décri, explique, expose, narre, relate, et retrace!

- Il y a dix ans, de nombreuses professionnelles ont été molestées par un quidam, tu as une indication sur ces faits délictueux.

- Malheureusement, tu as mis à coté de la plaque.
Je me souviens de cette affaire.
Un malotru avait eu l'idée malencontreuse, regrettable, de vouloir récupérer des dividendes ne lui revenant pas.
Une cylindrée, non identifiée, la concassé.

- Une fois de plus, le raisiné a dégouliné!

De nouveau, je me retrouvais sans aucunes billes et indications pour dénouer ce casse-tête, dont la solution était difficile à démêler.

Virgile avait beau proclamer dans ses "Géorgiques" qu' :

- Un travail opiniâtre vient à bout de tout.

Je pense si qu'au lieu d'être chantre, il avait été détective, il n'aurait pas écrit cette ineptie.

Assis dans mon fauteuil, l'indolence commençait à me submerger quand l'engin téléphonique se mit à carillonner :

- Cooper, c'est Menou, rejoignez moi tout de suite, du coté de la forêt sur la nationale entre Pont de l'arche et Val de Reuil et surtout ramener Zelda.

Avec ma grue fétiche, nous rejoignirent Menou en évitant d'achopper sur les ventis:

- Je présume que vous avez trouvé une chabraque.

- Oui, venez l'identifier.

- Pas moi, je n'ai jamais vu cette petite, c'est plutôt Zelda qui pourra effectuer ce macabre examen.
Dans quel état est-elle?

- En partie calcinée, mais une bonne partie du visage est encore identifiable.

- Je vais chercher Zelda.

- Zelda sort de la voiture.
J'ai une mauvaise nouvelle.
Je crois qu'on a retrouvé Anne.
Soit courageuse.

Zelda s'approcha du cadavre.
Menou enleva une partie de l'étoffe recouvrant le corps.
Un cri, un hurlement de mon amie me fit comprendre que la courte existence de Anne avait pris fin.

En vivant ce drame, je pensais à cet auteur aujourd'hui oublié, Léon Bloy, affirmant que:

- Mon existence est une campagne triste où il pleut toujours.

Menou me pris à part:

- Je vous promets que je ne vais pas faire de cadeaux à Riton.
Il est déjà dans mon bureau pour une garde à vue.
Mais je doute qu'il nous facilite la tâche en avouant son crime.

Je ramenais Zelda chez elle, lui donnait un somnifère soporifique et attendait qu'elle dorme pour la quitter.

La journée se terminait et comme l'écrivait si bien Goethe dans son Faust :

- La nuit appartient aux anges.

TROISIEME JOURNEE

Je n'avais pas beaucoup dormi, en vérité pas du tout.
J'avais passé la nuit à contempler la voûte stellaire.
Chaque fois que je voyais passer une étoile filante, j'imaginais que c'était l'âme de Anne qui rejoignait son pays d'origine.
Pendant longtemps, je n'ai pu me figurer Riton capable d'une telle barbarie, inhumanité nous rappelant des évènements de notre histoire contemporaine.

Je me rendais chez mon ami le Doc, médecin légiste chargé d'expertises légales.

Quand je suis sur une affaire, il me remet toujours en priorité le rapport concernant l'examen du cadavre et de ses organes, en vue de déterminer les causes exactes du décès :

- Salut Doc.
Combustion spontanée?

- Poilant Cooper.
Pour qu'il y ait combustion d'un corps sans cause externe, il faudrait que se développe à l'intérieur de celui-ci, une température supérieure à 100 degrés sur le plan de l'échelle Celsius, soit 212 degrés Fahrenheit .

- Tu as de quoi de beaux sur le repassage de cette pauvre gamine?

- Un phénomène inaccoutumé dans ma spécialité.

- Quoi comme bizarrerie ?

- Et bien, je vais te surprendre : mort naturel.

- Tu déconnes?

- Simple infarctus.
La môme avait un disfonctionnement cardiaque lié aux deux cavités supérieures du c½ur, où arrive le sang.
Si elle était née en France, on l'aurait opéré de cette pathologie dès l'enfance et elle serait encore là.

- Et le début de crémation?

- Simple mise en scène.
On lui a versé du kérosène des heures après sa mort.
De plus, son corps a été déplacé.
Elle n'est pas morte à l'endroit où on l'a trouvé.
Et oui, désolé, cette ordure de Riton est innocent.

Juste après mon entretien, je me rendais chez Zelda :

- Alors Paul, as tu du nouveau?

- Oui.

- Aller dis- moi tout.

- Riton est innocent.

- C'est impossible.
Mais alors si ce n'est pas lui, qui est le coupable?

- Mais toi ma belle Zelda.
Ne dis-rien et écoute moi.
Je présume que Anne a claqué soudainement dans ton appartement.
Tu l'as transporté dans la forêt et ensuite tu as versé un jerricane de carburant sur sa dépouille.

- Si je l'ai fait, c'est pour que la mort de Anne serve à quelque chose.
Riton a vraiment cramé une copine car j'en ai été témoin.
Que va tu faire maintenant?

- Rien.
Dès que Menou aura reçu le rapport de nécroscopie, il remettra Riton en liberté.
Ensemble, nous mettrons au point une version impliquant un client.
Celui-ci a paniqué au moment du décès de Anne et a tenté de la faire disparaître de façon définitive.
C'est tout.
Ainsi tu ne seras pas inquiété par Riton.
Mais un conseil, fais comme moi, prends quelques vacances, mets toi au vert, faisons-nous un peu oublier le temps que tout se calme.

Je décidais de partir quelques jours en congés.

Ovide, un poète latin surtout réputé pour ses oeuvres à caractère érotique, écrivit dans son poème épique et mythologique, "Les métamorphoses" :

- Le temps qui détruit tout.

Ainsi j'oublierai tout ce milieu, symbole de décrépitude, de déchéance, de dégénérescence et de déliquescence.

Le banquiste Gainsbourg pépiait:

- J'ai toujours été déçu dans mes amitiés.
Je compte mes amis sur les doigts de la main gauche de Django reinhardt.... ou du baron Empain!

Malheureusement, il ne me manque aucun doigt !



UN AMI EST DANS LA MERDE

PREMIER JOUR

Pluie, averse, giboulée, grain, ondée, rincée, saucée, si prendre ses vacances hors-saison est plutôt intéressant sur le plan monétaire, ce l'était moins sur le plan climatique.
Fécamp, port de mer et qui compte le rester, est une charmante cité balnéaire.
Si vous êtes célèbre, prenez vos congés dans cette aimable cité car vous êtes sûr de ne pas être importuné par des paparazzis.

Se morfondre au fin fond du terroir cauchois était pour moi le pire des châtiments, une pénitence similaire à la damnation.

Comme l'écrivait si bien Dostoïevski dans " Crime et Châtiment":

- La mortification est la pire des expiations.

Comme Napoléon à Saint-Hélène, de mon exil fécampois, je brûlais de revenir sur mon lieu d'habitation afin de briser le sommeil de nombreux de mes contemporains.
Blesser moralement, humilier, j'attendais que l'éternité me convoque.
Une durée sans commencement ni fin ne peut que se perdre dans le temps.
Mais l'espoir demeurait du fait que j'avais la connaissance transcendantale, vu que dans le système kantien, cette philosophie qualifie tout élément de la pensée qui est une condition a priori de l'expérience.
Et je savais par usage qu'on allait pas tarder à me téléphoner pour faire appel à mes services.

N'ayant jamais cru à la théorie de l'abandonisme, je n'avais qu'à attendre.

Pour cela, je prenais assise sur le philosophe grec Plotin, fondateur du néo-platonisme dont la devise était :

- La patience est le début de la sagesse.

La ténacité allait peut-être l'emporter car on frappait à la porte de ma chambre d'hôtel.

C'était le patron de l'établissement :

- Monsieur Cooper, on vous demande au téléphone.

Je descendais avec lui pour prendre le combiné dans l'office :

- Paul, c'est Eric.

- Tu n'as pas de honte de me déranger pendant ma retraite thébaïde.

- Rentre immédiatement.
On vient d'arrêter ton ami, le journaliste Jacques.

- C'est quoi cette calembredaine?

- On a retrouvé un macchabée dans son pavillon de banlieue.

- On connaît la victime?

- Je ne sais pas encore.
J'essaye de me tuyauter.
Rejoins-moi le plus vite possible au Diplomate.

Une heure et un quart d'heure plus tard, je confluais à l'estaminet de mon ami :

- Alors Eric, c'est quoi cette billevesée?

- A l'aurore, en se levant, Jacques a retrouvé dans son pieu, une fille dont l'état était défini par l'arrêt irréversible des fonctions respiratoires et circulatoires.

- Mort naturelle?

- Je sais pas, mais la flicaille n'a pas l'air d'avoir l'attention de le relâcher.

Une visite dans la maison poulardin s'imposait, bien que je doute que ma présence soit apprécié à Brisout de Barnouville.
Je n'allais pas tarder à m'en rendre compte.

A peine rentré dans le commissariat que j'entendais un poulet pas très frais hurler:

- Dégage, on t'a déjà dit de ne pas remettre les pieds ici.

- Tu sais que Danton proclamait qu' "Après le pain, l'éducation est le premier besoin d'un peuple", mais toi tu ne dois pas souvent mettre les pieds dans une boulangerie.

Je ne sais si ce peigne-cul avait compris, mais il voulu me répondre par des méthodes liées à une contrainte illégitime basée sur une force brutale.
La violence engendrant la violence, ce pauvre petit poussin, un tantinet béjaune se retrouva rapidement au sol.

A cet instant même apparu le big chef de la police, Jacques Menou :

- Alors Cooper, maintenant on s'en prend à mes hommes.
Jusqu'à maintenant j'ai eu de la patience, mais trop c'est trop.
Emmenez le au niouf dans une geôle.

Entravé par des menottes, je me retrouvais dans une cellule.

Dans ce cul-de-basse-fosse, un gus allongé, coté mur, sur une espèce de paillasse ou grabat, ne cessait de chialer :

- Et mon gars cesse de larmoyer.
Cela fait depuis la nuit des temps, que l'humanité nage dans des excréments composés de matière fécale, donc tout va bien.

Le loustic se retourna brusquement :

- Cooper, que fais tu là?

- C'est plutôt à moi de te poser cette question.

Le zèbre était bien évidemment mon camarade jacques :

- Comment as tu fait pour être là?

- Simple, en tabassant un membre du maintien de l'ordre public et de la sécurité des citoyens.
Plus sérieusement, qui était la fille retrouvée occise dans ton plumard?

- Je l'avais soulevé hier soir au Che Guevara.
Je suis comme toi, il faut bien occuper ses soirées.

- Tu l'as connaissais cette souris.

- C'était la première fois que je la voyais.

- Qu'est ce qui s'est passé?

- Vers deux heures du matin, je l'ai raccompagné chez moi.
On a passé un moment agréable à faire des galipettes.
Et puis vers sept heures, quand je me suis levé, je me suis aperçu que son existence avait pris fin.

- Quelle est la cause du décès?

- D'après ce que j'ai pigé, de plusieurs coups de feu.

- Donc le meurtrier a fixé un silencieux sur la bouche du canon de l'arme à feu pour amortir le bruit de la détonation, sinon le son produit par la vibration t'aurait forcément fait reprendre conscience!

- Tu penses qu'ils vont me mettre au bloc.

- Tu m'en demandes de trop, mon Rouletabille de pacotille.
J'ai m'impression que tu as paumé ton amulette.

Notre conversation fut brutalement interrompu par Menou :

- Dans mon bureau Cooper.

En quittant mon cachot, je rassurais mon ami Jacques :

- T'inquiètes pas , je m'occupe de ton affaire.

Dans le bureau du grand manitou de la police rouennaise, j'eu droit sur le plan rhétorique à une parabole :

- Vous n'avez pas honte de molester un représentant des forces de l'ordre.
Vous avez de la chance que nous soyons le dixième jour du mois de tishri, sinon je vous collais un rapport au cul.
Je peux vous dire que si je voulais, ce serait la taule et je ne parle pas de votre licence....

- Soyons sérieux Menou, nous avons beau être le jour de l'Expiation, je n'ai ni envie de jeûner, ni de prier.
Je veux simplement savoir qui est cette minette retrouvée zigouillée dans le pieu de Jacques.

- Cette jeune femme dénommée Annie, avait 22 ans.
C'est la fille d'un conseiller municipal de Rouen, Henri Clary.

- Ce pauvre Jacques s'est mis dans une situation particulièrement critique.

- Et oui Cooper, il s'est fourré dans un sacré guêpier.
Son donjuanisme l'a directement emmené en cabane.
La question que je me pose et que j'espère Cooper vous vous posez aussi, est de savoir si le ou les tueurs en voulait à Annie, à son père ou pourquoi pas à Jacques.

- Je présume que vous vous voulez que je mette mon grain de sable dans cette bouillabaisse judiciaire.

- Et pourquoi cela?

- Ne me prenez pas pour un cave.
Je présume que par un de vos sbires, vous avez informé Eric.
De là, il était évident que j'allais courir à Brisout et en plus vous me faites rencontrer Jacques...

- Débarrasser le plancher Cooper.
Je vous ai assez vu!

Manquant d'imagination, d'inspiration, je ne voyais qu'un expédient pour commencer mon investigation, aller rendre une petite de courtoisie au Doc, le prince de la médecine légale et de la docimasie:

- Salut Doc.

- Du calme Cooper, j'ai à peine commencé à séparer en ses différentes parties le corps de cette mouflette.
Eviscérer sans humer l'émanation volatile de putréfaction des restes de la victime est tout un art!

- Tu te doutais que j'allais venir?

- Tout le monde sait à Rouen que Jacques est un de tes amis et comme le disait si bien François Marie Arouet : "Toutes les grandeurs de ce monde ne valent pas un bon ami."

- Tu as quoi de beaux?

- Elle a été butée par deux balles d'un Luger P-08 que l'on connaît mieux sous le nom de parabellum, auquel on a rajouté un dispositif au canon pour étouffer le barouf de la déflagration .

- Si vis pacem, para bellum.

- Aujourd'hui rencontrer un détective latiniste est aussi rare que de voir un gamin sachant lire et écrire malgré les méthodes de pointe de l'Education nationale!

- Voudrais-tu dire que la méthode d'apprentissage de la lecture, dite globale ou analytique, mise au point par Decroly, serait d'une efficacité douteuse?
Plus sérieusement, tu as le calibre utilisé?
7,65 ou 9 millimètre?

- Neuf millième partie du mètre
Pas toute récente comme arme.
C'est un pistolet automatique, autrefois utilisé dans l'armée allemande.

- Je te remercie Doc.

- Un détail avant que tu ne partes.
Grâce à la criminalistique, science de toutes les techniques d'investigation policière, je peux t'affirmer que le coup de feu n'a pas laissé de résidus de poudre sur les mains de Jacques.

- Oui, mais le paraffinage ne prouve rien car il a très bien pu mettre des moufles.

Revenu dans mon bureau, je me mis à chercher un avocat pour Jacques.
Il n'était pas du tout évident que le juge le laisse en liberté provisoire.

Je connaissais un défenseur, maître Heiberg à qui je téléphonais immédiatement :

- Bonjour Maître, Paul Cooper à l'appareil.

- Bonjour monsieur Cooper, j'attendais votre appel.
Pas de problème, je m'occupe de l'affaire de votre ami.

- Décidément, moi qui voulait vous faire une surprise.
Pourriez-vous me rendre un autre service mon cher maître?

- Que je vous serve d'intermédiaire entre Jacques et vous dans le cas où je présume que vous auriez des questions à lui poser.

- Je vous remercie Maître.

Le jour commençait à décliner.
Les ténèbres n'allait pas tarder à chasser les dernières lueurs ou clartés de la lumière solaire, mais pour moi la journée était loin d'être bouclée.
En premier, je décidais de passer à Paris-Normandie situé à une centaine de mètres de mon local de labeur.

Arrivé à l'accueil, je m'adressais à l'émoustillante soubrette de l'accueil qui était loin de ressembler à une douairière pimbêche :

- Bonsoir ma jolie.
Ce serait possible de dialoguer avec votre rédacteur en chef?

- C'est pour quel motif?

- Pour pérorer d'un de vos collègues, Jacques.

- Vous êtes qui?

- Paul Cooper, je suis sûr qu'il me connaît.

- Une minute Monsieur Cooper.

Via son installation téléphonique intérieure, elle contacta son boss.

- Monsieur Cooper, Monsieur Largeau vous reçoit d'ici quelques minutes.

- Génial, on va pouvoir discourir un peu tout les deux ma mignonne.
C'est quoi votre blaze?

- Nathalie.

- Vous le connaissez Jacques?

- Oui, c'est un type adorable.

- Un peu dragueur?

- Comme tout les hommes!
Il n'a pas un tempérament monachisme.

- Je vois Nathalie que vous connaissez bien la gent masculine.

Je ne puis poursuivre ma causerie avec Nathalie, car à cet instant Largeau rappliqua et me pria de le suivre jusqu'a son bureau.

- Monsieur Cooper, je présume que vous désirez avoir des éclaircissements sur mon collègue?

- Oui, est ce que Jacques travaillait sur un sujet sensible pouvant expliquer ce crime?

- Non, vous savez bien qu'il ne s'occupait que des chats, chiens et autres quadrupèdes écrasés.
J'avoue que lorsque j'ai appris son arrestation, je suis allé faire un tour sur son computeur.
Mais à part des vidéos ou photos de jeunes femmes dénudées téléchargés sur le net, je n'ai rien déniché.

- Sacré Jacques.
Les girondes hies le perdront et malheureusement peut-être est-il déjà flambé.
Que savez-vous de beaux sur ce tendron?

- Elle était étudiante et préparait sa maîtrise de droit.

- Vous avez un tirage?

- Tenez monsieur Cooper.

- Merci et que savez vous sur son paternel Henri Clary?

- Classique, un toubib faisant parti de la petite bourgeoisie locale.
Homme discret, au conseil municipal, on ne l'a jamais entendu dire un mot et il n'exerce aucune responsabilité importante au sein de la mairie.

- Je vous remercie Monsieur Largeau.

Après avoir quitté Largeau, je rejoignais la petite Nathalie:

- Vous êtes déjà sortie avec Jacques?

- Ne le prenez pas mal, mais je préfère les hommes un peu plus juvénile.

- En clair, inutile que je vous propose d'aller au restaurant et plus si affinités.

- Désolé monsieur Cooper.
Monsieur Cooper, essayer de sortir Jacques de la panade, car c'est un bras type.

- Merci Nathalie.

A part la photo de la petite, je n'avais rien appris.

La faim commençait à me tenailler et pour lutter contre cette calamité fringale, je décidais d'aller voir Eric:

- Il te reste quelque chose à ingurgiter autre que de la lavasse ?

- Pour toi, c'est pas un problème.
Un restant de chou haché et fermenté dans la saumure te ferait plaisir?

- Je ne suis pas contre si tu rajoutes une boisson alcoolisée produite par la fermentation du malt dans de l'eau.

- Assied toi mon grand.
Mon marmiton prépare ta collation sur le piano.
Quoi de neuf pour Jacques?

- Pas grand chose malheureusement.
Tu connais un dénommé Henri Clary?

- Vaguement, c'est même pas un second couteau.
Au conseil municipal, il fait, comme à l'école, acte de présence.
Pourquoi tu me parles de ce ouistiti ?

- C'est sa fille qui s'est fait buter dans la couche de Jacques.

- Il s'est mis dans la merde jusqu'au cou!

- Disons qu'en mettant même un peu plus de nuance, je ne peux difficilement te contredire.
J'ai une photo de la petite Annie.
On sais jamais, tu l'as peut-être déjà vu?

- Désolé Paul.
Le problème, mon pauvre privé, il y a soixante millions de français et dans l'ensemble de notre bonne vieille planète bleu, six milliards d'individus.
Il est difficile de connaître tout le monde!
Elle faisait quoi dans la vie?

- Etudiante en maîtrise de droit.

- Comme l'énonçait si divinement l'adjudant Louis : "Etudiant poil au dent".

- Tu es spirituel ce soir.

- Je vais peut-être pouvoir te prêter main- forte.

- Et comment mon brave Eric?

- Je connais le doyen de la faculté de droit.

- Un doyen qui n'avait pas toutes ses facultés comme l'exprimait le cocasse Raymond Devos.

- Bidonnant.
Il vient tout les matins à 8h30, prendre son café avec un croissant.
Soit présent.

Sait-on jamais, peut-être cet universitaire pourra m'aider.
Et puis naviguer dans le milieu estudiantin me changera des filles publiques et des souteneurs.
Oui, un peu de culture dans un monde de brutes!
Le sommeil commençait à m'envahir.
Mais avant de rejoindre Morphée, dieu des Songes, fils du Sommeil et de la Nuit, je désirais faire un petit tour au Ché guévara.

C'est un bar de nuit situé rue des Bons enfants.
Au rez-de-chaussée, il y a un zinc.

Ensuite, on peut descendre dans la cave où il y a un second comptoir et une piste de danse où se joue uniquement de la musique latino :

- Taulier, une pression.

Je savourais tranquillement ma chope.

Et puis le moment venu, je sortais l'instantané :

- Vous connaissez cette gironde allumeuse?

- Oui elle était là hier.

- Vous ne la croiserez pas aujourd'hui.

- Et pourquoi?

- Deux balles dans le buffet empêchent l'absorption de l'oxygène et le rejet du gaz carbonique.

- C'est pas vrai, elle était encore là hier avec Jacques.

- Jacques est dans un local étroit où il n'est pas prêt de sortir.

- Jacques est un brave bougre qui vient tout les soirs après avoir fini d'écrire ses billets.

- Vous la connaissiez cette petite poulette?

- Première fois que je la voyais.
Jacques était là depuis un bout de temps quand elle est arrivée.
A mon avis, elle cherchait une aventure avec un homme mûr.
Ils ont discutés pendant une heure et sont partis ensemble.

- Ils ont parlés de quoi?

- Banalités et fadaises.
Jacques a parlé de son boulot.
A l'écouter, Albert Londres était un fumiste par rapport à lui.

- Ok merci.

Étrange, singulier et surprenant, comment croire qu'une jeune femme puisse être attirée par ce vieux bonhomme de journaleux de mes deux!
A moins qu'elle avait un intérêt particulier à séduire Jacques?
Mais lequel?
Je revenais dans mon studio pour roupiller.

Comme l'écrivait si bien le métaphysicien Heidegger dans son ouvrage "L'être et le temps" :

- Le sommeil est la meilleure chose pour le repos de l'âme.

SECOND JOUR

Par une matinée pluvieuse, je me levais, guidé par l'envie, la quête, de prouver l'innocence de mon ami.

Mes pas me montraient le chemin du zinc d'Eric où je retrouverais mon maître de conférence:

- Salut Paul.
Je te présente le professeur Antoine Stephani qui a beaucoup de choses à te livrer sur notre victime.

- Enchanté professeur.

- De même monsieur Cooper.
J'ai beaucoup entendu parler de vous.
Vous avez le mérite de montrer la différence entre la théorie du droit que nous apprenons à nos étudiants et la réalité dans son application.

- Selon le principe du concept de réalité réalisé par Auguste Comte et défini dans son ouvrage "Cours de philosophie positive", une thèse ne peut être conforme aux faits que si elle est peut s'appliquer dans l'action quotidienne.

Eric m'interrompu brutalement :

- Le professeur n'est pas là pour disserter de la branche du savoir qui se propose d'étudier les fondements des valeurs morales, et d'organiser les connaissances en un système cohérent, mais de Annie.

- Vous avez raison mon cher Eric.
Annie était une de mes étudiantes.
Brillante, et en plus, elle était loin de ressembler à une grognasse.
Son objectif était de continuer ses études pour devenir avocat.
Nous examinons la face positive mais il y en avait une autre nettement moins reluisante.

- Je pense que cette part d'ombre va m'intéresser.

- Vous avez raison.
Annie faisait parti du mouvement nationaliste universitaire.

- Je vois le genre de sphère politique.
Des gugusses ayant Mein Kampf comme livre de chevet.

- Vous avez tout compris monsieur Doucet.
Nous avons eu plein de problèmes avec cette organisation.
Brutalités envers les étudiants syndicalistes de gauche, violences verbales contre les étudiants noirs ou d'origine maghrébine.

- On peut les trouver où ces fantoches?

- Ils ont un bureau, rue des Augustins.

- Merci professeur.

- Si vous avez besoin de mon aide, n'hésiter pas à passer à la fac.

Une randonnée rue des Augustins me paraissait une condition indispensable.
Ces gogos en plus d'être ségrégationniste, étaient incultes car mettre leur siège dans une rue dédiée à Saint Augustin n'était une pas idée brillantissime.
Pour la raison toute simple que notre docteur et père de l'église était un évêque africain !

Arrivé devant leur permanence, je désirais faire une entrée, digne de mon talent oratoire :

- Salut les fachos.
Vous avez des ouvrages de Hannah Arendt ou de Bernard Lazare ou mieux encore "Cinq années de ma vie" d'Alfred Dreyfus.

- Dégage enfoiré.
Je suis sûr que tu fais parti de la juiverie cosmopolite.

Mon humour, étant sur certains sujets, particulièrement limité, la contrainte par la force me parue nécessaire.
Je l'attrapais par le colback.
Un choc violent composé de châtaignes, gnons, marrons, raclées et volées, défigura mon pauvre petit carabin antisémite.
Allongé au sol dans un état pitoyable, mon adepte du totalitarisme ne cessait de geindre.
Je sais que c'est pécher d'étriller un homme au sol, mais parfois c'est bon de se faire plaisir.
Quelques petits coups de pied accentués sur le bas ventre de mon nazillon ne peuvent pas faire de mal.

Pour être tranquille, afin d'avoir une conversation sereine, paisible avec mon nouveau copain, je descendais les rideaux et bloquais la porte via un meuble.

En attendant qu'il se réveille, je fouillais son bureau.
Rien de surprenant de trouver sur les étagères certains écrits comme "La France juive" d'Edouard Drumont, "Essais sur l'inégalité des races humaines" de Gobineau, "Le mythe du vingtième siècle" d'Alfred Rosenberg et bien sur le best-seller absolu "Mein Kampf".

Mon hitlérien favori commençait à sortir de sa commotion liée à divers tamponnements:

- Tu as bien dormi mon petit?
Regarde cette photographie.
Et me dis pas que tu ne la connais pas!

- C'est Annie.

- Alors là tu te trompes, c'était Annie.
Maintenant elle est disséquée, désossée par un médecin légiste, chargé des expertises légales.

- Annie est morte, c'est pas vrai.

Mon adepte du national-socialisme se mit à verser des larmes :

- C'était ma petite amie.

- Cela ne l'empêchait pas d'aller coïter avec Jacques!

- C'était pour le bien de la cause.
On avait reçu des ordres d'aller fouiller chez ce journaliste pour récupérer tout documents pouvant concerner nos idées.

- Qui t'a donné tes consignes?

- On les reçoit par le net.

Tout cela devenait trop compliqué pour moi.

Le mieux était de prévenir Menou:

- La police va arriver.
Si j'étais à ta place je dirais que je suis tombé tout seul car le chef de la police locale a des tendances hébraïques.

Quelques instants plus tard, Menou était sur place :

- C'est pas la police qu'il fallait appeler mais l'hôpital, il est dans un sale état.

Mon étudiant, ayant bien appris sa leçon, affirma :

- J'ai glissé de ma baignoire en me lavant ce matin.

- Bon, aboya Menou, accompagnez moi tout les deux à Brisout.

Arrivé à son bureau, de nouveau Menou se mit s'égosiller :

- Rester dans le couloir pendant que je questionne ce lascar.

Le temps se déroulait dans son inflexibilité, celle de l'éternité qui est une durée sans commencement ni fin!

- Bon, c'est bien Cooper.
Pour une fois vous n'avez pas émis d'âpreté.
Notre émule du petit caporal est bien tombé tout seul et heureusement que je me suis retenu car ce petit griveton aurait pu faire une rechute.

- Il vous a dit quoi cet aliboron?

- La même chose qu'à vous.
J'envoi mes gars fouiller les personal computer de Jacques aussi bien chez lui qu'à son canard.
Vous allez revoir votre ami Jacques.
Je l'ai fait sortir de Bonne nouvelle.
S'il a l'intelligence de vouloir tout nous dire, il retrouvera peut-être la liberté.

En attendant que la confrontation commence, j'en profitais pour me prendre un café.

Jacques, menottés entre deux gardiens de la paix, accompagné par maître Heiberg portant toge et épitoge, fit son entrée dans le bureau de Menou.

Menou demanda à Heiberg :

- Mon cher maître, cela poserait-il un problème si Cooper assiste à notre entretien.

- Mais cher monsieur Menou, cela ne pose aucun ennui.

Nous entrâmes tous dans le local de Menou qui commença l'interrogatoire :

- Et bien Jacques, vous avez oublié de nous signaler certains détails lors de notre dernière entrevue.

Ayant mauvais esprit, je ne pus m'empêcher de reprendre un mauvais jeu de mots :

- Et même un détail de l'histoire.

- Si vous continuez sur cette pente vous allez prendre la place de Jacques dans son mitard .

Frappé de stupeur, hébété, jacques, visiblement semblait sur une autre planète :

- Je ne vois pas ce que vous voulez dire.

- Le mouvement nationaliste universitaire, ça vous dit quelque chose?

- Bien sur.
Je fais actuellement une enquête sur ce mouvement suite à divers incidents à la fac de droit.

- Et qu'avez vous découvert?

- C'est un essaim de différentes galaxies de zozos excités qui communiquent entre eux via différents sites du web.
Regardez sur mon ordinateur, tout le dossier y est présent.

- Sur ton computeur de Paris-Normandie également?

- Et Cooper, est ce qu'on vous a demandé quelque chose?
Répondez quand même Jacques.

- Evidement, j'utilise des disquettes pour travailler aussi bien au bureau qu'à la maison.

Comme un bon élève un peu faux-cul ou prudent, je préférais lever le doigt avant d'intervenir:

- Oui Cooper, que voulez vous encore?

- Hier, j'ai rencontré le chef de jacques, Largeau.
Il allègue avoir trifouillé la mémoire de l'ordinateur et qu'il n'y avait rien.

- Impossible, tout est sur le disque dur.

Heiberg intervint :

- Sauf si une personne mal intentionnée a effacée ou formatée les données.

Une sonnerie du téléphone intérieur interrompue notre conversation :

- Oui?
Ok, venez immédiatement nous rejoindre.
Bon, mes experts ont examinés vos bécanes.
On va voir ce que ça va donner.

Trente secondes plus tard, un jeune homme entra :

- Alors l'expert, dis-moi tout.

- Et bien patron, au domicile de Jacques, le disque dur s'est volatilisé.
On a épluché les empreintes digitales présentes.
La dernière personne qui s'en est servie est la victime.
Concernant Paris - Normandie, il y avait effectivement un fichier concernant nos suspects mais gommé.
Bien évidemment on l'a récupéré.
Des traces laissées par les sillons de la peau des doigts étaient également présentes en dehors de celles de Jacques.

- Celles de Largeau.

De nouveau Menou me fit un caca nerveux:

- Cooper, vous deviserez quand je vous le demanderais.
Continue l'expert.

- Cooper a effectivement raison.
On a retrouvé les empreintes de Largeau.
Le problème pour lui est sa présence sur notre base de données.
C'est un ancien d'Occident et du SAC.

Heiberg s'immisça de nouveau dans la conversation :

- Le service d'action civique, une histoire pas toute récente.
Si ma mémoire est bonne, on a beaucoup parlé de cette organisation, en 1981, après la tuerie d'Auriol.
Il y a une dizaine d'années, j'en ai discuté avec un député ayant fait parti de la commission parlementaire chargée de ce dossier.
Selon cet élu, la commission n'avait jamais réussi à faire toute la lumière sur cette affaire car trop d'intérêts étaient en jeu.

- Merci Maître.
Largeau pensait que vous aviez découvert son rôle dans les mouvances extrémistes ou du moins voulait-il savoir si vous aviez assez d'éléments pour définir ses activités occultes.

- Mon dieu, j'en étais vraiment loin.
Jamais je n'ai soupçonné mon responsable.

Bien que je craignais de me faire envoyer balader par Menou, je me permis d'exprimer mon humble avis :

- Tout cela est bien joli mais n'explique pas le meurtre de Annie.

- Que voulez-vous énoncer Cooper?

- Pourquoi avoir trucider cette gamine et vouloir faire de Jacques le dindon de la farce?

- En cuisinant Largeau, nous aurons peut-être l'explication de ce crime.
Dans quelques instants, il sera dans mon bureau.

Aussitôt les dernières phonations de mon fonctionnaire chargé du maintien de l'ordre et de la sécurité, mon journaliste jusqu'au boutiste, entouré de deux anges gardiens, fit son entrée dans le commissariat.

- Mon chez maître, Jacques, et Cooper, vous m'attendez tranquillement en prenant un verre chez Eric pendant que je m'occupe de notre sympathisant du messianisme sioniste.

Une poignée de minutes plus tard, nous étions au Diplomate, où Eric pour fêter le retour à la liberté de Jacques, nous offrait une tournée :

- Une chose m'étonne, pourquoi ton singe t'en voulait à ce point?

- Je t'avoue que je n'en ai aucune idée.

Le combiné bigophonique se mit alors à retentir :

- Paul, c'est Menou qui veut te causer.

- Cooper, Largeau n'a pas encore manger le morceau.
Mais cela n'a plus d'importance car on a retrouvé l'automatique à son domicile.
L'affaire pour nous est bouclé.
Maintenant c'est le problème du juge.

Après avoir raccroché et avoir résumé le topo de Menou, je décidais de rentrer dans mon local de la rue de la république.

Comme le disait si bien Nietzsche dans "Ainsi parlait Zarathoustra" :

- Après l'effort que l'on fait, la peine que l'on prend pour faire une chose, il n'y a pas de meilleur qu'une bonne nuit de repos.

DERNIERE JOURNEE

De bon matin, après le passage du sommeil à l'état de veille, je me rendais à la Cascade, acheter le Paris- Normandie, avec en plus le plaisir singulier d'entendre le buraliste ânonné un truisme :

- Pour une fois, le canard part comme du petit pain, dommage qu'on mette pas plus souvent le patron au violon, ce serait bien pour les affaires!

Dans la première page, on pouvait voir la photo de notre inculpé en compagnie d'une charmante vamp.

Désirant m'instruire, je me rendais immédiatement chez Jacques :

- Alors comment va mon captif, détenu, interné favori?

- Je vais te dire, on pionce mieux chez soi qu'au bloc.

- Je veux bien le gober Jacques.
Tu as feuilleté ta feuille de chou?

- Pas encore.

- Bon, la souris à coté de ton ex-boss, tu la connais?

- Bien sur, c'est sa moitié.

- Pourquoi prends- tu une expression rieuse?

- j'avoue avoir eu une aventure avec elle.

- Bon va pas plus loin, on a notre motif.

- Pour une malheureuse liaison, purement sexuelle, tu penses que Largeau aurait voulu que je finisse mes jours aux oubliettes.

- Sans les affaires liées à la jalousie, maître Heiberg pointerait à la soupe populaire.
Je préviens Menou de le sonder sur ce mobile.

Quelques heures s'étaient égrenés, quand je reçu la visite surprise de mon commissaire préféré:

- Rien à faire, Largeau ne veut pas cracher le morceau.
Il prétend ne même pas savoir qu'il était cocu.

- Peut-être ne ment-il pas!
Selon le psychanalyste autrichien Alfred Adler, le mari victime de cocuage est toujours au courant après tout le monde.
J'ai une modeste suggestion à vous faire.
Enquêter auprès de sa femme.

- Pourquoi?

- A part le plaisir des sens que nous nous pourrions traduire comme l'art des parties de jambes en l'air, Jacques ne s'intéresse guère aux nourritures spirituelles.
C'est plutôt un adepte de l'hédonisme.
Vous me comprenez.

- Votre conception de l'esprit dénote votre faculté de comprendre et de découvrir les relations entre les faits et les choses.
Oui Cooper, vous êtes fortiche dans l'analyse des sentiments et des états de conscience!


CONCLUSION

Le lendemain , j'appris sans surprise les aveux de la femme de Largeau.

Oui, quand comme moi, on a lu l'½uvre complète de Otto Rosenfeld, on comprend rapidement que la jalousie est la disposition ombrageuse de celui qui voue un amour possessif et exclusif à quelqu'un et vivant ainsi dans l'inquiétude et le soupçon permanents de son infidélité.
C'était ainsi le cas de la femme de Largeau, qui n'avait jamais supporté que Jacques ne la prenne que pour un simple objet sexuel parmi d'autres.

Et puis comme le disait si bien monsieur de la Fontaine, si ce n'est pas le mari, c'est donc la femme.

Je viens d'apprendre que Jacques vient d'être nommé rédacteur en chef de sa gazette.

Comme le susurrait Gainsbourg :

- Je suis partie en illusion
Arrivé en dérision.


UN INCONNU S'EST FAIT BUTER

PREMIERE NUIT

Tirées directement du tonneau grâce à la pression des gaz qu'elles dégagent, je ne comptais plus les bières que Jacques et moi avions bu, via cette technique.
La nuit était amorcée depuis un long espace de temps.
D'ici peu, les ténèbres ne seraient plus que réminiscence.
Il était temps de quitter le Ché guévara avant que la griserie, liée à une intoxication incitée du fait de la consommation abusive de diverses boissons fermentées par distillation, nous envahisse.
A peine sortis de ce bar, nous entendîmes un puissant bruit provoqué par une détonation.

Ce ramdam tapageur évoquait une déflagration:

- Et Paul, on est pourtant pas le 14 juillet.

- Fait réparer ton organe d'audition, car je parierais plutôt pour le barouf provoqué par un pistolet automatique à chargeur de calibre 7,65 du type browning.

- Tu sais bien que du fait d'une lésion cérébrale, j'ai une difficulté à interpréter de façon cohérente les messages sensoriels perçus par l'organe de l'ouïe

Quelques mètres plus tard, dans la rue Etoupée, allongée au sol, un bonhomme gisait dans une mare de liquide stagnant composée de liquide rouge visqueux, proche de la composition du plasma.

- Paul, selon toi, il est trépassé ce zigoto?

- Le critère médico-légal de la mort est la cessation complète de l'activité cérébrale, attestée par deux électroencéphalogrammes à vingt-quatre heures d'intervalle.
Mais je doute qu'avec notre anonyme qu'il soit utile de réaliser ses deux expérimentations sur cet espace de temps.

A peine le temps de terminer cette coquecigrue que les clameurs, braillements et vociférations des habitants de la rue commençaient à altérer mes tympans.

Des quidams ne cessais de vociférer :

- C'est quoi ce raffut?
On voudrait pioncer tranquille.

Je me contentais de rétorquer :

- Vu le tintamarre que provoque les appareils de signalisations sonores utilisés par les paniers à salades de la maison poulardin, vous n'êtes pas prêt de pouvoir roupiller!

Après un laps de temps relativement rapide, nous vîmes arriver l'ensemble de l'administration judiciaire dans un cortège dont le tintouin faisait penser à la sirène du stuka, appareil de bombardement en piqué, utilisé par l'aviation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
Des antiphones seraient utiles.

Mon cher ami Menou, le big boss des hirondelles locales était présent :

- Encore vous Cooper!
Les criminels ne peuvent donc pas attenter à la vie d'autrui avec préméditation, sans que vous ne soyez présent!

- Pour pasticher mon écrivain préféré, Robert Brasillach , je ne vous dirais qu'une chose : je suis partout !

- J'espère que comme lui, vous finirez avec un ensemble groupé de pruneaux, ciblés autour de votre organe musculaire creux contenu dans la poitrine, agent principal de la circulation du sang.
Vous connaissez cette dépouille?

- Nous n'avons pas eu l'honneur de faire connaissance!

- Débarrasser, déblayer, désencombrer, désobstruer, en clair sans appareil permettant de décoder les informations, du balais Cooper, sinon je vous envoie passer la nuit au poste!

N'ayant pas de tendance autodestructrice proche de celle des kamikazes et voulant terminer la nuit dans mon plumard, je préférais m'éloigner rapidement du lieu du crime.

- Jacques, on va en écraser quelques heures.
Demain, je passe à ton bureau et tu me donneras les dernières nouvelles sur cet énigmatique homicide.

- Ok Paul, ça roule, je te souhaite de dormir d'un sommeil calme et profond.

LE LENDEMAIN

Après avoir passée la nuit avec Morphée, bien que je ne sois pas homosexuel, je me réveillais dans l'espoir que Jacques aurait récolté de nombreuses informations sur la victime de la veille.
Je me dirigeais donc vers le siège du Paris-Normandie, place du général de Gaulle, pour rendre visite à notre nouveau rédacteur en chef.

En arrivant au nouveau bureau de Jacques, je vis la petite Nathalie en sortir.
Une petite môme pas trop mal conservé, probablement nullipare :

- Tiens, je pensais que la petite poulette préférait les jeunes.

- On reste rarement fidèle à ses convictions, surtout si on veut une nomination à un emploi supérieur au sien et pécuniairement plus attractif.

- Et tu arrives à copuler dès l'aurore ?

- Non, à l'aube, la minette se contente d'une pratique
sexuelle consistant à exciter avec la bouche le sexe de l'homme.
De mon coté, j'aime bien lui opérer un modeste cunnilinctus.

- Arrêtons l'espièglerie et la gauloiserie et revenons à nos moutons.
As tu du nouveau sur notre macchabée anonyme?

- Si tu as lu l'évangile selon Saint Jean, tu dois connaître le frère de Marthe et de Marie.

- Certes, je le confesse, l'étude des questions religieuses, sans oublier la réflexion sur Dieu et sur le salut de l'homme, m'intéresse prodigieusement.
Mais quel est le rapport entre Saint Lazare ressuscité à Béthanie par Jésus et notre nouveau pensionnaire de la morgue?

- Très simple, as tu entendu parler de Salah Khalaf, que l'on connaît également sous le nom de Abou Iyad?

- Inconnu au bataillon ainsi qu'à l'escadron!

- Ce sinistre individu était l'organisateur de l'attentat des jeux olympiques de Munich où onze athlètes israéliens ont été refroidis.

- Oui bien sur, je m'en souviens très bien.
C'était en septembre 1972.
D'ailleurs, les autorités allemandes avaient commis une énorme bourde en affirmant que les otages étaient sain et sauf pour malheureusement démentir quelques heures plus tard.

- En effet Paul.
Le porte-parole du gouvernement allemand, un certain Conrad Allers affirma d'abord que l'opération de police était un succès et les otages libérés vivant.
L'horrible nouvelle ne fut officialisée que le 6 septembre 1972 à deux heures seize du matin par l'AFP dont le représentant était Charles Bietry, et plus d'une heure plus tard par les autorités allemandes. Evidement, le communiqué de l'Agence France Presse arriva bien après le bouclage des journaux, et donc tout les quotidiens ont publié leur une sur la libération heureuse des otages.

- Excuse moi de te reposer cette question.
Mais quel est le rapport entre Saint Lazare et ce triste sire?

- Le 15 janvier 1991, notre terroriste fut retrouvé terrassé par un certain nombre de projectiles perforants.
Il fut probablement rayé de la carte des vivants par l'Institut.
- Je n'ai jamais entendu parler de ce mouvement?

- Tu ne connais pas le Mossad?

- En matinée, j'ai du mal à faire la traduction simultanée entre le français et l'hébreux!
Bon ma patience, mon endurance, ma persévérance et ma ténacité ont des limites, crache moi tout ce que tu as sur notre affaire.

- C'est simple Paul.
On a identifié le corps retrouvé rue Etoupée.
Il s'agit de Salah Khalaf.

- Comme Saint Lazare et le phénix, il renaît de ses cendres.

- Pour finir flingué, buté, révolvérisé dans une artère de Rouen.

- Jacques, deux interrogations me taraudent.
Premièrement, qui est mort à la place de Khalaf en 1991?
Secundo, que faisait ce scélérat dans notre bonne vieille ville?

- Si tu le découvres, la Direction générale de la sécurité extérieure t'offrira un contrat de travail à durée indéterminée, convention rare à une époque où tellement sont tricard sur le plan du turbin!

Une chose et une seule me passionne dans la vie, c'est celle de connaître et de s'instruire, même s'il s'agit souvent d'un désir indiscret.

Comme souvent, lorsqu'il s'agit d'une affaire où l'hémoglobine s'est déversé sur le trottoir, je me rendais chez le doc, le professionnel de la nécropsie:

- Salut Cooper, t'es pas en avance aujourd'hui.
Tu n'arrives plus à te lever du pieu?
Méfies toi, c'est le début de l'amoindrissement des facultés mentales par l'âge.

- Garde ton humour de patachon pour tes carabins et balance moi ton rapport.

- Tu sais à mon age les rapports, ce n'est plus que mémoire....

- Vu ton job, c'est même mémoires d'outre-tombe.
Bon arrêtons les craques et passons aux choses sérieuses.

- Un boulot de professionnel, de spécialiste de la disparition brutale et inopinée.
Une seule balle au mercure a suffit pour couper le souffle à jamais de notre client.
Ah les projectiles au mercure, c'est nettement plus propre et efficace que ceux à la glycérine.
Pour une fois que tu me refiles du travail correctement fait par des gens sérieux!

Certes, je n'avais pas perdu de temps mais il me manquait pourtant un élément fondamental, essentiel : une explication cohérente de la présence de cet individu à Rotomagus!

Je ne cessais de me poser cette question quand le poste téléphonique carillonna.

C'était mon garagiste préféré, ennemi de la paperasserie administrative, liée à la TVA et autres charges fiscalement douteuses servant à financer les sévices publics:

- Cooper, j'ai un tuyau pour toi.
Le bonhomme zigouillé quasiment devant toi, je l'ai déjà vu dans mon garage.

- Relates- moi ton savoir.

- Hier matin, des maghrébins sont passés me voir pour une réparation sur leur poubelle ambulante et le gars sur la photo de Paris-Normandie était là avec eux!

- Tu les connaissais ses gaillards?

- Non, mais j'ai noté la plaque d'immatriculation de la caisse.

- Et pourquoi cette pratique?

- Certains clients paient avec de la fraîche frelatée.
Donc avec cette méthode, j'ai une chance de les retrouver afin de les faire revenir sur le droit chemin de l'honnêteté même si parfois il faut rajouter des méthodes de persuasion liées à la force brutale!

Immédiatement après avoir raccroché, je décrochais la poignée, combinaison de l'ensemble d'un écouteur et d'un microphone, afin d'informer Menou.
Demain par l'intermédiaire de Jacques, je saurais ce que valait les informations de mon cousin.

LE SURLENDEMAIN

Dès que ma pendule de chevet, dont la sonnerie se déclenche à une heure réglée à l'avance, se mit en action, je me rendais chez mon ami journaliste, désormais responsable de la coordination de la rédaction de sa feuille de chou!

J'entrais dans son bureau juste après que Nathalie lui ait pratiqué sa licencieuse gâterie matutinale:

- Alors Jacques, la turpitude liée la fornication est pour toi une vraie fontaine de jouvence.

- Je l'avoue, un peu de pompage le matin et une étreinte le soir, il n'a rien de meilleur pour la santé.
J'ai toujours eu une adulation pour la génésique.
Et puis, il faut bien oxygéner mes roustons.
A part cela, j'ai des nouvelles, nettement plus intéressante que ma libido, à te donner.
Une fois de plus, tu as encore fait du bon boulot.
Grâce à toi, Menou est arrivé dans la mouvance d'un petit groupe de fondamentalistes islamiques que fréquentait Khalaf, basé dans les Hauts de Rouen.

- Tu peux m'en dire plus sur nos clients?

- Je pense que tu dois savoir que dans l'islam, la Chari'a est ensemble commandements divins consignés dans le Coran et relatifs au culte mais aussi à tous les autres domaines tel la politique, le droit et la famille.

- Apprends mon petit Jacques, pour ta culture personnelle qu'en français chari'a signifie : le chemin à suivre.

- Bravo pour tes connaissances encyclopédiques.
Le problème aujourd'hui est son application et sa coexistence avec les lois républicaines.
J'avais déjà entendu parler de ce petit groupe qui refuse notamment la mixité à l'école, que leurs filles enlèvent leurs tchadors ou mettent des survêtements pendant les cours de sports.
Sans oublier leur imam qui pendant la conduite de la prière en commun n'hésitait pas à prêcher des discours incendiaires contre l'occident et Israël.

- Et leur éventuel lien avec des mouvements terroristes?

- Des contacts avec le Front islamique du salut ont été signalés.
Mais soyons sérieux, ces fanatiques ne sont pas les représentants d'une éventuelle annexe rouennaise de Al-Qaida.
D'ailleurs, ils ne prétendent ne rien savoir du passé de Salah Khalaf.

- Qu'en pense Menou?

- Sur ce sujet, il les croit!
Mais il y a autre chose.
Les preneurs d'otages à Munich étaient huit.
Cinq ont été abattus par les policiers fridolin.
Trois ont été arrêtés.
Ils ne sont restés que deux mois au mitard, car suite à un détournement aérien, le 29 octobre 1972, d'un avion de la Lufthansa au départ de Beyrouth, ils ont été échangés contre les otages et envoyés en Libye.
Deux ont été liquidés par les Israéliens.
Un seul a survécu, un dénommé Jamal al Gashey.

- Certes l'ensemble des connaissances acquises par ta modeste personne ne cesse de me surprendre et de me subjuguer, mais j'aimerais savoir où tu veux en venir.

- Dans l'appartement du propriétaire du véhicule, en utilisant les procédés liés à la dactyloscopie on a retrouver les empreintes de Gashey.
Bien évidemment, il avait pris la poudre d'escampette avant l'arrivé de Menou.

- Tout cela est rocambolesque.
Ton érudition légendaire pourrait-elle m'expliquer la présence de ces deux individus douteux dans notre bonne vieille ville?

- Gashey, bien évidemment sous un nom d'emprunt, vivait à Rouen depuis quinze ans.
Il a raconté à son entourage que Khalaf était son cousin et venait habiter chez lui pour quelques jours.
je ne peux pas t'en dire plus pour l'instant.

- La question qui me taraude est de savoir, pourquoi ces deux hommes se sont retrouvés trente ans après Munich, dans notre cité?

- Si tu trouves la solution....

- Je sais, je suis embauché par la DGSE!

Mickey Spillanne prétendait à juste titre qu' :

- Un bon limier qui veut réussir son investigation, doit pour recueillir des informations, avoir des informateurs bien placés.

En effet, la pénétration du milieu dans lequel on travaille est la base du succès.
C'est plus difficile quand le détective n'a strictement aucun contact dans la sphère liée à son enquête!
Je décidais donc de laisser tomber.
Je n'étais pas de taille pour rivaliser avec les divers services secrets !
Dans ce cas, laissons la place aux professionnels de la profession!

Pour me remonter le moral, je décidais d'aller boire un demi chez Eric:

- Alors mon privé préféré, tu en es où dans ton enquête?

- Terminée, je n'ai pas l'expérience suffisante pour lutter contre la Central Intelligence Agency ou le Military Intelligence!

- Dommage mon Mike Hammer de seconde zone car j'aurais pu te dépanner.

- Et comment mon brave garçon?

- Tu te souviens du professeur Antoine Stephani?

- Bien sûr, sans lui Jacques serait en train de casser du cailloux à Cayenne.

- Et bien, le doyen connaît le mufti de la mosquée de Rouen.
Qui sait avec cette rencontre, peut-être pourras tu faire progresser ton affaire.

- Prendre rendez-vous avec cet éminent professeur me parait essentiel sinon inéluctable.

- Vous avez raison Monsieur Cooper.

Notre décanat venait précisément de pénétrer au Diplomate :

- Professeur, comme vous l'avez parfaitement compris, une fois de plus, j'ai besoin de votre aide.

- Monsieur Cooper, comme l'écrivait si bien Emmanuel Kant dans son ouvrage "Prolégomènes à toute métaphysique future" : " Rendre service à un ami est une forme de noblesse."

- Professeur, tout deux, nous savons parfaitement que "Prolégomènes à toute métaphysique future" résume et simplifie les grands thèmes de la "Critique de la raison pure".
Mais la schématisation ne peut-elle pas devenir à terme une forme de trahison des idées?

- Paul, le professeur n'est pas ici pour dialoguer de la recherche rationnelle de la connaissance des choses en elles-mêmes, au-delà de leur apparence sensible et des connaissances que l'on en a grâce aux sciences positives, mais pour te faire rencontrer le docteur de la loi musulmane, jugeant les questions de dogme et de discipline.

- Une fois de plus, Eric a raison.
Je contacte mon ami et s'il est libre, on se retrouve tout les trois pour une réunion ce soir vers dix-huit heures à mon bureau de la Faculté de droit.

Quelques heures plus tard, je me retrouvais, avenue Pasteur, dans le bureau du professeur :

- Cher Monsieur Cooper, je vous présente mon ami Muhammad Abdu.

- Enchanté Monsieur.
Etes-vous de la famille de ce célèbre écrivain égyptien?

- En effet, c'était mon grand-père.
Comme mufti, il fut un grand réformateur.
Il proposa une interprétation moderne de l'islam.

- Modernisme et tradition, antagonisme difficilement conciliable!

- Monsieur Cooper, cette opposition séculaire m'inquiète.
J'ai des choses graves à vous dire.
Je sens se lever un vent mauvais.
L'inquiétude gagne, le doute s'empare des âmes.

- Je pense que vous parlez, monsieur le mufti, de l'attitude de certains, souhaitant maintenir dans son intégrité, sans évolution, la religion musulmane.

- Violence, acharnement, âpreté, brutalité, frénésie, fureur et rage, beaucoup de mes frères ont renoncé à la sagesse.

- La conduite du sage est celle qui allie modération et connaissance.

- Vous savez monsieur Cooper que je suis un Jurisconsulte musulman chargé de l'interprétation de la loi coranique.
À chaque question qui m'est soumise, je répond par l'énoncé d'une fatwa, en sommes d'un avis de droit.
Je ne vous apprendrais pas qu'une exégèse est toujours complexe.
Prenez le cas des Témoins de Jéhovah.
Ce mouvement religieux fondé en 1874 aux Etats-unis par Charles Taze Russell se fondent uniquement sur les textes bibliques.
Ils suivent les principes de la Bible dans la vie quotidienne .
Selon eux, la Bible interdirait la transfusion sanguine.

- Je comprends votre raisonnement.
Nous savons que les septantes, docteurs juifs d'Alexandrie, ont traduit la bible en grec au III ème siècles avant Jésus et qu'officiellement la première transfusion historiquement authentifiée est celle pratiquée le 15 juin 1667, par Emmeretz, médecin du roi de France, sur un garçon de 16 ans au moyen de sang d'agneau.

- Et oui, comment les différents auteurs de la Thora auraient pu prévoir et condamner l'évolution des pratiques médicales comme la transfusion sanguine?
A propos, monsieur Cooper, savez-vous que signifie Jéhovah?

- Bien sur, monsieur le mufti, c'est la transformation du tétragramme sacré pour éviter de prononcer le nom sacré de Dieu.

- Monsieur Cooper, votre culture hébraïque ne cesse de m'éblouir.
Je présume que vous savez ce que traduit le terme Tétragramme?

- Bien évidemment, c'est l'ensemble des quatre lettres hébraïques (Y H W H) qui composent le nom du Dieu d'Israël, intégrant plus tard des voyelles et devenant, dans la Bible, yahvé.

Le professeur Stephani interrompit alors notre causerie :

- je vais imiter notre ami Eric.
Nous ne sommes pas ici pour discutailler de théologie, qu'elle soit naturelle, positive, scolastique, spéculative, dogmatique, ou apophatique mais de nos terroristes palestiniens!

- Le professeur a raison.
J'ai une information qui je pense va vous intéresser.
Jamal al Gashey a une s½ur quelque part dans la région.

- Comment le savez-vous monsieur le mufti?

- Je ne dévoile jamais mes sources cher ami.

- Et bien, nous sommes fait pour nous entendre.

Certes ma rencontre avec mon nouvel ami s'était révélé fructueuse sur le plan intellectuel, mais ne m'avait rien apporté réellement de nouveau.
Il était peu probable que sa s½ur soit connue sous son nom de jeune fille.
Autant cherché une aiguille sur une botte de foin!

Encore une fois, je décidais de faire appel à une main secourable, mon bienveillant camarade Jacques.

Après lui avoir instruit des dernières évolution de mon enquête, je lui demandais son avis :

- Problématique comme cas, à moins que ta bonne étoile soit présente.

- Rends moi clair ce qui me parait obscur dans ta circonlocution, mon journaleux préféré!

- Et bien Paul, c'est très simple, regarde si elle n'est pas dans l'annuaire.

- Voyons, tu imagines que la s½ur d'un terroriste vit dans notre pays sous son véritable nom?

- Certes les plausibilités sont médiocres, mais cela ne coûte rien d'essayer.
Via le réseau télématique mondial créé par l'interconnexion de réseaux et d'ordinateurs, nous allons tenter de retrouver sa s½urette.

- Alors branches ta bécane!

En quelques unités de temps équivalent au soixantième d'une minute, apparu sur le tube cathodique, une liste de noms correspondant à notre recherche.

- Maintenant, supprimons les prénoms masculins et voila le résultat.

Un seul nom équivalent aux différents critères de prospection, s'affichait sur l'écran : Benazir al Gashey .

- Mon petit Paul, soit c'est une coïncidence, soit tu as une chance de cocu.

- Mon petit Jacques, attends que je sois marié!

Je pris mon courage à deux mains et me rendis à l'adresse de cette personne.

Dans une cité, située dans un quartier, dit difficile, que certains sociologues considèrent comme criminogène, je trouvais la barre d'immeubles où perche la s½urette.
A l'intérieur du hall, les boîtes aux lettres étaient défoncées.
Des chromos obscènes, lubriques, graveleux, offensant indéniablement la pudeur, étaient esquissés sur les portes des caves.
On ne peut que ressentir de la pitié pour les zupéens et les zupéennes.

Etages par étages, je cherchais l'appartement de Bénazir.

Après avoir monté cinq étages, je trouvais l'habitation de cette femme:

- Madame al Gashey.

- Oui.

- Je suis un ami de Jamal.

- Entrer.
Que lui voulez-vous?

- Lui parler de Salah Khalaf et d'une ville d'Allemagne, capitale de la Bavière.

Un homme sortit alors d'une antichambre avec un pistolet à chargement automatique de calibre 11,43.

- Vous ne m'aurez pas vivant.

- Salut al Gashey, tu crois que si je cherchais à t'avoir je serais venu seul.

- Vous n'êtes pas du Mossad.

- Si j'en étais, tu serais déjà mort.

- Alors vous voulez quoi?

- Te donner un conseil.
Rends toi à la police française car si je t'ai retrouvé, je pense que le service de renseignements extérieur d'Israël va aussi y arriver.
Passes une bonne journée.

Au moment où j'allais sortir, un tintamarre fit frémir mes tympans.
La bouille de Gashey n'était plus que souvenir.
Une balle explosive de type dum-dum dont l'ogive est cisaillée en croix, avait désintégré et désagrégé le tronc cérébral de notre ami.
Les substances nerveuses qui constituent les méninges, dégoulinaient en giclées sur le parquet.
Un tireur d'élite, placé de l'immeuble d'en face, avait fait un carton.

Une apocalyptique algarade avec Menou n'allait pas tarder.

CONCLUSION

Bien indubitablement après ce sabbat, Menou ne me fit pas de cadeaux.
Ainsi je passais la nuit à être interrogé, questionné, cuisiné par mon poulet préféré et ses sbires.

Au petit matin, fourbu, mal rasé, et exténué, je quittais Brisout de Barneville pour retrouver mon ami Jacques:

- Alors Paul, la nuit a été difficile?

- En effet, au commissariat, je n'ai pas rencontré une petite secrétaire connaissant une exagération pathologique des désirs sexuels.
Plus sérieusement, donne moi les dernières nouvelles.

- Un sniper, bien évidemment non identifié, armé d'un Mannlicher-carcano 6,5 mm muni d'une lunette de visée télescopique, placé sur le toit d'un immeuble, n'a pas loupé sa cible.
Mais là, je pense que tu étais au courant, vu que tu es le principal témoin!

- De nombreuses questions resteront probablement sans réponses.
Pourquoi Salah Khalaf a voulu revoir Gashey?
Et puis qui a été tué le 15 janvier 1991?
La dernière interrogation qui me taraude est de savoir comment le Mossad a retrouvé la planque de Gashey?

- Tu as l'élucidation?

- Deux possibilités.
Soit j'ai été suivi ou soit une personne qui m'a aidé à retrouver sa s½ur, aurait des contacts privilégiés avec certains services dit secrets.
Tu me comprends Jacques?

- En ce vendredi, le crépuscule commence.
Il est temps de se consacrer au culte, à la prière et à l'étude de la thorah.

J'attire en me vengeant sa haine et sa colère;
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.
Pierre Corneille Le Cid


LE MANUSCRIT DE DASHIELL HAMMETT


PRIME JOURNEE

Jouvencelles se livrant aux désirs sexuels d'autrui contre de l'argent, souteneurs tirant ses ressources de leurs grues, jusqu'au-boutiste de causes équivoques, en me mémorisant ainsi mes dernières enquêtes, je me rendais compte que notre société criminogène allait forcément vers son étiolement.

En devenant un connaisseur de criminologie, je rêvassais de devenir un Robinson vivant dans la nature, en solitaire.
Voulant éviter un état psychique pathologique caractérisé par une asthénie, un ralentissement de l'activité intellectuelle et motrice, accompagné de tristesse et d'anxiété, je décidais de reprendre le turbin.

Les thérapeutes affirment que l'addiction au labeur peut être considéré comme une altération à la santé.
Quant à moi, l'assuétude à mon job a plutôt tendance à me soigner du blues ambiant.

La liberté d'entreprise, définie dès le XVIII ème siècle par Adam Smith et David Ricardo, est une belle chose, trouver du chaland en est une autre.
Optimiste par raison, j'attendais que l'appareil bigophonique se mette à tinter.

Naturellement, au même moment l'engin de communication se mit à rugir :

- Paul, c'est François.
Rejoins-moi tout de suite, j'ai une besogne qui va te plaire.

François est un vieil ami, bossant à la chambre de commerce, qui maintes fois, me donne un coup de main pour mes investigations.

Je quittais donc mon bureau de la rue de la République pour rejoindre le quai de la Bourse:

- Bonjour Paul, je te présente monsieur Sam Spade.

- Enchanté monsieur Spade.
Que puis-je faire pour vous?

- Etes-vous cinéphile monsieur Cooper?

- Je ne prétends pas tout savoir sur le cinématographe.

- Une production avec Peter Lorre et Mary Astor?

- Je pense avoir trouvé.
L'acteur principal est Humphrey Bogart.
Le réalisateur est John Huston.
Il s'agit donc du « Faucon maltais ».

- Vos connaissances cinématographiques sont éblouissantes.
Maintenant, nous allons tester votre culture littéraire.
Qui a pondu le roman adapté par le metteur en scène des" Misfits"?

- Aisé, commode, élémentaire, enfantin, simple, il s'agit évidemment de Samuel Dashiell Hammett.
Il a commencé sa carrière dans l'agence Pinkerton, rêve inaccessible pour ma modeste personne.
Mais je présume que François et vous même, ne m'avez pas fait venir pour discuter uniquement de séries noires, idolâtrés par le regretté Marcel Duhamel.

- Récemment, j'ai acheté l'original du Faucon Maltais.

- Epoustouflant, ébouriffant, je n'ose vous demander si vous accepteriez que je puisse le voir, même de loin.

- Vous le verrez de près, vous pourrez même le toucher, du moins si vous le retrouvez car on vient de me le barboter.

- Exposez-moi les conditions liés à ce larcin?

- Simple, le manuscrit était dans un coffre, branché à un dispositif d'alarme.
Et bien, aussi extraordinaire que cela puisse paraître ...

- Il n'y a pas eu d'effraction et votre dispositif destiné à signaler une agression ne s'est pas déclenché.

- Comment l'avez-vous subodoré?

- Simplement la connaissance que l'on a d'une chose, acquise par la pratique.

- Vous avez une idée pour résoudre cet énigme?

- Soit l'aigrefin contactera votre assureur ou vous même pour une rançon, ou bien il travaille pour un collectionneur et là il y a peu de probabilités de retrouver votre codex.

Après avoir quitté mon nouveau client, je décidais d'aller voir Jacques dans ses nouveaux locaux.

Depuis la veille, "Paris-Normandie" avait quitté ses bureaux labyrinthiens et ses couloirs labyrinthiques de la place du général de Gaulle pour déménager rue Jeanne d'Arc :

- Pas mal, tes nouveaux espaces de travail.
Tu n'as pas oublier d'emmener dans tes cartons la môme Nathalie?

- Evidemment pas, car mon thérapeute m'a recommandé pour ma ligne de faire de l'exercice!
Ah cela me fait bizarre de changer d'endroit car tu sais que déjà "Le journal de Rouen" notre prédécesseur épuré, créé en 1762, était installé depuis le 1er juillet 1900 à notre ancien emplacement.

- C'est vrai que toi, tu y turbinais pendant l'occupation.
Je me souviens d'un de tes articles : "Je souhaite la victoire de l'Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme s'installerait partout."

- Très drôle Paul, tu sais bien que c'est le regretté Pierre Laval qui a prononcé, le 22 juin 1942, ce discours au studio de la radiodiffusion nationale, situé dans une aile du Grand casino de Vichy.

- A propos, que vont devenir vos anciens locaux?

- Pelleteuses, excavatrices et pelles mécaniques vont d'abord excaver le terrain.
Ensuite, il sera construit un complexe immobilier nommé " Les résidences Saint-Ouen".

- C'est bien de rendre hommage à notre ancien évêque.
Connais-tu un dénommé Sam Spade?

- Bien sur, c'est un prospecteur immobilier.
Le projet de réfection de notre ancien bâtiment, comme tu l'as compris, c'est bien évidemment lui!
J'espère que tu ne veux pas fourrer ton nez dans les magouilles immobilières, car tu pourrais y laisser ta santé et bazarder ton bon état sur le plan physiologique !

- Rassures-toi, je bosse pour Spade uniquement pour lui retrouver un bouquin, terme venant du néerlandais boek.

- Décidément tu es un expert concernant l'étude scientifique, historique et comparative des langues.

- L'écrivain et critique littéraire, Emile Henriot prétendait que "La culture, c'est ce qui demeure dans l'homme lorsqu'il a tout oublié".

- Comme tu ne souffres pas de la maladie Alzheimer, laisse moi te donner une citation datant des événements de mai 68 : "La culture, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale".
Plus sérieusement, la tournée des bouquinistes te changera de la fréquentation des marcheuses et des jules!

- Jacques, toi qui est un adepte de la Cinémathèque fondée en 1936 par Henri Langlois et Georges Franju, connais-tu un film de Win Wenders de 1981 avec comme acteur principal, Frédéric Forrest?

- "Hammett", bien évidemment.
D'ailleurs je me souviens très bien d'un extrait des dialogues : " Avec une main, il cramponne le pognon et de l'autre son flingue. Se servir des deux à la fois, ça il a pas su".
Si ma mémoire est bonne, le réalisateur de "Alice dans les villes" avait adapté un ouvrage de Joe Gores.

- Je vais te donner une nouvelle importante et en de plus en exclusivité.
Spade possède l'originel du manuscrit du "Faucon Maltais".

- Chanceux, fortuné, verni, j'envie cette homme.

- Tu vas moins le jalouser quand tu sauras qu'un malotru lui a subtilisé.

- Et donc, si je comprends bien, il t'arrose pour le récupérer.

- La genèse d'une recherche judiciaire demande beaucoup d'efforts et me cause toujours des soucis.

- Là, il se peut que je puisse te soulager dans tes difficultés.
Je connais un marchand de livres spécialisé dans les manu scriptus.

- Donne moi ses coordonnées et je m'y rends immédiatement.

Quelques instants après, je me retrouvais dans le quartier Saint-Maclou où résidait mon expert en ouvrages, bibles, bréviaires, manuels, missels, libretto et palimpseste en tout genre :

- Monsieur Archer?

- Oui, a qui ai-je l'honneur?

- Paul Cooper.

- Un nom qui commence à être connu à Rouen.
Que puis-je faire pour vous?

- Je recherche un volume.

- Dans ma modeste boutique, vous avez le choix!

- Je recherche dans votre pochothèque un ouvrage de Dashiell Hammet.

- Vous avez bon goût.
Selon Raymond Chandler : " Hammet a sorti le crime de son vase vénitien et l'a flanqué dans le ruisseau."
Je peux vous procurer " La clé de verre" traduit par Marcel Duhamel, et bien sur "Le faucon Maltais".

- C'est ce dernier que je veux chiner.

- Vous en avez pour un euro Cinquante.

- Vous m'avez mal pigé monsieur Archer, je ne cherche pas une édition de poche bon marché mais le manuscrit original de 1930.

- Si vous voulez le voir, demander à son acquéreur, monsieur Sam Spade.

- J'ai un petit détail à vous apprendre.
Une fripouille lui a estampé.
J'ai un conseil à vous donner, si un individu vous contacte à propos de cette oeuvre, évitez de devenir receleur.
Et surtout, n'oubliez pas de me contacter.

La mise en route d'une enquête n'est jamais, de façon indéniable, évidente ou patente.
Deux possibilités s'ouvraient.
Soit le voleur contactera Spade ou bien il essayera de le monnayer à Archer.
Une autre éventualité peut se présenter.
Ne jamais le retrouver comme l'un des panneaux d'un retable, polyptyque ou triptyque de Van Eyck, volé en 1934 dans la cathédrale Saint-Bavon.

De retour à mon agence, j'usais de mon intellect pour résoudre cette nouvelle énigme lorsque le petit instrument métallique en forme de clochette, qui produit un tintement se mit soudainement en activité :

- Monsieur Cooper?

- Oui.

- Joe Cairo, je voudrais vous parler d'un oiseau falconiforme.

- Falco peregrinus, faucon pèlerin, gerfaut, hobereau, émerillon, circaète ou crécerelle?

- Aucune importance, du moment qu'il s'agit d'un rapace diurne et qu'il provienne d'un état insulaire de la Méditerranée, membre du Commonwealth, situé entre la Sicile et la Tunisie.

- J'ai l'impression Monsieur Cairo que vous avez des révélations à me faire.

- La révélation étant une manifestation de Dieu, d'une volonté surnaturelle, faisant connaître aux hommes des vérités inaccessibles à leur simple raison, je me contenterais de vous faire des confidences.

- je vous prête mon esgourde monsieur Cairo.

- Monsieur Sam Spade prétend avoir l'original du manuscrit de Hammett, mais en vérité, il n'en a qu'une copie.

- Qu'en savez-vous?

- L'original a été vendu chez Sotheby's.
Spade a acheté chez Drouot-Montaigne un faux.

- Et qui donc posséderait l'authentique?

- La personne qui est juste devant vous.

- Pourrais-je le voir Monsieur Cairo?

- Ce serait avec plaisir mais il y a une petite difficulté.
Une crapule me l'a chapardé.

- Une éventualité malheureuse peut se produire.
Si je retrouve notre volatile, il faudra déterminer le vrai de l'apocryphe et identifier le véritable propriétaire.

- Le commissaire-priseur m'a donner un acte précisant son origine.

- Ce que vous venez de me dire est passionnant, captivant, exaltant, excitant, fascinant, palpitant, mais il n'y a qu'un problème, Spade possède la même paperasserie administrative que vous.

- Si vous me le retrouvez vos tourments financiers n'intéresseront plus que les historiens.

Beau serment, mais les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Ma devise emprunté au philosophe Parménide, le père de l'ontologie : " La connaissance amène la faculté de comprendre", m'amenait de nouveau chez Jacques:

- Alors Paul, grâce à ta fréquentation assidu des libraires tu as vaincu ton analphabétisme.

- Toi Jacques, tu n'es pas analphabète tu es analphacon!

- Rassures toi ma connerie est abyssale quasiment bathyale.
Et c'est bien que tu ais évolué dans tes lectures depuis l'abécédaire et les syllabaires.

- Jacques, connais-tu un dénommé Joe Cairo?

- Oui, c'est un homme d'affaires sans scrupules, préoccupé surtout par la recherche du profit.

- Mon cher camarade, je ne suis pas là pour écouter des insipidités, des platitudes et autres formules pléonastiques.

- Cairo est l'émule de Spade.
Depuis plus de dix ans, ils se disputent pour obtenir le maximum de transactions.
Du fait de cette rivalité, de nombreuses personnes ont pu s'offrir des résidences secondaires et de superbes cabriolets.

- Les pot-de-vin ont été nombreux à ce que je vois.

- Voyons, imagines-tu le business sans bakchichs, commissions, dessous de table, enveloppes et gratifications?
La concussion est la base de la discussion!
Et pourtant nous sommes à Rouen et pas à Pandémonium !
Mais pourquoi me parles- tu de ce margoulin?

- Lui aussi prétend avoir l'original de notre bouquin.

- Donc il y aurait un indubitable et un factice?
Si tu retrouves les deux, je pense que les querelles d'experts vont occuper les pages de faits-divers de mon canard pour un bout de temps.

De retour à ma table de travail, je vis la lampe de mon appareil automatique qui, en réponse à un appel téléphonique, fait entendre un message préalablement enregistré sur bande magnétique, clignoter.

C'était François qui me demandait d'aller immédiatement le voir:

- Paul, ça fait une plombe que je t'attends.
Spade a reçu un message de notre vermine.
L'échange aura lieu ce soir à minuit au square Verdrel.

- Je présume que tu as une mallette?

- Une petite valise remplie d'un certain nombre de coupures te sera remis ce soir juste avant l'échange.

Ce jardin public se trouvait à quelques mètres du nouveau siège de Paris-Normandie.

A minuit précis, j'étais devant le parc pour mon entretien nuitamment.
J'avais beau chercher mon maître chanteur mais personne, aucun promeneur ne se trouvait à mon horizon.
Après un quart d'heure de prospection, j'allais renoncer quand mon pied heurta un corps d'homme dont la ressemblance parfaite avec Miles Archer indiquait la disparition de la énième librairie rouennaise.

Visiblement, il avait reçu une multitude de projectiles dans la portion du tube digestif comprise entre la région c½liaque et son extrémité distale.
Désormais il s'apparentait plus à une écumoire qu'au genre humain.

Vu son état de santé et sa pâleur cadavérique, Archer ne s'opposerait probablement pas à une fouille corporelle.

Je trifouillais donc sa veste.
Dans sa poche, se trouvait notre fameux manuscrit.

Pas de doute, j'allais avoir encore des enquiquinements avec Menou, mon gallinacé préféré :

- Toujours vous Cooper.
A cause de vous, je ne peux jamais roupiller peinardement.
Même pour retrouver un vieux livre, vous faîtes trimer les croque-morts.

- Je vois que vous êtes au courant de ma récente mission.

- Mon pauvre ami, une fois de plus, je vois que vos clients ne vous ont pas instruit de tout les détails de cette affaire.
Des on-dit circulent.
Spade a caché dans son papyrus, un photostat indiquant le nom des personnalités de la cité ayant le défaut regrettable d'être corruptible.

- Petite question Menou.
Le rapport de Joe Cairo dans cette histoire?

- Cairo voudrait récupérer ce papier pour éliminer son rival.
Comme d'habitude Cooper, vous vous êtes fait piéger.

Avant que les ténèbres se soient évaporées, je décidais d'aller pioncer quelques heures.

DEUXIEME JOURNEE

La nuitée se terminant, je me rendais immédiatement chez le Doc, le souverain de la nécrotomie :

- Cooper, j'en ai marre.
Ras-le-bol de turbiner jusqu'a l'aurore à cause de toi!

- Grâce à mes exploits faisant certes couler un liquide rouge, visqueux, circulant dans tout l'organisme par un système de vaisseaux, tu ignores un mot à la mode : précarité.

- Mais bon Adonaï quand vas-tu piger que je suis fonctionnaire!

- Bon redevenons sérieux.
Dis-moi tout sur mon feu commerçant en écrits.

- Deux balles d'un Browning G.P 35 lui ont coupé la digestion.

- Donc un 9 mm.

- Je vois Cooper que tu es un spécialiste dans la science du mouvement des projectiles lancés par les armes à feu.
Petit Détail que tu n'as pas vu car tu n'as pas dévêtis notre charogne.
Il était couvert de brûlures.
Ses tortionnaires l'ont martyrisé avec le bout incandescent de leur sèche.

- C'est bien la preuve que cette plante herbacée, dont les larges feuilles sont riches en nicotine et en composés aromatiques, est mauvaise pour la santé.

Après cette remarquable réflexion digne de mon génie, j'allais rendre une visite de courtoisie à Jacques :

- Alors Jacques, tu as du nouveau sur mon affaire?

- Avec tes exploits on peut étudier l'audiométrie de la population rouennaise.
Déjà une chose à te dire, le manuscrit retrouvé est une contrefaçon.

- Comment le sait-on?

- La pâte de fibres de cellulose végétales ou synthétiques, qui a servie à fabriquer le papier de notre ouvrage, vient d'une papeterie créé après guerre.

- Cela confirme donc les dires de Cairo.

- Si Spade est malin, il peut prétendre que c'est celui de Cairo qu'on a retrouvé sur le cadavre de Archer et que le sien est toujours dans la nature!

- On est pas sorti de l'auberge.
Il faut définir si le voleur s'intéressait au livre ou au document contenu à l'intérieur?

Faire un saut chez Spade s'imposait :

- Monsieur Cooper, je n'ai rien à voir avec la disparition de ce boutiquier.

- Je vais vous estomaquer car je crois en la véracité de vos propos.

- Et pourquoi?

- Je doute que vous m'auriez remis une petite valise remplie de thunes si vous aviez décidé d'intervenir sans ma modeste collaboration.

- Alors qui est le tueur?

- Deux possibilités se présentent.
Le coupable est soit Cairo, ou soit le client de Archer.
Mais dans ce dernier cas, comment aurait-il pu savoir que le manuscrit était une contrefaçon?

- A vous de le découvrir monsieur Cooper.

Profitant d'une éclaircie dans l'éther cauchois, je décidais de faire une petite promenade chez Cairo.

A peine avais-je effectué quelques pas qu'un bonhomme m'interpella :

- Monsieur Cooper?

- Oui et vous?

- Wilmer Cook, Archer était un de mes amis.

- Toutes mes condoléances monsieur Cook.

- J'ai une idée de celui qui a commis cette infamie.
Un type qui s'appelle Casper Gutman l'a contacté pour lui fourguer un livre.

- Un adepte de la fauconnerie je présume?
Et donc après avoir acheté notre vertébré ovipare, Archer a voulu le revendre à son propriétaire.

- Vous avez tout compris Monsieur Cooper.

Archer avait été suivi, soit par Cairo ou Gutman.
Après l'avoir fait mourir de façon violente, l'un des deux avait soit compris que le bouquin était un faux ou bien n'ayant pas trouvé le document compromettant de Spade, l'avait laissé sur place.

A mon humble niveau, je ne pouvais aller plus loin, j'informais donc Menou de l'existence de Gutman, notre nouveau suspect dans une enquête qui n'en manque pas.

Je reprenais ma route vers les bureaux de Cairo qu'avait interrompu l'apparition de Cook.

Une mignonne allumeuse, pas du genre à se contenter de brimborion ou de colifichet, s'occupait de l'accueil :

- Bonjour ma petite, je voudrais voir Monsieur Cairo.

- De la part de qui?

- Paul Cooper.

La belle môme aux moult appas, via l'Installation téléphonique intérieure, contacta son boss.

- Monsieur Cairo va vous recevoir d'ici quelques instants.

- C'est quoi ton prénom ma poulette?

- Brigid.

- Si mon entreprise était plus florissante, je t'engagerais.

- Monsieur Cooper, j'ai déjà du travail.

- Tu risques de te retrouver au chômage si j'envoie ton chef au trou.

- Pourquoi voulez vous mettre dans un lieu de détention monsieur Cairo?

C'est Cairo, jaillissant brusquement, inopinément de son bureau, qui donna la réponse à Brigid :

- Tout simplement car Monsieur Cooper croit que j'ai perpétré un homicide volontaire commis de plus avec une circonstance aggravante : la préméditation, c'est bien cela?

- Si vous avez de quoi me contredire ou réfuter, c'est l'occasion ou jamais.

- La nuit, je dors.
Je ne me promène pas dans les parcs pour couper du bois afin de chauffer mes locaux.
Je ne suis pas affouagiste.
Pour la production de chaleur, j'utilise d'autres types de matières combustibles.

- Si vous ne me trouvez pas un alibi plus sérieux, pour les vingt prochaines années, vous serez exonérer des factures de chauffage.

La gamine intervint soudainement :

- Monsieur Cooper n'a pu commettre ce crime car cette nuit il était avec moi.
Toute la soirée, nous n'avons cessé de forniquer.

- J'espère ma poulette que tu ne mens pas car apprends que les prisons ne connaissent pas la notion de mixité.

Certes ma naïveté et mon Ingénuité sont célèbres, mais si Cairo et Spade sont des concussionnaires, des personnes ne connaissant que la corruption et le graissage de pattes, je ne les vois pas faire joujou avec leurs petits flingues dans les parcs publics.

Depuis l'affaire de la combustion non spontanée de Anne, je n'avais pas revu Zelda.

Le prénom de cette tapineuse me rappelait Zelda Sayre.
Son mari Francis Scott Fitzgerald, victime de son intempérance, se ruina la santé tandis que zelda finit dans l'incendie de l'hôpital psychiatrique, où depuis un bail, elle était claquemurée.
Je ne sais pas si la nuit est tendre mais ce ne fut pas le cas de leurs existences.

Je me dirigeais donc vers son studio du coté de Saint-sever :

- Salut ma catin préférée.
Tu es devenue grande, tu ne joues plus avec les allumettes?

- Au lieu de gausser, tu ferais mieux de mettre ce chien galeux de Riton à l'ombre.

- Hegel dans son ouvrage " La phénoménologie de l'esprit" écrit en 1807, indiquait cette parole de sagesse : "Chaque chose en son temps".

- Je présume Paul que tu n'es pas venu me voir pour bavarder sur la dialectique hégélienne.

- Tu connais un dénommé Gutman?

- Casper Gutman?

- C'est bien lui.

- Maître chanteur, maquereau, receleur, monte-en-l'air, il n'a qu'une qualité, il a le mérite d'être polyvalent, chose rare à notre époque de décadence.

- Il crèche où notre loustic?

- Garçon prudent, il n'a pas de domicile fixe.
Essaye du coté de la Boite à Bières ou du Big-Ben, tard le soir ou tôt dans la matinée.

- Impeccable, cela correspond à mes horaires.

La nuit n'allait pas tarder à devenir une réalité indéniable, mais il était encore trop tôt pour visiter les bars de nuit que fréquente notre nouvel ami.

En attendant, en pique-assiette professionnel que je suis, je me rendais chez Jacques pour lui taxer un ou plusieurs verres d'une eau-de-vie composée d'orge, d'avoine et de seigle.

Mon ami était dans son bureau en train de lire les différents articles des membres de sa rédaction :

- Mon dieu que de fautes d'orthographe.
Enfin, l'errata depuis longtemps, n'est plus pour moi une amusette.
Je n'ose faire une rubrique erratum de peur que je ne retrouve imprimé ce terme qu'avec un seul r !
Visiblement, la plupart de mes journalistes ne connaissent pas l'ensemble des règles régissant l'écriture des mots d'une langue.
Je ne leur demande pourtant pas de faire des alexandrins dodécasyllabes.
Il est déplorable que mes confrères soient aussi novice que le vulgum pecus.
Odi profanum vulgus.

- Et oui, mon pauvre Jacques, c'est la déification de la paupérisation de l'intellect !

- Paul, ouvre le placard.
Prend deux godets ainsi que la bouteille bien entendu.

- Jacques, connais tu un dénommé Casper Gutman?

- Tu vois, ce qui est bien avec toi, on ne se languit jamais.
Tu amorces par une enquête liée à la littérature donc communément, intellectuellement riche et on fini par causer d'un vulgaire malfrat sénescent et atrabilaire.

- Tu sais quoi de beau sur ce coco?

- Sans lui, le procureur de la république, les avocats et les avoués verraient leurs activités professionnelles diminuer de façon considérable.

- Et ça rempli la rubrique des faits divers de ta feuille de chou.

- Si tu le cherches, essaye vers deux heures du matin du coté de la Cascade.
C'est l'heure où il se ravitaille en clopes et se tape un demi.

Je décidais donc de me lever dès potron-minet ou potron-jacquet pour discuter avec cet obscur sommité.

A l'heure prévu, j'entrais dans ce bar-tabac, quasiment, pour ainsi dire, ouvert en permanence:

- Patron, Gutman est passé?

- Il ne va pas tarder, c'est son heure!

Il n'y avait plus qu'à poireauter en prenant un petit noir.
Mais le temps passait et rien ne venait.
Je décidais de jeter l'éponge et de retrouver mon plumard.

En redescendant la rue de la République, je vis une paluche dépasser parmi une flopée de poubelles dont la fragrance était nauséabonde et méphitique.
Probablement, encore un clodo loqueteux, adepte de la coprophilie, qui s'était trouvé un drôle de coin pour roupiller.
Indiscret de naissance, je désirais en être sûr.
En observant derrière les récipients à couvercle destinés à recevoir les ordures ménagères, un anonyme gisait, criblé par un certain nombre de cartouches ou de grains de plomb.
Visiblement la glande abdominale appartenant à l'appareil digestif, ayant une double fonction, exocrine ou biliaire, endocrine ou métabolique n'était plus qu'un amas sanguinolent non homogène.

La perforeuse perforatrice de chair avait encore opérée !

Je fourrageais dans les poches des restes de mon macchabée.
En lisant le nom indiqué sur le permis de conduire, je comprenais que je n'aurais jamais l'occasion de faire la causette avec Gutman.

Vu la raideur musculaire due à la dégradation et à la disparition de l'acide adénosine, cette fripouille était clamecé depuis peu.

Une seule chose me tracassait : la réaction de Menou.

Je ne faisais pas erreur sur ce sujet :

- Cooper : assoupissement, somnolence, hibernation, inactivité, léthargie, torpeur, repos sont décidément des termes inconnus dans votre jargon!
Les membres du monde de la pègre devraient, comme les caves non-affranchis, passer l'arme à gauche, pendant les heures de bureau.

- Mon cher Menou, le milieu ne connaît pas les trente cinq heures.

- Avec vous Cooper, mes RTT explosent!

- Je ne savais pas que vous étiez un ancien du Régiment de Tirailleurs Tunisiens!

- Cooper, esquivez, filez, éclipsez, partez, retirez-vous sinon vous allez passez le reste de la nuit dans un cul-de-basse-fosse.

Vu où tournait la situation, je préférais rentrer à mon domicile pour effectuer une suspension périodique et naturelle de la vie consciente, correspondant à un besoin de l'organisme.

TROISIEME JOURNEE

Comme après chaque homicide, dont du fait de mon activité professionnelle, j'étais témoin, je me rendais chez le Doc.

Je me doutais que mon toubib connaîtrait un indéniable courroux envers ma modeste personne:

- Cooper, si je ne dors pas la nuit, ce n'est pas lié à un trypanosome véhiculé par la mouche tsé-tsé, mais par tes maudites enquêtes!

- Dieu merci, il vaut mieux que ce soit par moi que par un protozoaire flagellé fusiforme.

- Acabit de pataud, décampes avant que je m'enflamme!

En attendant que le Doc se calme, je préférais aller boire un café au distributeur de la morgue.

Mon jus ingurgité, je retournais consulter mon praticien:

- Rasséréné Doc?

- Ca va mieux.
Considère mon exaspération Cooper, cela fait deux nuits blanches que je passe à cause de toi.

- Je ne suis pas responsable de la frénésie engendrée par notre société.

- Même arme que la nuit précédente.

- Impeccable Doc.
Va faire une sieste, on ne sait jamais si tu devais encore trimer cette nuit!

Je m'éclipsais en collectionnant un nombre important de jurons, blasphèmes et jurements, lancés par mon légiste préféré!

La fringale commençant à me tenailler, je passais chez Eric prendre un café avec un croissant :

- Salut Paul.
Si tu continues, tu finiras par te fâcher définitivement avec Menou et le Doc.
Dommage que tu ne sois pas atteint d'aboulie, cela leur ferait des vacances.

- Le criminel est noctambule.
Le problème est que son noctambulisme nous interdit le délassement.
Connais-tu mon garçon, un manitou baptisé Wilmer Cook?

- Ecornifleur, pique-assiette, marginal, asocial, paumé, pour clarifier, c'est un pauvre type, un myrmidon.

- Tu le vois s'amuser à dégommer des zigotos pour alimenter son compte en banque?

- Soyons sérieux Paul, on est dans le menu fretin!
Maintenant, tu débusques le toquard homuncule velléitaire?

- Il niche où notre oiseau?

- Il a une garçonnière exécrable du coté de la rue Beauvoisine.

- Et bien, je vais lui rendre une petite visite.

Aussitôt dit, illico fait, mes pas me guidaient vers l'habitation de mon nouvel ami.
Pas de sonnette à l'entrée, des boites aux lettres d'un autre temps dans un état désespéré, ce freluquet n'avait pas trouvé comme immeuble un endroit résidentiel.
Cela empestait le squat faisandé pouilleux, un véritable galetas.
L'accès fermé avec un cadenas ne tint pas longtemps face à mes talents de serrurier.
En entrant, je comprenais que le Doc allait devoir immédiatement cesser sa sieste.
Visiblement le segment du tube digestif qui relie le pharynx à l'estomac avait subi la visite de diverses munitions.

Cook était clamsé depuis peu car la lividité cadavérique n'était pas encore apparu.
Il était malaisé de faire d'autres observations sur le cadavre de ce cul-terreux du fait du remugle ambiant.

Menou, atrabilaire, bilieux, soupe au lait, n'allait pas me faire de cadeaux :

- Cooper, si je me suis fais muté à Rouen, c'est pour connaître le calme, la paix, la quiétude, la sérénité et la tranquillité.
Avec vous, c'est la Saint Barthélemy des minables.

- Archer, Gutman et Cook liquidés, on a plus que deux suspects.

- Je vous préviens Cooper, si cette nuit mon rythme circadien est encore perturbé, vous finirez votre existence dans une maison d'arrêt, une centrale ou pourquoi pas dans un pénitencier!

- Si j'assimile vos desseins, j'ai intérêt à résoudre cet énigme avant ce soir.

De retour dans mon humble bureau, je vis François se morfondre dans le couloir:

- Entre mon bon François.

- Cairo est forcément le coupable.

- Tu es bien catégorique et tranchant dans ton affirmation.
Ton ami Spade est pour moi, tout aussi suspect.

- La fameuse liste de Spade est en phase de rendre insomniaque les grosses huiles du coin.

- Chantage?

- Tu as compris.
Certaines personnes ont reçu un courrier leur conseillant de verser une certaine somme pour ne pas voir leur nom apparaître dans la presse.

- OK, je vais voir Cairo de ce pas.

Une discussion, où l'altercation et l'empoignade seraient présentes, se préparait :

- Alors Cairo, en plus d'être un assassin, on est maître chanteur.

- Je prends à témoin Dieu, que je suis innocent.

- Ne jure pas devant Éloïm, sinon le prochain cadavre, ce sera toi!

- C'est vrai que j'ai volé le manuscrit à Spade, car comme je n'étais pas persuadé que le mien était l'authentique.
Je ne savais pas que la fameuse liste était à l'intérieur.

- Et évidemment, tu as voulu te faire un joli pécule avec!

- Et non, vous n'allez pas le croire, mais les deux bouquins que j'avais enfermé dans mon coffre, ont disparu.

- Je te crois.
J'ai une petite idée du nom de notre coupable.

- Mais qui, nom de dieu?

- Cesse de jurer sur Iaveh s'il te plait et hèle la gosse Brigid.

Quelques secondes plus tard, cette superbe petite vamp, portant un robe ne cachant pas grand chose, apparu :

- Bonjour ma petite Brigid.

- Que me voulez-vous Monsieur Cooper?

- Innocenter notre ami Cairo.

- Je pensais que vous vouliez l'envoyer dans une basse-fosse?

- Non, car c'est toi qui va y aller!

- C'est quoi cette sornette?

- Vois-tu Brigid O'Shaughnessy, j'ai étudié ton casier judiciaire.
Il est rempli à ras-bord: racolage, abus de confiance, carambouillage, entourloupe et filouterie.
Tu n'as pas chômé et maintenant tu t'es reconverti dans l'homicide.

- Vous n'avez pas de preuves.

- Laisse moi te mettre à poil, non seulement ce sera agréable comme perspective et en plus, je risque de retrouver notre Browning G.P 35.

Le liquide salé, exhalant l'odeur caractéristique de la transpiration cutanée, ruisselait sur son petit minois.

Une de ses pognes sortit alors l'arme des forfaits :

- Bravo Monsieur Cooper.
Pourtant j'avais tout fait pour que l'on incrimine Cairo.
Quand avez-vous tout compris?

- Dès l'instant de notre première ½illade.
Tu es trop gironde pour être probe!
Que vas tu faire maintenant?

- Vous liquidez tout les deux.
Officiellement, Cairo vous aura occis et subséquemment pris de contrition, il aura ensuite décidé de se supprimer.

- C'est un peu gros?

- Plus c'est gros, plus ça passe!

A ce moment là, le combiné sonna :

- Tu permets que je réponde ma petite Brigid.

- Non Cooper, c'est moi qui décroche.

Trente secondes plus tard, elle raccrocha :

- Alors Brigid, que t'as dit de beau notre ami Menou?

Je ne le sus jamais.
Elle retourna l'arme contre elle et appuya sur la gâchette.
La femme de ménage ne manquera pas de boulot pour nettoyer le bureau de Cairo car les substances nerveuses qui constituent le cerveau se baguenaudaient un peu partout, en tout lieu.

Notre perfide malfrat, adepte de la liquidation brutale, n'expérimentera jamais la notion de mitigation.

POSTFACE

Le 25 juillet 1934, en plein centre de New-york, du coté de Manhattan, à Houston Street entre East Village et Lower East Side, un autodafé ravagea une maison d'édition.
Tout les manuscrits s'y trouvant furent réduit en charbon par la chaleur.
Cet éditeur avait notamment comme auteur sous contrat un certain Dashiell Hammett.



UN RETRAITE DE LA MILICE S'EST FAIT DESCENDRE

EPITRE LIMINAIRE

Littérature et belles-lettres, contrairement à l'idéal fantasmatique de Jacques, ne m'avaient pas fait sortir d'un univers glauque, blafard connexe à la pathogénie du crime.
Le limier que je suis, sursaturé de violence, commençait à penser à une reconversion loin des claques, boxons, morues, crapules, fripouilles et autres gredins adeptes de la prévarication.
Mais connaissant l'efficacité irréfutable des fonctionnaires de l'Agence Nationale pour l'Emploi, sagement je préférais renoncer à ce projet chimérique.

En sortant de mon domicile, je rencontrais mon nouveau voisin, un vieillard octogénaire ou nonagénaire, encore ingambe et leste.
Après un bref salut, j'allais écluser un café flanqué d'un croissant chez mon ami Eric.

De retour, un attroupement, un rassemblement s'était formé rue de la République.
Ambulances, ambulanciers, gardiens de la paix, tout le monde était amassé sur cette voie tandis que l'embouteillage provoqué par cet amoncellement entraînait le ramdam des klaxons et des trompes.

De loin, je vis ma volaille préféré, ce pedzouille de Menou.

Préférant l'éluder, je faisais signe de ne pas apercevoir ce rustaud, mais tel n'était pas son envie :

- Ici Cooper.

- Vous me voulez quoi Menou?

- Un décati se faisant culbuter par un chauffard en face de chez vous signale le début des emmerdements.
Contemplez cette dépouille pour voir si vous la connaissez.

Menou releva le drap mortuaire et je compris que les enquiquinements allaient reprendre :

- Je le connais Menou, c'est mon voisin de palier.

- Je m'en doutais Cooper, chaque fois qu'il y a un crime vous n'êtes pas loin.

- Justifiez votre allégation Menou.
Il peut s'agir, comme d'habitude, d'un demeuré roulant sans permis, ni assurance.

- Absurdité, ânerie, idiotie, ineptie, niaiserie mon cher Cooper.
Et pour deux raisons.
D'abord les témoins certifient que l'automobiliste a fait exprès d'accélérer lorsqu'il a aperçu sa future victime.
Ensuite, certains ont relevés le numéro de la plaque d'immatriculation du véhicule.
Cette bagnole a été fauché il y a trois semaines.

- Mais Belzébuth, pourquoi écrabouiller ce barbon?

- Suivez moi Cooper, on va faire une visite dans l'appartement de votre défunt voisin.

Nous arrivâmes dans mon immeuble et grimpâmes les étages.

Menou pris son passe et ouvrit la porte en un laps de temps très court :

- Vous voyez Cooper, il n'y a pas que vous qui soyez adepte de la serrurerie.

- Louis XVI aussi.

- Cooper, si vous aussi, vous pouviez rendre le dernier soupir sur le billot, cela me ferait des vacances.

A l'intérieur, l'ahurissement, l'ébahissement, le saisissement, la stupéfaction, la stupeur et la surprise nous envahirent.

Des uniformes nazis habillant des mannequins occupaient une grande partie de la pièce principale:

- A mon humble avis Cooper, feu votre voisin n'a jamais du demander de visa à l'ambassade d'Israël pour visiter un kibboutz.

- Savez-vous Menou, d'où vient le nom de ce pays?

- Cooper, si vous lisez la Genèse, le premier livre du Pentateuque , vous appendrez que Israël est le surnom donné à Jacob après son combat contre l'ange.

- Visitons la chambre.

Dans la chambre, nous trouvâmes une bibliothèque remplis d'ouvrages douteux du type " Essai sur l'inégalité des races humaines" de Gobineau, "La France Juive" de Drumont, "Le rêveur casqué" du Waffen-SS Christian de la Mazière, "Le mythe du XXème siècle" de Alfred Rosemberg qui par la suite fut tué par strangulation et bien sur "Mein Kampf".

Nombreux des grimoires présents venaient d'une maison d'édition nommée "La vieille taupe".

Une collection défraîchie, élimée de la revue de René Malliavin " Rivarol", du "Bulletin de l'association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain" et de "Révolution Européenne" traînait sur un bureau :

- Et bien, mon cher Cooper, je regrette de pas être le conducteur qui a concassé cet individu.

- Pourtant dans la police, le concassage est la base du matraquage!

Une fois de plus, je préférais m'éclipser avant de subir les foudres de ce rustre de Menou.

Bien que cette affaire n'étant pas de mon ressort, j'avoue qu'il existe en moi le désir indiscret de connaître les affaires d'autrui.

Pour être en mesure d'avancer dans cette nouvelle affaire, je me rendais dans les nouveaux locaux de mon ami Jacques :

- Alors Paul, avec toi on ne se languit jamais .
Même ton voisin se fait occire.

- Mais ce que tu ne sais pas.....

- Que c'était un retraité de la milice.

- Que me contes- tu là?

- Vois-tu Paul, contrairement à toi depuis l'affaire Doucet, le courroux des salariés de Brisout de Barnouville ne me concerne pas.
J'ai donc pu recevoir des éclaircissement fort intéressant sur notre victime.

- Eclaire moi de tes lumières sur cet écrabouillage ?

- Notre zèbre se nomme Pierre Bance.
Il a d'abord dirigé la Milice à Béziers.
Ensuite, il a pris de la promotion en devenant l'adjoint de Joseph Darnand.
A la fin de la guerre, il a rejoint la division SS "Charlemagne".
La dernière fois que l'on a vu en vie, c'était le 29 avril 1945 dans les décombres de Berlin en combattant l'Armée Rouge.

- Et comment ce coco est-il passé des vestiges des ruines berlinoises à mon voisinage?

- Une volonté de revenir sur un des lieux de ses crimes.

- Là, je donne ma langue au mistigri.

- Darquier de Pellepoix, responsable du commissariat général aux questions juives, chargea Bance de s'occuper de la déportation des juifs rouennais.

- Je me souviens, bien qu'il y ait un bail, de ce triste sire, car interviewé par l'Express, il avait déclaré qu' "A Auschwitz, on n'a gazé que les poux".

- Ce fanatique antisémite a même proclamé dans cette même interview, à propos de la solution finale : "Une invention pure et simple, une invention juive, bien sûr".
Bance dans la nuit du 15 au 16 janvier 1943, organisa la rafle des juifs de Rouen.
131 adultes et 24 enfants ont été déporté.
Inutile de te dire que personne n'est revenu jamais revenu de Belzec, Treblinka, Sobidor et Auschwitz.

- Jacques, sais tu que signifie Shoah?

- Cataclysme.
Sur une population de dix millions, six millions sont morts en respirant de l'acide cyanhydrique.
A la libération, Bance a été condamné à mort par contumace.
Comme tu vois il a fallu soixante ans pour que la décision de justice soit appliquée.

- J'ai une question qui me tarabuste.
Je présume que les fichiers des membres de la milice ne comportaient as leurs empreintes digitales.
Alors comment a-t-on pu identifier par bertillonnage mon fâcheux voisin?

- Avant guerre, Bance fut membre de la cagoule.

- Oui, je me souviens.
Le comité secret d'action révolutionnaire était une organisation d'extrême droite fondée en 1935 par Eugène Deloncle.
D'ailleurs le pseudo-socialiste, François Mitterand en fut membre.

- Et oui Paul, il fut même par la suite, décoré de la Francisque n°2202.
Mais si tu veux en savoir plus sur les turpitudes mitterrandiennes, je te préconise de lire l'ouvrage de Jean Montaldo "Mitterrand et les 40 voleurs...."
La plupart des membres du C.S.A.R dont Bance, furent alpagués avant septembre 1939, dont l'existence de sa fiche dans les archives de la police.

- Jacques, heureusement que désormais les fichiers sont informatisés car autrement, notre collabo n'aurait jamais été retrouvé dans le sommier.

- As- ton avis, qui avait intérêt à cet écrabouillement?

- Plusieurs possibilités viennent facilement à l'esprit.
On peut imaginer un règlement de compte à l'intérieur de l'extrême droite.
Ou bien qu'un fils ou petit-fils d'une victime de Bance ait décidé de faire justice.
Entre parenthèses, connais-tu à Rouen un spécialiste des partis extrémistes.

- Fais un tour du coté de l'Avenue Pasteur et rends visite à notre ami, le professeur Stephani.

Quelques minutes plus tard, je me faufilais dans la faculté de droit et demandais à la petite souris de l'accueil si mon ami pouvait me recevoir.
La poulette m'expliqua que notre professeur agrégé à la faculté de droit de Rouen était dans l'amphithéâtre en train de donner un cours.
Mon indiscrétion légendaire me donna envie d'écouter la leçon magistrale de mon ami.
Je m'assis à coté d'étudiants qui pourraient, pour ainsi dire, avoir l'âge d'être mes moutards.
La leçon concernait une des multiples subdivisions du droit privé.
Mon maître de conférence expliquait la différenciation entre les droits extra-patrimoniaux et les droits patrimoniaux.
Ensuite il décrivit la valeur de la distinction entre droits réels et droits personnels.

Cette série de leçons sur le formalisme juridique ne m'incitait pas d'acquérir, dans un magasin de libraire, un code Napoléon.

Nonobstant mon amitié pour cet éminent professeur, j'allais m'endormir et je confesse même que je commençais à ronfler lorsque mon ami intervint :

- Mes chers étudiants, je suis heureux du succès de mon modeste cours car même le plus célèbre détective de Rouen vient y assister.
Venez donc me rejoindre monsieur Cooper.
S'il vous plait, veuillez applaudir notre ami.

Et sous les applaudissements et les ovations du public estudiantin, je grimpais sur l'estrade retrouver mon universitaire :

- Dans notre bonne vieille ville il est rare qu'un crime ne soit pas résolu par monsieur Cooper.

- Votre doyen est trop bon.
Pour un succès, je ne compte pas les échecs.

- En quoi concerne votre nouvelle investigation.

- Retrouver l'assassin d'un milicien tué ce matin, rue de la République.

Une charmante étudiante, un tantinet tanagra, leva son index.

Comme je suis galant, courtois et prévenant, je lui laissais prendre la parole :

- Monsieur Cooper, qu'est ce qu'un milicien?

- Bonne question mademoiselle, quelqu'un dans l'assistance pourrait lui répondre?

Comme je le prévoyais, aucun doigt ne se souleva :

- Bon comme personne n'a la réponse, je vais me dévouer.
Je demande au professeur Stéphani de ne pas hésiter à m'interrompre si je commettais quelques erreurs dans mon exposé.
La milice est une organisation créé par Vichy le 5 janvier 1943.
Son objectif est de lutter, en collaboration avec les Allemands, contre la résistance.
Une autre ignominie est à mettre à son compte.
Elle contribua aux persécutions contre les juifs.
Notre victime, Pierre Bance, fit parti de ce groupement d'assassins.
Je vais vous apprendre une chose : c'est lui qui organisa à Rouen, la déportation de la population de confession juive.
Aucun n'a réchappé au zyklon B.

La même étudiante, de nouveau leva le doigt :

- Qu'est devenu cet homme après guerre.

- Tu poses une bonne question.
Excuses-moi de te tutoyer, mais je suis comme Jacques Prévert, je dis tu à tout ceux que j'aime.
La dernière fois qu'on l'a vu, c'est à la fin de la guerre à Berlin.
Il combattait les Russes qui étaient à quelques mètres du bunker de Hitler.
Après, pendant soixante années, c'est le vide astral.
Jusqu'à ce matin, où une automobile rendit la sentence divine.

- Mes amis, notre cours est terminé.
Applaudissez encore Monsieur Cooper qui a rendu cette leçon de droit moins terne que d'habitude.

Une vague d'acclamation fit frémir l'arène universitaire.

Après le départ des derniers étudiants et avoir pris le vomitoire, le professeur m'offrit un café dans son bureau:

- Cher ami, je présume que vous n'êtes pas venu ici pour reprendre vos études.

- Décidément, on ne peut rien vous cacher.

- Et ne me dites pas que mon cours de droit civil vous a passionné car j'ai bien vu votre début d'assoupissement.

- Monsieur le professeur, j'avoue que vous êtes trop fort pour moi.

- Que désirez-vous savoir?

- Voila, j'aimerais savoir qui a trucidé Bance.
Et je n'exclue pas un règlement de compte de ses amis de l'extrême droite.

- Comme vous ne connaissez pas ce milieu, vous me demandez conseil.
Vous vous doutez cher ami, que je ne fréquente guère ce genre de mouvement.
Mais je vais vous aider quand même, j'ai un ami spécialiste dans la politologie.
Je ne vous apprendrais rien en vous disant qu'un politologue a pour fonction d'observer et d'étudier les faits politiques.
Monsieur Dumahel vient dîner ce soir chez moi.
Ce serait un grand plaisir pour moi, si vous veniez également partager notre modeste casse-graine.

- Je vous remercie Monsieur le professeur.

Je ne sais pas si les renseignement que j'obtiendrais pendant ce banquet, feront avancer mon enquête, mais vu l'état de mon compte en banque, une bouffe gratuite n'est pas de refus.

J'étais à peine sorti du bureau de mon ami, que je heurtais sans le vouloir une personne :

- Excuser moi.
Je te reconnais, c'est toi la délicieuse étudiante qui a eu l'intelligence de poser une question pertinente.

- J'avoue monsieur Cooper, qu'avec vous le cours était moins rébarbatif, que d'habitude.

- Je te laisse, j'ai encore beaucoup de chose à faire.

- J'aurais tant voulu prendre un verre avec vous pour discuter de votre enquête.

- D'accord, on prend un godet.
Mais on ne va pas plus loin car je n'ai pas envie d'aller en prison pour détournement de mineur.

Elle se mit alors à rire :

- Je dis toujours que faire rire une femme c'est 75% du travail de fait.
C'est sur les 25% restant que j'ai tendance à foirer.

Bien évidemment, je préférais éviter le Diplomate afin d'éluder les lazzis et quolibets de Eric.

Nous prîmes un café dans un zinc proche de la faculté:

- Pour commencer, il faut que je vous dise que je suis juive.

- Un journaliste demanda à Ray Charles ce que cela lui faisait d'être aveugle.
Il répondit que cela aurait pu être pire.
Il aurait pu naître noir.

- j'aime votre humour Monsieur Cooper.
J'ai peur que des membres de ma communauté ait commis ce crime.

- Allons, le fanatisme religieux est moins important chez les juifs que chez les musulmans.

- Malheureusement, vous vous tromper monsieur Cooper.

- Appelle moi Paul.

- Et bien Paul, apprenez qu'il y a peu, nos parents se contentaient de fêter le kippour.
Maintenant leurs enfants portent une barbe de censeur et exigent l'application intégrale des 613 ordonnances de la Tora.

- Tu penses que ces zélotes ou caraïtes des temps modernes, abusant du fidéisme, auraient voulu faire justice.

- Vous savez qu'aujourd'hui certains réclament la prééminence des tribunaux rabbiniques sur les tribunaux civils.
Récemment, une centaine d'exaltés ont mis à sac les locaux d'une morgue du coté de Tel-Aviv car des médecins légistes avaient osé faire une autopsie, chose qu'interdit la halakhah.
Si je peux vous aider Paul, ce serait avec plaisir.

- Tu le peux de deux façons.
D'abord vois dans ton entourage si tu entends quelque chose sur notre milicien trépassé et ensuite accepte de dîner avec moi.

- Ce soir, si vous voulez.

- Pas ce soir, je suis pris.
Rassures toi pas avec une fille mais avec ton professeur de droit et un dénommé Dumahel.

- Le fameux politologue?

- Tu le connais.

- Oui, il bosse dans un hebdomadaire parisien et à la radio.

- Il vaut quoi?

- Un type brillant.
je pense que vous n'allez pas vous ennuyer et en plus vous allez beaucoup apprendre.

- Encore deux choses.
Donne moi ton prénom et ton numéro.

- Hélène

- Je t'embrasse Hélène et je t'appelle demain.

Je retournais à mon bureau, voir si les appels innombrables, incalculables d'éventuels clients envahissaient, submergeaient la cassette de mon répondeur.
Comme par hasard, la diode de mon appareil ne clignotait pas.

J'allais commencer à lire le Paris-Normandie que j'avais chipé à Jacques lorsque le téléphone retentit:

- Paul, c'est Jacques à l'appareil.
Tout à l'heure, tu donnais l'hypothèse d'une querelle interne chez les fachos.
En recherchant dans les archives informatisées de mon canard, j'ai retrouvé le cas d'un certain François Duprat.
Passe me voir au bureau, je t'ai imprimé son dossier.

Quelques minutes, je pénétrais dans son cabinet :

- Tiens, je te donne de quoi lire.

- Fais moi quand même un résumé.

- Duprat est fondateur de France-Palestine, une association antisémite et antisioniste.

- Pléonasme Jacques !

- En 1973, il rejoint le Front National.
Le 18 mars 1978, notre facho entre dans sa voiture, celle-ci au lieu de se mettre en route, explosa.
On a jamais su ni le motif de son assassinat, ni le nom des responsables de cet attentat.

- Comme les nombreuses victimes de son idéologie, lui aussi a fini dans un four crématoire.
Tu n'as rien d'autres à me donner?

- Comme information sur cet énergumène, non.
Mais si tu as soif, comme c'est mon cas, ouvre le placard!
Il y a une bouteille nettement moins insipide qu'une substance liquide, transparente, inodore et sans saveur, de formule H2O.

Après avoir vidé une partie de son flacon de scotch, n'étant pas s abstème, je retournais dans mon agence faire une petite sieste en attendant d'aller honorer l'invitation du professeur Stephani.

Vers 19h30, j'arrivais au domicile de mon ami:

- Cher ami, je vous présente Monsieur Dumahel.

- Enchanté.

- De même.
D'après mon ami, le professeur Stéphani, vous désirez avoir des renseignement sur le monde trouble, et c'est un euphémisme, de l'extrême droite.

- François Duprat, ce patronyme vous dit quelque chose?

- Duprat, voyons....
Oui, bien sur, il a eut un petit problème...

- Surtout sa voiture, car les débris se sont éparpillés, dispersés et disséminés.
Après cet incident, son véhicule fonctionnait beaucoup moins bien!

- Je pense que vous devez savoir qu'il était membre du Front national à l'époque où Le Pen faisait 0.74% aux présidentielles de 1974.
Un détail, excusez le mauvais jeu de mots, un des fondateurs de ce mouvement est un ancien milicien, nommé François Brigneau.
On y trouvait également Pierre Bousquet qui fut Waffen SS.
Il quitte le FN en 1978 pour fonder le parti nationaliste français.

- Mon Dieu, tout cela n'est guère réjouissant.

- Mon pauvre Monsieur Cooper, Duprat s'occupait d'une revue nommée "Cahiers européens" dont le directeur était Marc Fredriksen, également dirigeant de la FANE, fédération d'action nationale européenne.

- Oui, oui, Monsieur Dumahel, cela me revient, on avait soupçonné la FANE après l'attentat de la rue Copernic.

- En effet, mais ce n'était pas les fachos qui étaient dans le coup mais un groupe dissident du FPLP de George Habbache.
Par la suite, la Fane fut dissoute.
Une anecdote en passant sur l'explosion meurtrière devant l a synagogue de la rue Copernic.
Raymond Barre, à l'époque Premier ministre, déplora : "Cet attentat odieux qui voulait frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue."

- Monsieur Dumahel, cela rappelle la question de Le Pen à Stoléru, lui demandant s'il avait la double nationalité.
Savez-vous qui est responsable de la mort de Duprat?

- Il était responsable de l'association France-Palestine.
A mon humble avis, Il a du être liquidé par des Palestiniens ou le Mossad.

- Que pensez-vous de mon hypothèse d'un règlement de compte pour mon retraité de la milice.

- Peu probable, car les renseignements généraux surveillent énormément ces groupuscules fascisant.

Mon ami, le professeur Stephani intervint alors :

- Pour en être sûr, contactez votre ami, monsieur Menou.

- Mon cher, vous savez que mes relations sont difficiles avec lui.
Nos accointances confinent à la mésintelligence.

- Il est vrai que récemment, certains incidents déplorables ont gâché nombreuses de ses soirées.
Mais il vous aime bien, car sans sa protection, je crains que cela ferait longtemps que vous vous contenteriez de la cantine de Bonne Nouvelle.

- Cela aurait l'avantage que je puisse manger à ma faim au lieu de finir les rogatons.

- Et bien cher ami, comme ici nous ne somme pas au régime désodé, profiter de ce repas pantagruélique pour vous ravitailler!

- Messieurs, j'aimerais savoir comment un homme condamné à mort à la libération a pu vivre pendant soixante années sans se faire repérer?

La réponse du professeur Stephani ne se fit pas attendre.

- Simple, prenons le cas de Paul Touvier.
Lui aussi était un milicien.
Touvier est compromis dans l'assassinat de Victor Basch et de sa femme Helène, le 10 janvier 1944.
Ils étaient âgés de 81 ans.
Basch était le président de la Ligue des droits de l'homme.
Cette association fut créé en 1898 au moment de l'affaire Dreyfus.
Une précision, Basch fut lui même Dreyfusard chose impardonnable pour un collaborateur zélé du régime de Vichy.
Touvier est aussi responsable de l'exécution de sept juifs, le 29 juin 1944.
Il s'agissait de venger la mort du ministre de l'information Philippe Henriot.
Pour cela, dans la prison de Rillieux-la-Pape, il a demandé aux prisonniers de se déshabiller.
Tous ceux qui avait subi une excision totale ou partielle du prépuce, furent fusillés.

- Comment a-t-il échappé à la justice après le départ des Allemands?

- Touvier est bien évidemment, en 1945, condamné à mort.
L'église catholique le protégea et c'est dans un couvent que Touvier sera arrêté le 24 mai 1989.
En 1994, il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Dumahel prit alors la suite :

- Pour être précis, on a retrouvé Touvier, dans un prieuré à Nice, occupé par une communauté religieuse de catholiques intégristes se réclamant la fraternité saint Pie X, animée par Monseigneur Lefebvre.
Cette aide de l'église permettra au Canard Enchaîné de faire un bon mot en parlant de l"ecclesiastic connection".

- Messieurs, pensez-vous que les intégristes catholiques auraient pu également protéger Bance?

- Mon cher Cooper, d'après les témoignages de mon ami Stephani, vous êtes un excellent détective, mais de là à pénétrer dans les arcanes des conservateurs catholiques!
Et oui, comme dans toutes les religions, certains catholiques ont refusé l'aggiornamento.

- Veuillez excuser mon inculture légendaire, mais en quoi consiste ce vocable?

- Il s'agit d'un mot italien signifiant "mise à jour".
C'est un programme, lancé par le pape Jean XXIII à l'occasion du concile Vatican II, concernant une rénovation permanente de l'Eglise face aux besoins du monde actuel.

- On a retrouvé dans la chambre de Bance, des opuscules provenant d'une maison d'édition appelé "la vieille taupe".

- Ce sont des gus spécialisés dans l'édition d'auteurs négationnistes.
Il ne faut pas confondre, mon cher ami, négationnisme et révisionnisme
Le négationnisme est la position de ceux qui nient l'existence des chambres à gaz tandis que le révisionnisme est l'attitude qui consiste à remettre en cause les principes fondamentaux de la doctrine marxiste-léniniste.
Nos zèbres ont publiés des falsificateurs de l'histoire comme Paul Rassinier et Robert Faurisson.

Le silence se fit quelques secondes.
Mutisme que fit cesser le professeur Stephani en nous invitant à nous rendre dans le salon pour dîner.

Deux heures plus tard, je rentrais pour savourer une quiétude de quelques heures.

LE LENDEMAIN

Après une nuit ou le calme, le repos et la tranquillité d'âme avaient prévalu, je me réveillais ravivé, ravigoté et requinqué.

Comme à l'accoutumée, je me rendais chez mon ami Jacques:

- As tu de l'inédit pour moi?

- Sur ta vie privée ou sur ton national-socialiste déformé par une trop forte compression?

- Toi, tu connais des choses indiscrètes sur mon compte.

- Mon pauvre Paul, tu es trop connu à Rouen.
D'après mes contacts, elle est un peu jeune pour toi.

- Jacques, c'est juste une personne pouvant me donner des éléments sur mon enquête.

- Bien sur, Paul.
Menou s'est fait plaisir cette nuit.
Il s'est amusé à mettre en garde à vue les principaux militants extrémistes du coin.

- Et cela s'est révélé fructueux?

- Evidemment que non.
Ce genre de lascars sont trop surveillés par les RG.
Si Bance les avait fréquenté, Menou l'aurait mis illico dans une cage.

- Donc tu penses que la piste facho et compagnie est cuite.

- On ne sait jamais, mais je pense qu'il faut chercher ailleurs.

- Tu comprends que fouiller ailleurs ne me plait guère.

- Oui, on peut comprendre la vengeance.

- Mais ne pas l'admettre Jacques, car les tribunaux sont fait pour cela.

De retour à mon bureau, j'appelais le portable de Hélène mais tombais sur son répondeur.
Me doutant qu'elle était en cours, je décidais de faire un tour à la Fac.

De nouveau, je revis la belle plante de l'accueil :

- Alors Monsieur Cooper, vous venez reprendre vos études.

- Vous savez, vu mon vieil âge, les facultés mentales sont amoindries.

- Peut-être que le reste est en bon état.

- Vous seriez déçu.
Le professeur Stéphani est ici.

- Oui, il fait son Cours de droit.
Il se termine dans dix minutes.

- Je vais l'attendre dans le couloir.

Peu après, les étudiants commencèrent à sortir.

Certains me reconnurent et me saluèrent, de même que le professeur Stephani:

- Monsieur Cooper, puis-je faire encore quelques choses pour vous?

- Bonjour monsieur le professeur.
Je voulais simplement vous remercier pour l'excellent repas d'hier soir.

A ce moment, je vis ma petite étudiante s'esquiver :

- Excuser moi de vous laisser, j'ai un rendez-vous urgent.

Je rattrapais rapidement ma potache:

- Bonjour Hélène.
Comment vas tu?

- ça va Paul

Les deux bises qu'elle me fit sur les joues me rajeunirent de quelques années:

- Tu es toujours libre pour ce soir?

- Bien entendu Paul.

- Connais-tu une cantine sympa dans le coin?

- On peut manger dans ma cambuse, si vous voulez....

- Si tu veux car si je te tutoie, tu peux faire de même.

- Merci Paul, écoutes je fais bien la tambouille.
J'aimerais te mitonner un bon petit gueuleton.

- D'accord, tu peux préparer le bortsch, mais laisse-moi ramener le vin et les hanaps.

- Paul, je dois t'avouer que sur le plan de l'½nologie, je suis un peu limité.

- J'ai connu une femme dont j'étais très amoureux.
Nous dînions ensemble.
J'avais ramené un cru du beaujolais déniché chez un oenothèque renommé.
Un Juliénas avec une robe rubis très soutenu et un bouquet unique.
Un vin qui ferait croire à un mécréant que Dieu existe.
Elle a mis de l'eau dans son verre.
Je ne l'ai plus jamais aimé.

Son éclat de rire, fit retentir l'ensemble de la faculté, plus que ne l'aurait fait une secousse sismique :

- Tu as raison Paul, le rire est la meilleur arme de la séduction.

Elle me fixa rencontre à 19 h 30 à son studio.

En attendant le soir, j'allais chez Eric siffler un café :

- Alors Paul, as tu arrêté le tueur de ton voisin?

- Rien du tout.

- On commence à se demander si tu as vraiment idée de l'interpeller!

- Je fais ce que je peux.

- Des bruits circulent que tu préfères faire du gringue à une gamine que de t'occuper de ton dossier criminel!

- Occupes toi de ton comptoir au lieu de ma destinée.

- En attendant retourne à ton bureau, Menou t'attend.

Dix minutes plus tard, je vis Menou battre la semelle devant la porte de mon bureau:

- Vous n'auriez pas du hésiter à entrer, vu vos talents pour déverrouiller les portes.

- Poilant Cooper.
Où en êtes-vous dans cette affaire?

- Nulle part.
J'ai l'impression que vous vous êtes planté et qu'il s'agit d'un regrettable accident.

- C'est justement ce que je viens de noter sur mon rapport de synthèse.
Nous sommes d'accord pour affirmer que l'enquête est terminé.
Vous voyer Cooper, quand vous vous voulez, tout peut bien se passer!

Le soleil commençant à s'éclipser, m'indiquait qu'il était temps que je rejoigne Hélène :

- Alors ma jolie, tu m'as fait quoi comme jaffe?
Du kascher pas chère!

- Je t'ai cuisiné un mets italien fait de pâte à pain façonnée en galette plate et garnie de tomates et d'olives.

- D'accord, je vois d'où venait le livreur qui vient de sortir de ton immeuble.

- Tu es vraiment un bon détective.
On ne peut rien te cacher!

- Heureusement que j'ai ramené un Chiroubles.

- Un quoi?

- Un Chiroubles, un des crus du Beaujolais.
Il est à la fois friand, tendre, et élégant.
Sa robe est d'un rouge éclatant et son nez mêle des arômes de pivoine, de muguet et de violette.

- On croirait que tu laïusses sur une femme.

- Le vin peut parfois faire penser à une femme.
Il peut être dispendieux et parfois décevant.

- Je te promets Paul, de ne pas mettre d'eau dans ton vin!

- En effet, tu as intérêt sinon je deviens méchant.

- Une chose m'inquiète.
Personne n'ose babiller devant moi, mais j'ai l'impression que des proches ont fait des bêtises concernant ...

- Ils n'ont rien fait.
Bance s'est fait écraser accidentellement par un chauffard inconnu et qui le restera.

- Mais tu sais bien que c'est faux.

- Evidemment, mais Menou et moi avons décidé de faire du mensonge une vérité!

- Tu parles de Jacques Menou, le grand patron de la police du coin.

- Oui, tu le connais?

- Evidemment, c'est mon oncle.

- Pour m'en aller le plus rapidement, je passe par la porte ou par la fenêtre?

- On est au troisième étage et on a pas encore savouré ta bouteille de vin.

- Bonne réponse de Mademoiselle Hélène.

- Je gagne quoi?

- Ce que tu veux.

Elle s'approcha de moi.
Nos lèvres se rapprochèrent et j'oubliais tout.



L'AGUICHEUSE


PREMIER JOUR

Enquêter, fouiner, rechercher, fouiller, fureter, pourchasser, tels étaient mes dadas, marottes et violons d'Ingres.
Certes, la philatélie, la cartophilie et la numismatique sont des hobbies moins périlleux, mais d'un point de vue purement pécuniaire, l'intérêt était moindre.

Comme à l'accoutumée, j'attendais que le procédé de monsieur Alexander Graham Bell se mette à bêler!
Le chevrotement du bigophone ne tarda point à feuler.

C'était mon ensorceleuse Hélène dont d'une façon bizarroïde, je ne reconnaissais plus les sons produits par les organes phonatoires tellement ceux-ci étaient spasmodiques:

- Que se passe-t-il mon étudiante accorte?

- Déboule tout de suite à mon pied-à-terre, ça urge!

Quelques minutes plus tard, je la rejoignais dans sa piaule estudiantine.
Elle n'était pas seule.

Un ménage de petits vieux croulants, totalement crispé, pleurait dans les bras de ma petite compagne:

- Paul, je te présente madame et monsieur Cotillard.

- Enchanté, que puis-je faire pour vous?

- Paul, leur fils a disparu.

- Depuis combien de temps?

- David s'est volatilisé depuis deux jours.

- Tu en as devisé avec Menou?

- Mon oncle a fouiné les hôpitaux et les morgues.
Aucune trace de David.
Comme il est majeur, il m'a préconisé de s'adresser à toi.

- Madame et monsieur Cotillard, bien évidement je vais m'occuper de votre affaire.

Comme d'habitude, mes nouveaux clients me firent les jérémiades coutumières afin de me remercier :

- Hélène, qui est ce mystérieux David?

- Tu ne vas pas me faire une crise de jalousie si je te dis que c'est mon ex.

- Je suis trop flétri pour faire preuve de ce sentiment de dépit.

- On s'est quitté quelques semaines avant notre rencontre.
Je suis resté en bon terme avec lui, ainsi qu'avec ses parents.

- Tu ne penses pas qu'il ait pu faire une simple fugue.

- Je n'y crois pas, c'est un garçon sérieux.
D'après ce que j'ai pu apprendre, il avait un rancard avec une jouvencelle.

- L'amour rend aveugle, et il peut faire également oublier le temps qui passe.

- David ne passe jamais totalement la nuit avec une greluche.
Il trouve toujours une excuse pour s'éclipser après la fornication !
Ce garçon ne cesse de courir le guilledou !

- Tu as l'adresse de la poupée?

- Aucune idée, David bosse dans un magasin de téléphonie, rue du Gros Horloge.
Peut-être que ses collègues pourront te renseigner.

- Bon, je m'en charge.
Je te tiens au courant dès que j'ai du nouveau.
A propos, tu as eu beaucoup de petits copains avant moi?

- Je croyais, Paul, que tu ignorais ce sentiment qui naît de la crainte de l'infidélité de la personne aimée.

- Pas du tout.
Simplement, si tout tes anciens fiancés deviennent mes clients, je vais être débordé!

- Va trimer, au lieu de balancer des balourdises !

Incontinent, je me rendais chez mon ami Jacques, qui depuis l'affaire du Mouvement nationaliste universitaire, ayant failli l'emmener finir ses jours au chtibe, était devenu responsable de la rédaction de son canard.

Après avoir salué la petite Nathalie, la secrétaire très particulière de Jacques, j'entrais dans son bureau.
Visiblement mon ami avait l'air débordé.

Assoupi sur son siège directorial, il reposait du sommeil du juste:

- Monseignor, il est l'or de se lever.

- Très drôle Paul.
Au lieu de parodier le film du regretté Oury, tu devrais me laisser effectuer ma sieste.

- Tu l'as fera plus tard avec Nathalie.
David Cotillard, ce nom te dit quelque chose?

- C'est qui?
Un pégriot, un cador, une lame, un fagot, un barbiquet?

- Non, un cave sans pedigree.

- Alors comment veux tu que je le connaisse?

- Il s'est envolé depuis deux jours.
Ce serait bien que tu fasses un article sur le sujet, de façon que des témoins éventuelles me viennent en aide pour le retrouver.

- Cela remplira le journal.
Les faits-divers et le sport sont les seules choses qui font vendre mon torchon!
Il s'est évaporé comment notre David?

- Il avait rendez-vous avec une mignonne.
Depuis, c'est le vide astrale.

- Cela n'a probablement rien à voir, mais sur la région parisienne, il y a eut des cas semblables.

- Accouche!

- Des gars ont été aguiché par de ravissantes souris.
Arrivés au rendez-vous, ils ont été tabassés et leurs portefeuilles ont été subtilisés.
Mais t'inquiètes pas, pour ton cas, ce n'est sûrement qu'une simple fugue.

Après avoir quitté le bureau de mon ami, je me rendais rue du Gros-Horloge pour rendre une visite au magasin où trime David.
En face de cette boutique, un petit pépère, assis sur un pliant, montrait aux passants son chien, sur lequel était établi un lapin.

En entrant dans ce commerce, je vis une charmante petite blonde assise sur un tabouret derrière un comptoir :

- Bienvenue Monsieur.
Que puis-je faire pour vous?

- A mon âge, plus grand chose!

- Peut-être pour votre portable à la rigueur.

- Vous savez, je suis comme les Indiens des plaines d'Amérique du Nord, j'utilise encore les signaux de fumée pour envoyer des messages!
Plus sérieusement, je me nomme Paul Cooper.
Je suis chargé de retrouver votre collègue David.

- Depuis deux jours, il s'est volatilisé.

- C'est comment votre petit nom ma jolie?

- Mélanie.

- David avait rendez-vous avec une minette.
Est-ce que vous pourriez m'en dire plus Mélanie?

- En effet, il y a quelques jours, une jeune femme est venu pour des renseignements concernant les divers forfaits téléphoniques.

- Et oui, les gogos ne manquent pas!

- Vous savez, Monsieur Cooper, sans le pigeon, ce serait la mort du petit commerce!

- Vous la connaissez cette nymphette .

- C'est la première fois qu'on la voyait.
Visiblement, une adolescente faussement ingénue, aux manières provocantes.
Elle a dit à David que pour l'instant, elle préférait cogiter avant de faire son emplette.
David lui a proposé de prendre un verre afin de lui donner plus de conseils.
Il lui a donné rendez-vous au Big-Ben pour le soir même et depuis plus de nouvelles.

- Si cela est possible, faites moi la description des caractères physiques de cette souris.

- Une blondasse d'une vingtaine d'années.

- Je vous remercie Mélanie.

En longeant la rue du Gros-Horloge, je passais devant le Big-Ben.
Mais vu l'heure matinal, il n'était pas encore ouvert.

Je désirais revoir mon ami Jacques pour savoir si le signalement donnée par Mélanie pouvait correspondre à l'une des aguicheuses agissant dans la région parisienne:

- On ne fait plus la sieste mon bon Jacques?

- Je me délassais après un préliminaire réalisé par Nathalie.
Ma salacité est renommée.

- Tu es trop flétri pour la pratique immodérée des plaisirs sexuels.

- Dieu merci, je ne souffre pas encore d'agénésie.
Je présume mon brave Paul que tu ne viens pas me voir uniquement pour deviser de mes appétits charnels.

- Pour les précieuses ridicules, je préfère la version de Monsieur Poquelin.
Je veux que tu me donnes le plus de renseignements possible sur l'affaire de ses types approchés par des jolies poulettes et ensuite correctionnés afin de récupérer leurs artiches.

- D'après mes informations, une dizaine de types ont été piégé, en Essonne, dans le Val-de- Marne et Paris.
Trois filles serviraient d'appât : une maghrébine, une brune et une blonde.

- Celle qui a attiré David était blonde.
Bizarre comme coïncidence.
Les deux affaires sont peut-être intriquées, enchevêtrée, entremêlées de façon étroite.

- En effet, mais n'oublie pas que les portraits-robots des témoins sont souvent flous.
Et puis avec un peu de maquillage, une brune devient une blonde et vice-versa!

Notre échange de propos fut interrompu par le grésillement du bigophone.

Jacques décrocha:

- Oui.
Bonjour Menou.
Je vous passe Cooper.

- Que me voulez-vous Menou?
D'accord, j'arrive tout de suite.

Dès que j'eus raccroché, Jacques me demanda:

- Que t'a dis ton oncle par alliance ou plutôt par mésalliance?

- On a retrouvé un corps victime d'une cortausse.
Il s'agirait de David.

- On l'a retrouvé où ce pauvre mioche?

- Dans la forêt, non loin du Novotel.

- Hélène est prévenu.

- Non, je vais encore faire le sale boulot.

Je me rendais immédiatement au studio de Hélène, mais elle était absente.
Probablement était-elle à la Fac.
Je suis rarement couard.
La poltronnerie est un concept qui m'est étranger.
Mais cette fois-ci, je le concède, je n'étais guère pressé d'informer Hélène sur cette tragédie.

Je rejoignais donc Menou sur le lieu du drame.

Bourres et condés, pullulaient en fouinant d'éventuels indices et autres données:

- Cooper, j'ai failli attendre.

- Comme le disait si bien Karl Raimund Popper dans son ouvrage "Logique de la connaissance scientifique" : « l'opiniâtreté est le balbutiement de la sagesse ».

- Continuez sur ce sillage et ma pondération se fera à coup de gnons!

- Arrêtons l'espièglerie, vu la situation.

- C'est pas ragoûtant à lorgner.
Un caroubleur s'est fait plaisir à chabler ce pauvre poulbot.

Menou souleva la pièce de drap.
Si je devais inventorier le nombre de macchabée que j'ai vu dans ma carrière, on y serait encore demain.
Mais là, je n'avais jamais vu une telle abomination.

Je fis quelques pas pour m'éloigner et rejetais brutalement par la bouche le contenu de mon estomac sur l'un des nombreux abiétacées :

- Rassurez-vous Cooper, vous n'êtes pas le premier à remplir de vomissure les environs de la scène du crime.
Les matières vomies abondent vu l'état apocalyptique de David.
Dégobiller est une technique bon marché pour s'émacier.

- Le plus coton sera encore d'annoncer la nouvelle à Hélène.

- J'avoue Cooper que cela ne m'enchante guère.

- Bon, allons-y tout les deux.

Quelques instants plus tard, nous étions devant la port du studio de Hélène.
Dès qu'elle nous vîmes, je pense qu'elle comprit qu'une tragédie s'était produite.
Le hurlement de Hélène, un cri aigu et prolongé, un son tympanique, submergea
le modeste pied-à-terre de mon étudiante.

Il était évident que vu mes relations délicates avec Menou, la probabilité de nous voir ensemble rendre visite à Hélène était improbable sauf circonstances exceptionnelles.

Menou la prit dans ses bras et lui affirma que David n'avait pas souffert.
Cette assertion contraire à la vérité me rendit Menou sympathique.
N'exagérons pas, jamais je n'irais lui exprimer mon changement d'opinion le concernant.
Dans la vie, on a toujours besoin d'un ennemi, d'une victime émissaire.

Menou, lui fit prendre un somnifère.

Ce soporifique, dont l'absorption entraîne le sommeil, amena inopinément le silence:

- Cooper, si vous trouvez la charogne qui a perpétrer cet homicide, je vous ficherais la paix, disons pendant huit jours!

- Mentir, c'est pécher mon oncle!

- Cooper, qui a péché sans fin souffre sans fin aussi!

- C'est de vous Menou!

- Non, c'est d'Agrippa d'Aubigné.

- Je me disais quand même!

- Désencombrer Cooper, si non vous allez finir la soirée au trou!

Un flic cultivé, c'est comme un gangster laissant tomber son feu ou un dictateur démocrate.
Selon mon corpus, il s'agirait même d'un antagonisme!

En attendant que ma dulcinée reprenne conscience, je décidais d'aller prendre un demi au Big-ben.
Vu le nombre de personnes fréquentant ce pub, il est peut probable que le garçon se souvienne de David, mais qui n'essaye rien, n'obtient rien!
Je ne sais plus s'il s'agit d'une citation de Marcel Jouhandeau ou de José Maria de Héredia!
L'agnosie finira par me terrasser.

Voisin du Gros-horloge, j'entrais dans ce bar:

- Vous désirez monsieur?

- Une bière.

Après l'avoir savouré, je montrais la photo de David au barman:

- Vous l'avez déjà vu?

- Je suis pas une balance mon gars!

- Je te conseille de changer de ton, mon bonhomme à moins que tu veules passer vingt ans de placard en réclusion criminelle pour complicité de crime.

- C'est quoi cette foutaise?

- La personne que tu vois sur cette photo a été retrouvé ce matin dans un état cadavéreux, ce qui est normal vu qu'il est clamsé!

- David s'est fait repasser?

- Il y a trente secondes, tu le connaissais pas.
C'est bien, tu progresses.

- Il venait souvent le soir après avoir quitté sa boutique de téléphonie.

- Tu connais la blonde qui l'accompagnait le soir de sa disparition.

- Un vrai petit lot.
Inconnue au bataillon, c'est la première fois que je la croisais !

- C'est bien mon grand.
Un détail, la prochaine fois que je viens t'interroger, tu me parles courtoisement sinon je défonce ta succincte tronche de galapiat.
J'abhorre la coprolalie.

L'affabilité et l'aménité sont deux vocables restés impénétrables chez ce cuistre de serveur!

Manifestement, indubitablement, mon enquête était au point mort.
Une vague description vaporeuse pouvant correspondre à une grande partie de la population féminine et aucune base de départ significative, symptomatique pour épingler nos tueurs adeptes du tabassage.

Après avoir passer un coup de fil à Menou pour lui donner les derniers éléments découverts, je passais voir le doc, mon légiste préféré, le prince du dépeçage en morceaux des défunts .
Il est vrai que c'est le seul que je connaisse!

Mon pote était sur le seuil de la morgue en train d'inhaler la fumée d'une sèche :

- Doc, fumer tue!

- Arrêtes de lire les crétineries écrites sur les paquets de clopes.
Crois-moi cooper, l'aspiration de tabac est moins dangereuse que les copains de David et pare l'aérogastrie.

- Raconte Doc.

- Il a été tailladé, déchiré, labouré et lacéré.
Ensuite, ses tortionnaires l'ont brûlé avec un liquide inflammatoire.
Tu as l'habitude de me ramener des cadavres dans un état calamiteux, mais là, tu as frappé fort!

- Rassures toi, quand je vais retrouver ses bourreaux, je ne frapperai pas, je martèlerai.

Quand je vais mettre la main sur ces homicides, je défouraillerai, je butterai et pour finir, je flinguerai, en espérant avoir assez, suffisamment de bastos et de valdas dans mon pétard.

Je retournais au studio de mon ensorcelante étudiante.
Elle venait de se réveiller et ne cessait de chialer.
Les gouttes sécrétées par les glandes lacrymales embuaient ses jolies yeux.
Elle me parla de David qu'elle connaissait depuis l'enfance.
Les souvenirs liés à son ami, revenaient dans un ordre aléatoire où la confusion se mélangeait à l'incohérence.
Des images du passé, d'un passé malheureusement révolu, resurgissaient de sa mémoire.
Pendant des heures, elle me raconta des scènes de la vie de David comme sa bar-mitsva.

N'étant pas un spécialiste de la psychanalyse ou de toute autres méthodes thérapeutiques fondées sur l'analyse des processus psychiques et de plus n'ayant pas lu l'½uvre complète de Joseph Breuer, je ne pouvais définir si ces phénomènes de réminiscence pouvaient aider Hélène à faire son travail de deuil.

Ma craquante amante finit de nouveau à se rendormir.

La fortitude de mon amie, me donnait l'espoir de son rétablissement psychique.

De mon coté, une insomnie me rendant insomnieux, troublait mon sommeil .
Heureusement, la clarté n'allait pas tarder à répandre la lumière.

DEUXIEME JOUR

Comme d'habitude, lorsque je commence une nouvelle enquête remplie d'anicroches complétés d'accrocs innombrables proche de l'infini, je me rend chez Jacques pour connaître les progrès effectués par mes amis galliformes.
J'ai toujours eu la passion de l'ornithologie.

Comme à l'accoutumé, j'envoyais à mon ami quelques vacheries d'une sournoiserie rare :

- Pour Victor Hugo, le calembour est la fiente de l'esprit et pour toi, le fait divers est l'échappatoire du pilon!

- Evidemment, dans la presse, il y a une légère discordance entre le tirage d'exemplaires imprimés et celui du nombre de vente.
Que veux tu, il faut bien truander pour affriander les annonceurs!
Mais pour une fois l'écoulement est exceptionnel.
Le sexe et le meurtre attirent toujours le chaland!

- Fais moi voir la une de ton torchon.

Le titre de la première page de la gazette régionale était imposant : Racolé par une minette, descendu par des fripouilles.

- Pas mal Jacques.
Cela rappelle le France-Soir de la grande époque.
Pierre Lazareff serait fier de toi.

- Menou chemine doucettement.
Cette nuit, il n'a pas chômé.
Le serveur du Big-Ben a passé sa soirée à Brisout.

- Le chanceux, il a enfin rencontré la notion de civilité, représentation mentale abstraite préférée de Menou.

- Paul, pour transcrire en français, il a passé un mauvais quart d'heure.

- Beaucoup plus que quinze minutes, vu qu'il a passé la nuit avec Menou!
Plus sérieusement, on a un portrait-robot?

- Menou vient de me l'envoyer pour la prochaine édition.

- Fais voir.
Tout cela est bien vaporeux, brumeux et nébuleux!
Ce signalement nous permettrait d'épingler un contingent substantiel de poulettes.

- Paul, ton intellect dépasse l'entendement.
Floriot faisait remarquer dans l'une de ses publications, que des adultes parfaitement sains d'esprit font les témoignages les plus invraisemblables.
Quand on aura appréhendé notre morue, il sera amusant de comparer son image par rapport à son effigie.

Une fois de plus, comme à l'accoutumance, je démarrais mon enquête sans savoir où aller.
Mariner est le pivot de mon gagne-pain.

Il n'y avait que mon don naturel, de comprendre les relations de causalité, entre les faits et les choses, qui pouvait me sauver la mise.
Un jour, je pratiquerai le test de Binet, fondateur de la psychologie physiologique afin de connaître l'importance de mon quotient intellectuel.
Le désappointement sera peut-être terrifiant.

Mon aptitude à réfléchir et à faire preuve de pondération m'indiquait que deux possibilités s'envisageaient.

Première éventualité, la cohorte de la région parisienne, excédée par un ensemble de perturbations physiologiques et métaboliques provoquées dans l'organisme par des agents agresseurs variés comme la circulation automobile effrénée de l'Ile de France, a décidé de venir perpétrer ses forfaits en province.

Deuxième Hypothèse, nous sommes dans ce cas dans une situation de mimétisme.
Karl Abraham, qui a divulgué le freudisme en Allemagne, définissait cette notion comme le fait d'être influencé par quelqu'un ou quelque chose, au point de l'imiter sans s'en rendre compte.
Personnellement, j'ai sempiternellement eu une vive répugnance pour les épigones.

Cette complexité inaccoutumée n'allait améliorer ma psychasthénie.
Je me demandais si derechef, j'allais réussir à rupiner !
Il n'est pas continûment flagrant en vieillissant de s'abonnir.

Mon esprit s'abandonnait à ses vagues et vaines pensées lorsque je fus tiré de ma léthargie par un coup de fil :

- Menou à l'appareil.

- Bonjour mon oncle.

- C'est drolatique Cooper.
Vous verrez qu'une cellule à Bonne-Nouvelle est moins cocasse.

- Plus sérieusement, que me voulez-vous?

- La bande de la région parisienne vient d'être interpeller.
Pour le crime de David, ils sont innocent.

- Qu'en savez-vous Menou?

- Mes collègues parisiens filaient ses malotrus depuis quelques temps.
Au moment de l'assassinat de David, ils étaient suivis par mes confrères.

- Donc ma deuxième plausibilité s'est relevé exacte.

- Cooper, la traduction simultanée serait utile!

- Impossible Menou, car vous connaissez l'adage : traduction égale trahison!

- Et moi, en étudiant l'influence des astres sur votre destinée, je vois en vous une disposition pour la prison!

- A mon humble avis Menou, enquêtons dans l'entourage de David.

- Bonne idée Cooper.
Mais allez-y avec douceur, précautionneusement, Hélène est encore souffreteuse.
Sinon, vous aurez à faire à moi et pour une fois, je ne baratine pas.

Malgré l'affliction et la fatigabilité de ma douce compagne, je me devais de l'interroger pour en savoir plus sur les raisons qui ont déterminé le meurtre de David.

De retour dans la studette de ma minette en espérant que celle-ci ne me goupille pas un phénomène d'abréaction, je tombais sur moult de ses copines en plein jacasserie, venus rappliquer pour lui remonter le psychisme afin qu'elle ne souffre pas d'abandonnique :

- Salut les gamines.
C'est chouette Hélène d'avoir ramener des nénettes, je vais pouvoir édifier un gynécée.

- Absolvez mon entiché.
Même dans une circonstance pathétique, il ne peut s'empêcher de se vouloir baroque.

- Plutarque dans "Les Vie parallèles" affirmait que " La facétie est l'expédient à la désolation".
Les minettes, pendant que vous êtes là, je vais pouvoir vous cuisiner.
Vous connaissiez David?

Une des petites minettes me rétorqua :

- Depuis sa séparation avec Hélène, on le côtoyait moins.

- C'est quoi ton petit nom?

- Andréa.

- Mignon comme prénom.

La répartie d'Hélène ne lambina pas :

- Tu es là pour dégoter l'assassin de David ou pour subjuguer mes copines?

- Que veux tu, j'ai toujours amalgamé besogne et volupté!
Mais revenons à nos ovins.
Andréa, quand as tu vu pour la dernière fois David?

- Quelques jours avant son trépas au Big Ben où
il palabrait avec son pote barman.

- Oui, je le connais, c'est le souverain, le monarque omnipotent de l'ineptie inintelligente.
David, jouissait-il d'une souris dans sa destinée?

- A un moment, il frayait avec une nana de la fac de lettres.

- Tu l'as connais?

- Vaguement.

- Approximativement, évasivement, confusément ou obscurément?

- Que voulez-vous exprimer?

- Tu serais capable de l'identifier?

- Absolument, sans accroc!

- Bon, tu rappliques avec moi prestissimo à Mont-Saint-Aignan et on va faire le pied de grue devant la fac jusqu'à temps que tu la discernes.

Hélène, avec sa perspicacité spécifiquement féminine, ne lanterna pas à me proférer :

- N'en profites pas pour lui faire du gringue !

- Comme je suis sérieux, je me contenterai d'un préliminaire!

Parvenu en face de la Fac de lettres, nous nous assîmes sur un banc.

Croulant, décrépit, délabré et vétuste, ainsi m'apparu cette bâtisse de couleur céruléenne, dont le sobriquet est U.F.R : unité de formation et de recherche.
Comme l'énonçait brillamment le général de Gaulle en visitant le Centre national de la recherche scientifique : "J'ai vu les chercheurs mais pas les trouveurs!"

J'espère que les illustres alma mater de Cambridge ou d'Oxford sont plus guillerettes.

Nos fessiers installés sur un siège de métal, long et étroit, je faisais signe de lire un Paris-Normandie estampé à jacques, tandis que Andréa feuilletait une vague revue estudiantine:

- Tu l'aperçois?

- Pas encore.

- Fais un effort sur le plan de la concentration sinon tu vas passer la soirée avec mon ami Menou !

Cette promesse d'invitation dans les ténèbres de Brisout lui permis rapido-presto d'identifier notre quidam :

- C'est elle, j'en suis certaine.

Un joli petit lot, en effet.
Une grande brune, un tantinet maigrichonne sortait du hall pour rejoindre la station de bus, bien qu'il s'agisse d'un aphérèse à tendance apocope regrettable.
Le mannequin anorexique est à la mode.
Ce syndrome d'origine psychologique, usuel aux juvéniles poulettes, est caractérisé par le refus de s'alimenter.
Cela doit faire frémir les impécunieux en proie à la disette.

Je décidais donc de lui emboîter le pas discrètement:

- Andréa, tu restes assis peinardement encore un petit quart-d'heure à bouquiner ton périodique et ensuite tu te barres.

Je ne préférais pas avoir cette gonzesse dans les pattes pendant la filature, car vu notre différence d'âge, nous aurions du mal à passer inaperçu !
Je concède de surcroît préférer trimer seul de façon esseulé.

Après avoir attendue dans l'aubette, mon harmonieuse inconnue s'introduisit dans l'autobus.
J'acquérais en moins de deux, un coupon au machiniste.
Il serait superflu de se faire repérer en récoltant une contredanse par d'éventuels contrôleurs.

Elle descendit du véhicule de transport en commun à la gare.
Naturellement, j'en fis de même.
Je la suivis longer la rue verte et s'introduire dans un immeuble.
Via mon passe « Poste, Télégraphe, Téléphone », je pus faire de même.
Je consignais sur un papelard avec mon stylographe les noms de tous les locataires inscrits sur les boîtes aux lettres.

Il ne me restais plus que de nouveau à rejoindre mon chaleureux ami barman dont la nigauderie est légendaire, en quelque sorte mythique.

Mon humeur étant exécrable, je lui causais avec une terminologie monosyllabique:

- Tu compulses la liste et tu me m'énonces le nom qui correspond à la copine de David.
Comme je suis magnanime, je te laisse dix secondes sinon tu repasses la soirée avec Menou!

- Valérie Blinou.

- C'est fichtrement mieux que lors de notre précédente entrevue.
Tu n'es pas encore un crack, mais il y a du cheminement.

Ma curiosité légendaire ne sera rassasie que lorsque que je connaîtrais le responsable de l'abêtissement de ce petit gars.
J'ai toujours eu de la compassion pour les minus habens.

Il ne me restait plus derechef à me remettre devant l'immeuble de mon suspect et poireauter en attentant je ne sais quoi!
Lire et relire ma gazette était la seule activité ludique qui me restait pour m'occuper le temps que quelques événements surviennent.
Quand cette exécrable histoire sera bouclé, je solliciterai de mon ami Jacques, la défalcation des réclames et des annonces judiciaires légales de sa feuille de chou, car après ôté ces deux composantes, il n'y a plus grand chose à parcourir !

Les plombes s'écoulaient de façon incommensurable et tout cela pour des prunes.
Mon érudition sidérante avait beau m'indiquer que les brunes ne comptent pas pour des prunes, tout de même, mon inlassable persévérance s'estompait.

Inopinément, une juvénile blondasse, ressemblant bizarrement à la description du portrait-robot, se faufila dans l'édifice.
Promptement, je décidais de faire de même.
Enjambant rondement l'escalier, je rejoignis mon inconnue avant qu'elle ne referme la lourde de l'appartement et la poussait dans le home.
J'étais parvenu à éluder l'écueil de l'oculus.

Les palabres allaient s'amorcer :

- Bonsoir les vamps.
On va causer de David tout les trois.
J'espère que vous allez être prolixe et loquace sinon je vais devenir malintentionné.

- C'est un accident.
On voulait pas l'occire.

- Et toi la blonde aguicheuse, cesse de balancer des foutaises saugrenues.
J'ai vu l'état du macchabée.
Vous vous êtes bien diverties, une bien coquette rouste !

La Blinou prit alors la parole :

- David m'avait plaqué pour une ravelure et avec ma s½ur on a voulu se venger.

- La blondasse est ta frangine.
Chouette, vous allez être à l'unisson dans le même cul-de-basse-fosse.
Et ne vous plaignez pas.
Dans le bon vieux temps, vous auriez connu la lunette.
Je ne parle pas de la paire de verres fixés à une monture, servant à corriger la vue mais de l'ouverture ronde du couperet, qui emprisonnait le cou du condamné.
Avant de te décapiter, l'exécuteur des hautes oeuvres , l'ami Deibler, t'offrait un verre de rhum et une cigarette.
Pour ceux qui ont une répugnance pour les spiritueux et la nicotine, le dénouement est déplaisant !

- Je vous jure qu'on ne la pas descendu.

- Blasphémer est un péché, mais avec des corollaires moins préjudiciable que l'homicide.

- On l'a castagné, étrillé, cogné et rossé, mais on ne l'a pas trucidé.

- Et mon séant, c'est du galliforme?
Cesse de me cravater !
Avec ton tempérament vindicatif, j'ai du mal à gober tes sornettes.
Ce que tu me contes est fallacieux, captieux sous des apparences de véridicité.
Je n'avale pas tes arguments spécieux.
De toute façon, ce n'est plus mon affaire.
Vous vous expliquerez avec nos amis granivores.

Mon labeur était clôturé, le reliquat appartenait désormais à Menou.

TROISIEME JOUR

Après une nuit de léthargie lié à un sommeil pathologique, permettant de recouvrer quiétude et sérénité, je retrouvais mon vieux pote Jacques afin de faire le point sur notre cas judiciaire.

Comme à accoutumée, la môme Nathalie décampait du bureau de mon camarade, après lui avoir effectuée sa caresse, matinalement, par voie orale.
D'ailleurs l'expression de prédilection de notre petite préposée est "Buccalement votre"!

Après l'action du lovelace vient le délassement.
Comme Jacques n'a pas connu une notion chère aux psychologues, la période de latence, la fatigue commençait à l'envahir.

En entrant dans son local, je distinguais un bastringue sui generis venant de son gosier et de son pif :

- Jacques, d'où vient ce grésillement similaire à un bourdonnement ?
- Je me défatiguais après un introductif de ma petite pépée.

- Je sais que tu as a toujours été un latiniste réputé.
Ton érudition inégalable va incontinent, nous indiquer, que le terme fellation vient du latin fellare signifiant sucer.

- Paul, si c'est du latin, ce ne peut pas être pernicieux !

- Décidément, ton amoralisme est ignominieux.
Jacques, renonçons à nos fadaises insipides et donne moi des nouvelles de nos amis de la maison poulardin.

- Cette nuit, Menou ne s'est pas langui.
Durant la procédure de garde à vue définie par le code de procédure pénale, Menou n'a ouï de nos loustics que démentis, dénis, protestations, récriminations, doléances, griefs, et jérémiades !
Nos suspect ne prétendent comme seuls délits, ceux d'acharnement, d'âpreté, de brutalité, de fureur, de rage, d'impétuosité, de sévices, de fougue, de virulence et de vivacité, mais pas celui de crime !

- La véridicité est un principe inexploré par nos petites poufiasses perfides.

- Le psychanalyste hongrois Sándor Ferenczi décrit dans son ouvrage "Thalassa, psychanalyse des origines de la vie sexuelle" le processus du boniment.
Selon notre analyste, le psychotique a une inclination à gober ses propres fariboles.

- Ou le sombre dessein d'induire le jury en erreur !

Sur cette tautologie d'une platitude rare, je laissais mon alter ego
se relaxer de sa destinée dissolue.

Mon investigation étant achevé et mené à bien, dès lors je réintégrais la garçonnière de ma douce et cajoleuse compagne.
J'avais beau appuyer sur l'interrupteur déclenchant le dispositif d'appel acoustique, actionné par un électroaimant, personne ne répondait et pas de pipelet ou pipelette pour me renseigner.
Je dévalais rapidement les marches de la cage d'escalier caractérisé par sa rampe en colimaçon, et me retrouvais ainsi à l'extérieur.

Sur la chaussée nouvellement macadamisée, je tombais sur la môme Andréa :

- Ma petite mioche, sais-tu où on peut dégoter Hélène?

- Elle fait son jogging quotidien.

J'abomine les anglicismes symbole de la décrépitude analogue à la paupérisation intellectuelle de notre société.

- Où pratique-t-elle son activité sportive?

- Du coté de la forêt, pas loin où on a retrouvé ce pauvre David.

En fin de compte, je décidais d'attendre ma petite amie.
J'ai sempiternellement eu une forme de scepticisme pour les coïncidences et les concomitances.
Un conciliabule me paraissait primordial.
La patience étant une de mes valeurs, il ne me restait plus qu'à battre la semelle.
D'ailleurs, je n'ai aucun mérite.
Je ne faisais que suivre les principes de mon maître à penser, le marquis de Vauvenargues.
Dans ses "Réflexions et Maximes", il nous confiait que "La patience est l'art d'espérer."
Aujourd'hui qui se souvient de cet écrivain et moraliste?
Personne!
Nous vivons un âge de la déconfiture et de paupérisation de la pensée qui dépasse l'entendement.

Plongé dans mes réflexions et méditations contemplatives, je ne fis pas attention au retour de Hélène :

- Paul, tu m'attendais?

- Non, c'est toi qui risque de te morfondre pendant vingt piges!

- Que me chantes-tu là ?

- Foutage de gueule agrémenté de craques inenvisageables !

- Je n'assimile pas ce que tu aspires à me communiquer.

- Foutaises, arrête de moufter, espèce de cauteleuse sournoise.
Tu était en train de faire de la course à pied quand tu es tombé sur David en train d'agoniser après avoir été martyrisé par les s½urs Blinou.
Je présume que quelques coups de lattes, balancés au hasard de ton humeur, lui ont éclaté le foie et égrugé la rate.
Cela avait ainsi achevé le boulot de nos frangines tortionnaires.

Larmes, sanglots, et gémissements couvraient la frimousse de Hélène :

- Cela était comme dans un cauchemar.
J'ai vu le corps de David.
Je ne savais pas s'il était vivant ou mort.
En me souvenant de ses nombreuses trahisons, un coup de folie s'est emparé de moi et je me suis emporté sur la dépouille de David.
Que vas tu faire maintenant?

- Rien.
Il me serait difficile de prouver que David était encore vivant au moment où tu t'es acharné sur lui.
A la rigueur, tu auras toujours la latitude de prétendre d'avoir été sujet à un cas de amok ou de raptus.

- Et pour nous deux?

- Je n'ai jamais eu d'attrait pour Némésis.
Tu trouveras bien un autre petit ami.

Finalement, le meilleur statut social, sauf dans le domaine fiscal, est bien le célibat.



KIDNAPPING D'UN LARDON


PRIMUS CAPITULUM

Recroquevillé sur mon siège, en train de compulser de vagues et indécis documents sans considérable portée, je m'évertuais d'oblitérer ma dernière affaire, ne voulant pas connaître l'asthénie, un des révélateurs symptomatique du cafard.
Préférant ne pas utiliser de thymoanaleptiques, l'amnésie est parfois ce qui existe de mieux pour le mental.
D'ailleurs, j'ai continûment eu une prédilection pour l'ergothérapie amnestique.
Je me suis toujours défié des médicastres prescrivant de l'imipramine ou autres médicaments psychotropes comme les psychoanaleptiques, les psychotoniques sans oublier les psychodysleptiques.
Le pire étant peut-être la léthéomanie.

Un début d'endormissement commençait à m'assaillir lorsque le carillon se mit à tintinnabuler.
Un adipeux gaillard d'une quarantaine d'année nanti d'une figure oblongue, à l'air fat, accoutré comme un milord, s'immisça dans mon bureau, après avoir essuyé ses flûtes sur le gratte-pieds :

- Bonjour Monsieur, que puis-je faire pour vous?

- On m'a beaucoup conféré de vous Monsieur Cooper.

- Il ne faut jamais prêter l'oreille aux mauvaises langues monsieur...Comment déjà?

- Iorga, Edouard de mon prénom.

- Alors, monsieur Iorga, pour quelles intentions avez-vous besoin de mes modestes services.

- Retrouver mon chiard.

- Donner moi un exposé détaillé plus approfondi et minutieux sur la volatilisation de votre loupiot.

- Ma môme se rendait au bahut.
Et depuis pas de nouvelles.

- Elle s'est évaporé depuis combien de temps?

- Quatre ans.

- Vous êtes un adepte de la cocasserie bouffonne.
J'assiste à un entretien canularesque.

- Si vous ne souffrez pas des symptômes de la maladie d'Alzheimer comme notamment l'atrophie cérébrale, vous devez vous souvenir de l'affaire de la petite Vanessa.

- Mais bien sur, la gosse Vanessa.
On en a tellement jacté à l'époque.

- Et bien, il s'agit de ma fillette.

- Et vous estimez que je vais parvenir à retrouver votre rejeton alors que la police avec tout ses moyens a échoué !
Je ne prétends pas être un spécialiste en policologie, mais je peux vous affirmer que vous vivez en pleine chimère !

- Votre ami Menou m'a préconisé de vous contacter.

- Certes, nous avons eu, pendant un certain laps de temps, des liens familiaux, mais j'ai l'impression que lui aussi vit également en pleins songes.
Voyez-vous monsieur Iorga, j'ai un code de déontologie, une morale, une éthique professionnelle qui m'empêche d'égorger et de carotter le chaland.

- Prenez ce chèque, cela vous mettra du beurre dans les épinards.

- Si vous aimez claquer vos talbins par les fenêtres, c'est votre problème !

Sur cette apophtegme, notre causerie s'acheva.

Cet événement avait fait beaucoup de raffut à l'époque.
Une morveuse de douze ans qui s'évapore, cela fait immanquablement du tintouin.
On ne l'a jamais dégoter malgré les efforts indubitables de la volaille locale.

A - t'elle été victime d'un dépravé pédophile, ou bien d'un accident : un chauffard l'ayant enseveli dans un coin reculé, insaisissable pour le commun des mortels?
Toutes les possibilités imaginables ou inimaginables étaient envisageable.

La relecture des articles concernant cette évaporation juvénile me paraissait être la base indispensable pour ébaucher cette nouvelle enquête.
Pour cela je me rendais diligemment chez mon courriériste localier de prédilection, réputé pour son animadversion des brûlots.
Les archives requinqueront mes souvenirs sur cette douloureuse histoire.

Comme à l'accoutumance, la polissonne Nathalie, une adoratrice du godemiché, venait de terminer sa cajolerie orale, véritable source de jouvence pour mon écrivailleur fétiche :

- Alors Jacques, si je comprend bien, ta mouflette est plus douée pour l'oral que pour l'écrit !

- Logique car cette belle plante souffre d'alexie.
Ton apparition n'est pas lié uniquement aux charmes de ma petite nymphette.

- La jouissance liée aux bouffardes n'est pas le prétexte de ma venue !
Tu te souviens de la dissipation de la bambine Vanessa.

- Assurément, on en a deviser à tire-larigot au moment de cet événement.

- Son paternel me sollicite pour la localiser.

- Un doux rêvasseur!
Tu vas mener à bien cette investigation où des gens mieux armés ont échoués !

- Que veux tu, je suis comme Stéphane : Mallarmé !

- Un détective lettré, c'est comme un docte journaliste, c'est inusité !

- Cessons notre éblouissante causerie matutinale pour en revenir aux faits.
Je veux que tu me refiles toutes les archives de ton canard sur ce dossier.

- Je vais faire un tour dans mon computeur.

- Tu me bassines avec tes mots empruntés à l'anglais !

- Tu te plantes de fond en comble !
Computeur vient du latin compututus qui signifie compter.
A l'origine, ce vocable concernait une méthodologie servant à fixer la date des fêtes mobiles du calendrier ecclésiastique.
De même, du terme ordinateur, venant du latin ordinator signifiant "qui met en ordre".

- je suis estomaqué par ton érudition.
Je vais te faire pisser dans une fiole car il n'y a que le dopage pour expliquer de telles connaissances.
je vais utiliser un appareil constitué d'un chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse afin de savoir si tu prends de l'éphédrine, de l'adrénaline ou autres stéroïdes anabolisants.

- Au lieu de dire des crétineries aberrantes, laisse moi entrer les données de ce dossier sur la SGBD.

- Je ne connais pas l'idiome que tu utilises pour t'exprimer.
C'est peut-être du swahili, du tagalog, de l'urdu ou je ne sais quelle langue bantoue liée pourquoi pas au volapük !

- Et en plus ce n'est pas un jargon lié à la langue anglo-saxonne puisque cela signifie Système de gestion de base de données.

- Cesse ce ton professoral pour ainsi dire doctoral pour enfin me révéler des informations sur notre pauvrette.

Mon labadens a toujours aimer marmonner avec emphase.
Jacques, avec ses deux index comme tous les néophytes du clavier, entra les critères nécessaires.
Sur le moniteur à écran plat de dix-neuf pouces, technologie contemporaine, doté d'un temps de réponse exceptionnellement faible en terme de milliseconde, renouvelant ainsi les postes à tubes cathodiques, apparut toutes les informations désirées.
L'évolution technologique, notamment sur le plan de l'informatique, avait de la sorte rendu obsolète: téléscripteur, bélinographe et autres Nagra ou pneumatique.

En effet, à cette période, ma gazette quotidienne de prédilection avait fait ses choux gras du fait de la dissipation ténébreuse de Vanessa Iorga.
Les articles pondus sur la cavale de notre juvénile mineure par Jacques, étaient abondant et même pléthorique.
Mon ami a toujours été un adepte du stakhanovisme, surtout si cette méthode destinée à augmenter le rendement du travail via le principe d'émulation, lui permet d'augmenter son compte en banque !
La preuve en était l'affairement effréné de l'imprimante matricielle ou à marguerite, éditant les billets, gribouillis et abstracts tartinés par Jacques, toujours dans un style non amphigourique.

Notre moutarde, un jour de janvier, avait quitté le domicile de ses parents vers huit heure trente du matin pour se rendre dans son huppé bahut, affecté pour les chérubins friqués de la cité .
Depuis, c'est le vide intersidéral, quasi interstellaire.

La maréchaussée avait interrogé tous ceux connus pour leurs attirances sexuelles pour les enfants.
Tout les pervers, les gommeux débauchés, et autres dénaturés vicieux, sans oublier les poussahs, les dilettantes de bacchanales, les gros pourceaux de la place de Rouen, s'étaient fait cuisiner par le personnel limier de Brisout de Barnouville.

Résultat : rien, néant, zéro, que dalle !
Pas de témoin oculaire, ni de déposition, uniquement de la vacuité !

A part l'effet du retentissement d'une volonté divine, je ne me voyais pas résoudre de façon esseulé cette énigme digne d'une charade ou d'un logogriphe.

Pour ébaucher cette énième investigation, je me décidais d'aller voir une de mes allumeuses préférées de prédilection, ma légendaire arpenteuse de trottoir, Zelda, dont la faiblesse est l'adulation, l'impulsion obsédante de la pyromanie :

- Alors ma gironde péripatéticienne, tu folâtres encore sempiternellement avec la production des allumettiers?

- J'exècre ta forme de raillerie, rarement guère plaisante.

- Tu te doutes que je ne me pointe pas chez toi uniquement pour percevoir tes craquantes pupilles d'un bleu azuré.

- Dommage pour ma pomme car selon divers bruits, tu aurais plaqué ta juvénile souris.

- Tu es toujours aussi bien informée ma gracieuse michetonneuse.
Alors racontes-moi les derniers potins sur mon compte.

- Selon le brouhaha du coin, tu ne crécherais plus à Rouen mais à Cana.

- En effet, mais je ne dois pas métamorphoser la flotte en pinard, mais mettre la main sur une adolescente disparue depuis des lustres.

- Je gage que tu ambitionnes de savoir si la petite n'est pas devenue un faux-poids.

- Compliment, il est regrettable que nous soyons que nous deux, sinon nous entendrions les vivats et les acclamations enthousiastes de la foultitude.

- Cessons les vétilles insignifiantes.
Un mac précautionneux, préfère éviter l'inculpation supplémentaire de détournement et excitation de mineurs à la débauche.
T'apeure pas, les vertébrés ovipares ont soumis feu le Belge et Riton à la question.
C'est inattaquable, elle ne déambule pas sur l'asphalte rouennais.

- A moins qu'elle ne soit dans un claque en dehors de la région.

- Pas faux, les lupanars sont abondants et les amateurs de chairs fraîches ne manquent pas.

- Si tu as une information, tu sais où me toucher.

- T'inquiète !
A propos, si tu souhaites que je ravigote ton psychisme, pour toi c'est gratis.

- Ma jolie dulcinée, comme je n'ai pas feuilleté en sanskrit, "Les aphorismes sur le désir" écrit par Vatsyayana, je ne pourrais rien faire d'intéressant avec toi !

Je la quittais en posant mes lèvres sur son front.

Bien que les maisons closes et autres bordels soient officiellement cadenassés depuis la législation de Marthe Richard en 1946, je subodore de leur complète évaporation.
Depuis longtemps j'ai paumé mes illusions, surtout lorsque le blé encaissé avec ce genre de spécialité par le monde de la pègre, est nettement substantielle.

Tout cela était bien joli, mais ne faisait pas beaucoup avancer ma nouvelle enquête.
Pour m'exhausser l'équilibre moral, je me résolvais d'aller accaparer un jus chez mon camarade Eric.

A peine avais-je poser les pieds aux Diplomates que les niches et rodomontades s'ébauchèrent de la part de mon pote loufiat :

- Il parait que tu as réussi ta reconversion professionnelle.
Tu es devenu thaumaturge.

- Je vois, mon infortuné Eric, que les informations circulent en un tournemain dans cette contrée.

- Et oui Paul, tu es arrivé au summum de la sommité.
Alors comment vas-tu faire pour débusquer cette ingénue?

- C'est une bonne question et je vous remercie de me l'avoir posée !

Du fond de la salle, une voix avec un ton caustique, fit brillamment observer :

- C'est un plaisant pastiche des idiomatiques politicards.

Cette éminente réflexion venait de mon cicérone fétiche, le professeur Stéphani :

- Alors monsieur Cooper, vous ne venez plus me voir à la Faculté de droit.
Pourtant les jolies étudiantes ne font pas défaut dans mon campus !

- Dans cette sphère d'affairement, j'ai assez donné.

- Vous avez raison monsieur Cooper, il ne vaut mieux pas discourir de ce sujet en public.
Certains bourdonnements liés aux brouhaha de la rumeur citadine prétendent que votre nouvelle enquête est problématique sinon aléatoire.

- Ma modeste expérience me fait dire que de débattre de ce thème avec vous, me ferait énormément avancer dans ce difficile labyrinthe remplis de dédales, d'écheveaux et de lacis.

- Votre idolâtrie envers mes rudimentaires acquis intellectuels vous perdra.
Passer donc me rendre une visite à mon bureau avenue Pasteur vers 17 heure, et je verrai la contribution que je peux vous procurer.

Le désir d'espérance étant un des rares dessein de l'existence, cette entrevue ne pouvait que faire progresser mon épineuse investigation, du moins si mon doyen a des dons de chiromancien ou de télépathie.

Bien que je sois un zététique, j'affectionne comme les zétètes, indaguer dans les eaux troubles de l'abîme de notre société.
En attendant mon rendez-vous avec mon doyen de prédilection, je me mis à feuilleter le Paris-normandie chapardé à mon camarade plumitif, Jacques.
Selon mon écrivassier fétiche, d'ici quelques jours, enfin, notre quotidien favori passerait en format tabloïd, soit un amoindrissement en gabarit de moitié.
Evanoui, l'ère révolu, où pour survoler mon canard, il fallait une table de travail de la taille d'un pacha sinon d'un pachalik !

La journée se clôturait, témoignant l'imminence de mon entrevue avec mon universitaire titulaire d'un honoris causa.
Je jetais mon canard d'écrivaillon dans la corbeille, quand celle-ci sera pleine, son contenu finira dans le dévaloir, et levais mon arrière-train de mon siège pour rendre visite à mon ami mandarin.
Superflu d'utiliser son bolide pour se rendre à la faculté vu que nos énarques locaux ont oublié de prévoir des parcs de stationnement automobile afin de parquer nos berlines.
N'ayant pas de cyclomoteur, de ce fait, j'élimais les semelles fines de mes escarpins pour couvrir l'espacement entre mon bureau et celui de ma sommité universitaire.

Arrivé rue Pasteur, je tombais sur la poulette de la réception qui avait négligé d'être une ravelure.
En effet, cette greluche était loin d'être disgraciée et fanée.
La souris se souvenait de ma pomme et me donna une marque extérieure de civilité.
N'étant pas là pour la bagatelle, je me contentais de lui sourire et rejoignais le bureau de mon professeur.

Mon maître de conférences mitonnait le café avec son percolateur :

- Je sais monsieur Cooper que vous avez un faible pour cet alcaloïde, stimulant le système nerveux, que l'on retrouve également dans le thé et le maté.

- Il est certain que le jus ragaillardit mes méninges.

- Prenez en beaucoup car vos cellules grises devront être alerte pour recouvrer votre chenapan.

- A moins d'un phénomène interprété comme une intervention divine, je ne vois pas comment réussir.

- Je ne suis pas pénaliste mais civiliste, mais je vais quand même m'escrimer à vous épauler.

- Cher professeur, je tiens à vous manifester ma gratitude.

- A votre place, je ne l'exprimerai pas trop vivement.
Je viens de cuisiner un ami sociologue sur les cas de disparition de jeunots.
Il m'a obligeamment assené de quelques statistiques.
Chaque année 30 000 cas de disparition de mineurs sont signalés aux services de police et de gendarmerie.
Il s'agit principalement de fugues.
68% des fugueurs et fugueuses rentrent d'eux même dans les 24 ou 48 heures et 91 % sont retrouvés dans les quinze jours.
C'est de mars à juin que les fugues sont les plus nombreuses.
Malheureusement environ 2300 ne sont jamais retrouvés.

- A votre avis, notre minot a-t-elle été la victime d'un réseau de proxénétisme?

- Les proies des souteneurs sont plutôt des minettes de ménages misérables et désunis.
C'est trop hasardeux pour eux de s'attaquer à des familles bourgeoises.
Dans ce genre de cas, comme par hasard, la maison poulardin se décarcasse avec le préfet dans le dos!

- Les couventines sont rare à cheminer sur le bitume.
Comment fait le milieu pour enrôler ces pauvrettes minettes?

- Les proxénètes sont des madrés, un tantinet ficelle.
Ces sacripants sont des experts de l'entourloupette.
Ils vont notamment utiliser la méthodes des annonces-pièges dans la presse pour proposer des activités diverses comme hôtesse, serveuse ou pourquoi pas cover-girl.
Après, dès que les minettes entrent en contact avec eux, cela dépend de la psychologie de nos releveurs de compteurs.
Certains vont utiliser une technique endiablée : du genre tabassage en règle suivi de pénétrations vaginales et anales à en grandes séries pour occasionner l'accoutumance!
De temps à autres, ces rosses souffrant de priapisme rajoutent comme dépravation à leurs souffre-douleur des doubles ou quadruples intromissions.
Les plus futés emploient la manière suave.
Ils vont proposer un porte-folio.
Comme cela n'est pas donné sur le plan financier, on va donc proposer à la jeune femme de faire des photos suggestifs pour payer le portefeuille de photos.
Après il suffit de la faire chanter en la menaçant de montrer les photos à ses proches.

- Ces cocos sont innommables.
Si on élimine l'éventualité d'un réseau de prostitution, alors on peut envisager l'hypothèse d'un cas d'enlèvement ?

- Je ne sais pas s'il faut vraiment l'exclure car d'après des chiffres que j'ai récupéré dans un papier datant de 1973 de la revue Historia consacré au milieu et concernant notamment l'age des marcheuses mineures interpellés par la brigades des m½urs : 4 % des péripatéticiennes ont moins de 14 ans, 41% ont moins de 17 ans et 65% ont moins de 18 ans.

- Je vois que vous êtes amateur de ce périodique à caractère diachronique.

- C'est mon humble et falot violon d'Ingres.
Je ne suis ni discophile, ni cartophile, je me contente de collectionner de vieux magazines.
Mais revenons à nos bovidés.
Concernant la probabilité d'un rapt, nous allons faire un peu d'exemplification.
Le cas le plus connu est celui de Marc Dutroux.

- Oui, je me souviens de ce forban dénaturé connu pour son attirance sexuelle pour les enfants.
Un Gilles de Rays, version plouc analphabète et compagnie.
Son interpellation tardive avait déchaîner la suspicion de nos amis belges envers sa fine fleur politique.

- L'inintelligence hors pair des argousins locaux est, selon toutes probabilités, la source prédominante de cette tragédie.
En juillet 1995, Dutroux ravit de jeunes mouflettes d'une dizaine d'années : Julie et Mélissa.
Un an plus tard, les poulets retrouvèrent les restes des deux chiards dans la bicoque de notre pédophile.

Ensuite, mon éminent professeur me mentionna d'autres cas d'arsouilles comme celui de Patrick Henry.
Le crime commis par cet ignominieux individu est à l'origine de la célèbre expression d'un présentateur du journal télévisé, adepte comme tant d'autres du télésouffleur : la France a peur.

Cette aimable causette concernant les fait-divers, notions fondamentales pour les praticiens que nous sommes, me permis de ranimer de vieux souvenirs, mais vraisemblablement, je doute que nos palabres, proche du babillage, fassent suprêmement progresser mon absconse enquête.
Nous étions plutôt dans le domaine, la sphère de l'ultravide, un vide particulièrement poussé.
Sans nouveaux facteurs décisifs, l'essor de cette investigation allait demeurer pour une longue pérennité, inachevée.
Je guignais réussir car j'ai toujours abominé les buses.

Reprenant un mode de locomotion à caractère pédestre, protégeant ainsi la couche atmosphérique, située entre 20 et 30 km d'altitude, sujet aujourd'hui tant à la mode, je confluais dans la direction de mon boudoir.

A peine avais-je poser mon popotin sur mon strapontin acquis chez un chaisier, que mon ami écrivaillon Jacques entrait dans le séjour de mon duplex:

- Paul, je viens de recevoir dans ma boite aux lettres, un courrier anonyme fort intéressant.

- Un mari d'une de tes maîtresses t'informant qu'il voulait te péter ton faciès?

- Désopilant, inénarrable, Paul.
Mais cette lettre, plutôt un rapport de police, concerne, du moins je le pense, notre déconcertante intrigue.

- Réalise moi en moins de deux, une présentation succincte de ce compte rendu.

- Tu te souviens de ce maraud de Riton?

- Un partisan de la crématiste.

- Dans cette correspondance, on apprend que ce manant aurait agencé des ballets roses pour occuper les loisirs de certaines de nos huiles.

- Et après?

- Une ses putes aurait voulu dénoncer cette ignominie et aurait fini calcinée.

- Tu sais bien que j'ai bûché sur ce dossier et que je n'ai rien découvert à part des on-dit !

- Redémarrons depuis la genèse.
Il y a à peine une heure, j'ai récupéré à l'accueil de ma gazette cette volumineuse enveloppe contenant un compte-rendu.
A l'origine, ce procès-verbal concernant les informations d'un mystérieux indic, fut établi par ton copain Bertrand.

- Aux dernières nouvelles, il est dans un oflag, occupant son temps libre à casser des cailloux avec un marteau à tête très lourde, sans panne.

- Et oui Paul, ses nouveaux amis sont des garde-chiourme, des geôliers, et des matons.
Que penses-tu de cette sibylline histoire?

- Pour parodier Hamlet : Intoxication ou pas intoxication, telle est la question !

- Que veux-tu exprimer Paul?

- Des anciens du Deuxième Bureau, comme le colonel Brouillard te décriraient l'intoxication comme une action insidieuse produite sur les esprits par certains moyens regrettables comme la propagande ou l'endoctrinement.
J'ai rencontré ce matin, Iorga, pour la première fois et déjà tout Rouen est avisée, sans négliger, bien évidemment, la correspondance de notre bizarroïde corbeau.

- Tu as une idée de qui manipule qui ?

- L'année prochaine, il y a des élections municipales.
Le scrutin risque d'être serré.
Un centre dépecé, mollasse, flasque, avachi, risque de faire la décision.
L'important est de rafler la mise, soit en l'emportant, soit en ayant suffisamment monnayé son soutien.
Si certains importuns, compromis dans des affaires de m½urs, plus ou moins bidon, se retrouvaient éliminé de la course à la mairie, le vote n'en serait que plus simple pour les électeurs!

- Tu sais, moi la politique !

- Connaissant tes antécédents, tu ne votes plus depuis que Jacques Doriot sait fait mitrailler par un insaisissable coucou, resté anonyme.

- Ah le grand Jacques, que de bons souvenirs !
Tu penses avoir décortiqué cette histoire abracadabrante ?

- Eventuellement.
Soit on est sur la bonne piste pour comprendre la disparition de Vanessa ou bien on se gausse de nous !
Jacques, tu vas m'épauler.

- Et comment mon limier ?

- Dégote moi tout ce que tu peux sur Iorga comme par exemple sa souris, sa smala, ses potes, son turbin etc....

Tandis que mon fouilleur de caniveau de prédilection faisait ses prospections, je téléphonais à maître Heiberg dont le rêve est de devenir bâtonnier et d'ainsi d'être le représentant de l'ordre des avocats, dans le ressort de son barreau.
Mon intention était de lui demander son aide pour rendre une visite à la latomies de Bertrand.
Comme lors d'une précédente aventure que je narrerai peut-être un jour, je lui avais évité d'apprendre à badiner du violon, depuis, il était à ma pogne ad vitam aeternam !
Mon auxiliaire de justice me promis de faire son possible pour obtenir ce droit de visite.
J'espère que son relationnel lui permettrait de tenir son engagement car l'administration ne facilite jamais à un tiers de rencontrer un prévenu.
Pour réaliser cette opération, il faut normalement déposer une demande de permis de visite auprès d'un juge d'instruction avec une photocopie de ses fafiots et de deux photos.
Bien évidement, le temps que le juge ait examiné ma demande et qu'il l'autorise, Bertrand et moi même seront mort de vieillesse depuis longtemps.

En attendant des nouvelles de mon littérateur et de mon porteur d'épitoge, j'avisais d'aller écluser un godet tout en ingurgitant un fricot à défaut d'ambroisie chez mon barman préféré.
Le seul mérite de mon ami est que la jaffe est consommable dans son bistrot depuis le congédiement son gâte-sauce.
Un instant plus tard, je pénétrais dans mon bouge de prédilection.

Cette fois-ci, je ne distinguais ni railleries, ni persiflages et sarcasmes :

- Je ne perçois pas de goguenardises de ta part, mon désappointement est incommensurable.
Tu fulmines car tu as empoché peu de matabiches ?

- Je pratique la clownerie par intermittence.
Alors, quels nouveaux développements avec ton affaire?

- Tes accointances étant abondantes, tu pourrais probablement me donner des éclaircissements sur mon client.

- Iorga est une grosse légume à Rouen, un authentique hiérarque.

- C'est quoi son job?

- Sur son torpédo, on trouve sur la plaque de matière transparente située à l'avant, un caducée.

- Un professionnel de l'anamnèse.
La médecine l'a engraissée?

- Non, c'est plutôt la dichotomie qui l'a enrichie !

- Je vois, un praticien intègre et probe.

- Sa clientèle se compose de toute des personnes influentes de la contrée.
Alors crois-moi, quand sa morveuse s'est évanouie, la police a remué son arrière-train !

- Tu n'as rien d'autres pour ma pomme ?

- Niet.
Mais ne t'angoisses pas, dès que j'ai des indications sur ton énigmatique thérapeute, je t'envoie un radiogramme.

En attendant des nouvelles de mon radiotélégraphiste en herbe et de mes autres balances, une méridienne bien méritée m'attendait sur ma bergère.
Une sexta hora permets un état de paix et de tranquillité, idéal pour la réflexion.
Je ne prétend pas être un spécialiste de l'hypnologie ni de l'hypothalamus et encore moins du nycthémère, ou de la pensée déréelle, je considère simplement que le délassement est une excellente technique pour remettre mes cellules grises en forme.
Un bastringue composé de ronflements, bourdonnements et ronronnements, submergea mon modeste gourbi.
Certes la ronchopathie se traite, mais l'appétence de me faire charcuter le pharynx dans une polyclinique par un clinicien était absente.
La perte de ma conscience physiologique symbole du sommeil mit fin à cette journée.
Je ne me souviens pas si cette nuit là, j'ai rêvassé ou cauchemardé sur le thème de la criminogenèse ou bien si j'ai pioncé sans bayer aux corneilles.

SECOND PARTIE

L'aurore, invention de Méphistophélès, ne devrait exister.
Elle symbolise le retour à la matérialité de l'existence.
La réalité était limpide tout comme la géhenne, je devais retrouver une blondinette ex nihilo.
Mon apostolat était tout aussi coton que Astarté recherchant aux Enfers Adonis.
Dîme, gabelle, patente et autres taxes ruinant mes modiques pécules, m'obligeaient à acquiescer ce genre de besogne.
La fringale commençant à me submerger, je décidais de ce pas de m'attabler chez mon ami Eric.
Faute de liquidités suffisantes, je me contenterai d'un modeste petit déjeuner exempt de gimblettes et de gougères.
L'impécuniosité m'évite ainsi l'embonpoint et l'adiposité.

Arrivé dans ma buvette fétiche, mon camarade taulier panossait le parquet avec un balais afin d'éliminer salissures, immondices et tout autres détritus :

- Enfin de la salubrité dans ta guinguette.

- Ici, c'est une maison convenable monsieur Cooper !
Au lieu de commettre des galéjades falotes indigne de tes prédispositions épistolaires, tu ferais mieux de prêter l'oreille pour ouïr les dernières nouvelles que j'ai obtenu sur notre insaisissable toubib.

- Promptement, avant que ma patience s'esquive, narre moi tes saillantes trouvailles.

- Ton omnipraticien malgracieux, aime hanter certains lieux qu'il vaut mieux éluder si l'on veut perpétuer ses bas de laine.

- Un flambeur fréquentant cercles et autres tripots si j'ai bien pigé ?

- Le poker avec ses brelans, flush, full, l'a complètement mis sous la paille et devine mon limier qui est son créancier ?

- Bien entendu, c'est ce faquin de Riton.

- Comment as-tu subodoré ?

- Tout bêtement par le fait d'éprouver personnellement la réalité d'une chose.
Une causerie avec cet immonde énergumène, employant de la ressource humaine ambulante, me parait nécessaire.
As-tu autres choses sur notre bizarroïde thérapeute ?

- Après l'escamotage du marmot, sa moitié s'est taillée.

- Donne moi ses coordonnées, je ferai un saut chez elle,
on ne sait jamais.

A peine avais-je remis les pieds dans ma garçonnière que l'interurbain trépida.
Mon avocat marron me signalait que par l'intermédiaire de ses accointances, il m'avait décroché une entrevue avec mon captif favori alias Bertrand.

Bonne Nouvelle, le lieu de détention de notre policier limogé, était une taule éminemment délabrée ressemblant à un boîton.
Un ruiniste talentueux pourrait connaître l'opulence en croquant cette ergastule.
Un affable maton de cette maison centrale m'achemina vers la geôle de mon ami.
Visiblement, les notions de propreté, d'hygiène et de salubrité sont inconnus de l'administration pénitentiaire.
Au contraire, les margouillis proliféraient.

L'encaustique, orpiment, et ripolin sont des rudiments de bases ignorés au trou.
Néanmoins, il existe pourtant des produits siccatifs, accélérant le séchage des peintures.

L'oubliette de mon pote était quasi vide.
Pas impedimenta, ni fourniment et autres barda ou fourbi, son cachot ressemblait étrangement à mon gîte.

Bertrand allongé sur son plumard, dont le futon donnait l'impression d'être submergé d'ectoparasites, et le châlit d'être bouffé par des insectes xylophages, bouquinait un ouvrage :

- Vu ton standing actuel, moi à ta place, je renoncerai aux polars.

- Eléphantesque aberration Paul.
Je ne suis ni liseur, ni adepte de la psychocritique, mais indéniablement « Le sac de Couffignal » est un authentique chef-d'½uvre.

- Entièrement d'accord avec toi Bertrand, et en plus la postface de Lillian Hellman est remarquable.

- C'est en entendant jaser sur tes exploits récents avec Cairo et Spade, que j'ai découvert Dashiell Hammett.

- Ce vieux pédéraste de Gide prétendait que « ses dialogues pourraient en remontrer à Hemingway et à Faulkner. »

- Paul, te connaissant bien, je doute que tu vienne me voir uniquement pour jacasser de littérature.

- Ni pour prendre de tes nouvelles car si ce lourdaud de Menou n'était pas intervenu diligemment, tu m'aurais obligeamment révolvérisé.

- Comme tu es un ami, je voulais simplement te proposer une fin sans souffrance t'apparaissant comme une délivrance.

- Avec un ami comme toi, il ne vaut mieux pas avoir d'ennemis !

- Arrêtons de déblatérer et revenons aux choses sérieuses, tu es venu pourquoi ?

- Te baratiner de stupre, de luxure, et de dévergondage.

- Sujets qui m'intéressent peu ,depuis que j'ai décidé de prendre, pour vingt piges, une retraite dans un ashram étatisé.

- Burlesque Bertrand, mais là je te parle de mouflets
servant de garniture pour des parties fines organisées par cette charogne de Riton.

- je suis au courant de cette scélératesse. Un de mes indics m'avait avisé de cette vilenie.

- C'est en effet un récit véridique, tu as même fait un rapport qu'un corbeau vaguemestre m'a remis.

- Un procès-verbal très fructueux
Il a du servir à caler une armoire d'une de nos édiles.

- Il est vrai que les termites ont tendance à ingurgiter le bois des pieds du mobilier.
Sans tes exposés, les culbutes de meubles seraient abondantes.
Colporte moi, le reste de tes informations concernant nos maroufles.

- Paul, j'ai un scoop pour toi.

- Bertrand, depuis le temps que l'on côtoie, tu devrais savoir que j'abhorre les anglicismes.
Je suppose que tu va prétendre que ce pendard de Riton a enlevé Vanessa et même mieux que Iorga lui aurait fourgué sa petite merdeuse pour s'acquitter de ses dettes de jeu.

- Paul, tu es à la quintessence de ton génie.
L'assuétude au doping est l'unique explication à cette arcane.

- Réjouissante galéjade, mais cessons de ratiociner et indique moi en plus sur cette exécration.

- Wilmer Cook qui fricotait pas mal dans tout les coins interlopes de Rouen, m'avaient refilé pleins de tuyaux sur certaines turpitudes regrettables.

- Ils sont tous aussi mesquins et étriqués tes indicateurs ?

- Tu crois qu'on obtient des détails divers et nombreux sur le milieu avec des hobereaux, des capucines ou des carmélites !

- L'ingénuité n'est pas préconisé pour évoluer dans la sphère de la criminalité.
Je peux le dénicher où ce gredin de Riton ?

- Il a ouvert dans une cave, un exigu casino privatif du coté de la gare.

- Ce soir, j'irais faire un tour dans son établissement de jeux juridiquement douteux.
Mon bon Bertrand, on se revoit dans vingt printemps pour fêter ta quille.

- D'ici la levée d'écrou, essaye de nous débarrasser de cette
pourriture de Riton.

Abandonner l'hôtellerie pénitentiaire pour retrouver la civilisation fut une incommensurable volupté.

Présentement, j'avisais d'aller voir madame Iorga.
Cette femme gîtait dans un building en ruine où ni le frontispice, et ni les ascenseurs n'ont pas été retapé depuis la présidence du havrais René Coty.
Son quartier était loin d'être résidentiel, il était plutôt pouilleux.

Dans ce genre d'endroit, il faut mieux être attentif.
Des petits plaisantins se récréent en bazardant divers bidules par les fenêtres comme des canettes de bières ou parfois bien pire.
J'ai connu un huissier qui a reçu à ses pieds un fer à repasser.
A quelques centimètres près, il rejoignait les anges dans un monde dit meilleur.
Après avoir reçu de la cime d'une bâtisse, un appareil électroménager sur l'occiput, la technicienne de surface aurait du boulot pour enlever les traces des protubérances cérébrales et annulaires abondantes.

Cinq étages à escalader, cela était excellent pour rester frais et dispos.
Oiseux de s'évertuer à sonner, car le timbre était depuis longtemps vandalisé, je me contentais donc de frapper à la porte.
Immanquablement, personne ne répondait.
Les musulmans attendent le mahdi, de mon coté je moisissais sur une marche en espérant que cette damoiselle ouvre la porte ou bien revienne de sa sortie.
La longanimité est le pivot de mon métier.

Au bout de quelques minutes, la porte s'ouvrit et une matrone flétrie, mamelue, d'une mocheté et d'une disgrâce insolite, endimanchée d'une façon surannée, se pointait sur le seuil :

- Madame Iorga ?

- Oui, me répondit-elle d'une voix rendue visiblement pâteuse par des boissons spiritueuses.

Son élocution saccadée n'allait par rendre limpide nos conciliabules, nous évitant ainsi le verbalisme :

- Paul Cooper, je suis chargé par votre mari d'enquêter sur l'escamotage de votre rosière.

- Cela fait une éternité qu'elle s'est éclipsée.
C'est pas un zigoteau comme vous qui va la faire resurgir.

- Ma mignonne, je suis rétribué pour faire des prodiges.

Cette rustaude empuantissait par son clapet de la vinasse délétère.
Son éthylisme donnait à son faciès un air égrotant.

- Vous avez plaqué votre conjoint.

- Ce fumier préfère se taper des traînées et les asperger de foutre.

- Il vous a laissé une obole.

- Des prunes, ni pension alimentaire, ni prestation compensatoire.

- Il possède bien un petit avoir ?

- Et bonhomme, il a tout englouti, tout flambé à force de caver dans le jeu.

- Où, et avec qui, ma beauté ?

- Ce salaud ne me disait rien.

- Bien, je vais vous laisser.

- Au revoir mon gus.

Après cette visite dans le tiers-monde social, je décidais de me requinquer le moral en allant voir mon plumitif préféré.

Comme d'habitude, la libidineuse Nathalie venait de sortir du bureau de Jacques après lui avoir effectuée une petite chatterie :

- Tu m'as l'air bien cafardeux ce matin mon brave Paul.

- L'indigence est un phénomène bien abject mon pauvre Jacques.

- Retrace moi tes aventures matineuses.

- J'ai entamé la journée par faire une visite à un bagnard et j'ai fini par une poissarde poivrote dégageant une fragrance pestilentielle.

- Je te laisse ta soûlarde, je préfère ma petite lubrique.

- Le discernement s'est tout compte fait présenté à toi.
Tu as de l'inédit pour moi ?

- Notre toubib était endetté à mort.

- Change de gagne-pain mon ami, devient oiselier, portefaix, ou maquignon, mais arrête le journalisme car tes exclusivités sont piètres.

- Monsieur le détective de mes deux, apprend que comme par hasard les dettes de jeux que ton client devait restitué à Riton ont bizarrement été rescindé après la dissipation de Vanessa.

- Oui Jacques, toutes mes excuses, c'est bien toi le meilleur des écrivassiers.

- Ok Paul, pas de logomachie entre nous, tu es amnistié.
Bon on est d'accord.

- Sur quoi mon bon Jacques ?

- Iorga a livré sa chipie à ce malappris de Riton pour acquitter son passif.

- Ton raisonnement parait rationnel, pour autant ton hypothèse a une lacune de taille.

- Quelle omission aurais-je négligée ?

- Si mon prospect avait fourgué sa fillette à ce gibier de potence de Riton, pourquoi m'aurait-il contacté pour que je la retrouve ?

- Tu en penses quoi ?

- Pas grands choses, mais d'ici quelques heures, je connaîtrais la vérité.

Je n'avais pas revu Menou depuis ma désunion avec sa nièce.
Une visite s'imposait donc dans un endroit dont ma présence était depuis un certain temps, non prisée : le Quai des Orfèvres local, Brisout-de-Barneville.

Naturellement, à peine avais-je mis les pieds sur le paillasson du commissariat que des énergumènes commencèrent à m'invectiver tout en me faisant des mercuriales et en menaçant de me porter un atémi :

- On t'a déjà dit de plus foutre les panards ici, espèce de fouineur de merde.

- Je ne dialogue pas avec des gougnafiers.
Dis à Menou que je veux lui causer.

- Et toi, tu me prends pour qui pour me donner des
sommations ?

- Je préfère ne pas rétorquer car je ne veux pas me
transmuer en butor.

Une échauffourée aurait probablement suivi cette brillante répartie si une voix aigre non euphonique ne s'était époumoné :

- Evidemment qui fout la chienlit ici : Cooper comme
d'habitude.
Transiter par mon bureau, on va s'expliquer mon loustic.

Un instant plus tard dans le cabinet de ce pignouf, notre causerie s'ébaucha :

- Je vous attendais Cooper.

- Je n'en doutais pas Menou.
Si je comprends bien, vous voulez liquider Riton, cet exalté du napalm, sans risquer de pépins avec les grosses légumes locales.

- Pour une fois Cooper, que vous pouvez m'être utile.

- Et Iorga, son rôle dans tout cela ?

- Il prétend ne rien savoir sur la disparition de sa fille.

- Bobards, salades et sornettes.

- Possible.
C'est grâce à vous que j'ai su le rôle possible de Riton dans cette affaire.

- Et comment mon cher Menou ?

- Après que vous ayez débusqué les restes de Wilmer Cook, j'ai perquisitionné dans son infâme bauge, j'ai retrouvé des notes concernant certaines distractions regrettables de nos fines fleurs.
A posteriori, j'ai trifouillé en tous sens pour tomber sur le rapport de Bertrand et je peux vous dire que j'en ai bavé car certaines personnes se sont débrouillés pour faire disparaître toute trace de ce compte rendu.
Je me suis permis d'en envoyer un phototype à Jacques.

- Je m'en doutais un peu.

- Mais cela reste entre nous, bien évidemment.
Postérieurement avoir décroché l'exposé de mon ancien confrère, j'ai simplement conseillé Iorga de vous consulter.

- Une entrevue avec ce biscornu paternel s'impose.

- Bien entendu, nous n'avons jamais converser ensemble
de cette saugrenue affaire.

- Naturellement.

Pour faire plus authentique envers ses faméliques larbins, je débarrassais le plancher de l' hôtel de police sous une kyrielle de blasphèmes et invectives fournies par ce brave ostrogoth de Menou.

De retour dans mes pénates, je fouinais dans un meuble à tablettes superposées pour décrocher mon flingue.
Mon luger P-08, un pistolet semi-automatique 9 millimètre sentait la naphtaline vu que je ne m'en étais pas servi depuis des lustres.
Un lambeau de vieux linge fut utile pour enlever le mélange de matières pulvérulentes entraîné par le mouvement de l'air.
Décrasser une arme est le B-A-BA si on ne veut pas devenir le client d'un fossoyeur et d'un croque-mort lugubre.

Le talentueux Mickey Spillane, dans son ouvrage « Baroud Solo » exprime que le maniement d'un pétard non nettoyé est un véritable suicide.
Le feu vous explose à la tronche en vous faisant des blessures inconcevables, dignes de films d'horreurs.
Avec ce genre de plaies béantes, inutile d'appeler les urgences, seul un employé des pompes funèbres. peut intercéder.

« Le pire à voir, c'est le cou, parce que la tête est volatilisée et que le sang jaillit encore pendant quelques instants avant que le c½ur s'arrête.
Savez-vous à quelle hauteur le sang peut jaillir ?
Non ?
Je vais vous le dire.
Il monte à cinquante centimètres, sous l'effet de la pression.
Il y en a partout.
On ne sait pas tout le sang que contient le corps humain tant qu'on n'a pas vu une personne décapitée d'un coup.
Je l'ai vu.
Tâchez que cela ne vous arrive pas ! »

Bravo Mickey, c'est bien toi le meilleur.
Je suis heureux d'être ton laudateur.

Je n'oubliais pas de mettre les huit pruneaux dans le chargeur.
Quand mon courroux est en action, je ne prends pas plaisir à léguer des survivants.

Le cabinet de mon chaland étant proche de mon bureau, j'arrivais rapidement à la réception où une enchanteresse petite camériste, semblable à une pin-up, s'occupait de l'accueil :

- Bonjour ma beauté, je voudrais voir votre patron.

- Vous avez rendez-vous ?

- Vous lui dite que je suis Paul Cooper et il va me recevoir sans tarder ma jolie.

Un instant plus tard, j'étais dans l'étude de Iorga :

- Alors Iorga, dans votre récit, vous avez omis de me
raconter certains détails très intéressant.

Iorga était envahit par la sudation, sans oublier ses paluches agitées par des spasmes incontrôlables :

- Vous deviez à ce bélître de Riton du pognon à profusion et comme par hasard juste après l'évanouissement de votre rejeton, fini, basta, les dettes incommensurables.

- Cela n'a rien a voir avec ma pitchoune.
Simplement Riton fut ému par mon désarroi et a résilié
mes dettes liées aux brèmes .

- Vous me prenez pour une cruche.
Cesser donc de proférer des galimatias !
Ce pendard connaissant la commisération, c'est aussi crédible qu'un fasciste se convertissant au judaïsme, surtout quand on connaît sa lésinerie.

- Vous n'êtes pas obligé de me croire, mais je vous jure que je vous dit la vérité.

- J'espère pour vous, sinon vous risquez d'exercer votre sacerdoce pendant un bout de temps dans l'infirmerie d'un pénitencier.

Sur cet aphorisme, je quittais ce maroufle généraliste sans avoir oublier de faire un brin de causette avec sa plaisante petite secrétaire.
Bien évidemment, ce fut un four.
Au moins cela me fera des économies de mastroquet.

Maintenant pour boucler cette enquête une dernière visite s'imposait : aller fourgonner dans le cercle de jeu prohibé de cette fripouille de Riton.
D'après mes informations, son établissement de jeux illicite réunissait tout le gotha de la cité venu dilapider leurs gages et autres rétributions au poker, roulette, trente-et-quarante, whist .

Cette maison de jeux était situé non loin de la gare, lieu où en 1916, le poète Emile Verhaeren a rendu l'âme, écrabouillé par une locomotive.
Je ne sais pas si ce symboliste fut ratatiné par une Crampton, une Atlantic, une Ten-Wheel ou par une Pacific.

Vu l'heure encore matineuse, sa planque était fermée.
Etant crocheteur chevronné, ce ne sont pas les bénardes, cadenas, serrure de sûreté ou à cylindre qui vont me provoquer la poltronnerie.
Etant un connaisseur des palastres et des pênes, en quelques instants, j'étais à l'intérieur de l'édifice.
Un couloir menait à une seconde porte, mais protégée par un système d'alarme.
Pour éviter qu'il se déclenche, et ainsi amener l'arrivée de personnes indésirables forcément enfouraillées, il fallait trouver la série des six chiffres du digicode.
Bien que je ne sois pas titulaire de la médaille Fields, de vieux souvenirs de la communale revenait en ma mémoire, comme la loi binomiale, la loi de Bernoulli, la loi de Poisson, et la loi de Laplace-Gauss.
Ces bons vieux théorèmes servent pour résoudre un casse tête chinois : le calcul des probabilités.
La mathématique : damnation de ceux qui passent le bachot.
En gros pour simplifier ces notions mathématiques à l'extrême, il y a plus de plausibilités de rencontrer aux Bahamas, JFK et Norma Jean Baker accompagnés d'Elvis, que de tomber sur la bonne combinaison du dispositif d'alarme.
On peut toujours oser un quine, mais là encore, le résultat sera aléatoire.

Donc dans ce genre de situation, comme dans beaucoup de circonstances de notre existence, le plus simple est d'éluder l'écueil.
Un triquet, une sorte d'échafaudage se trouvait à l'arrière du bâtiment.
Ainsi, l'occasion de faire de la varappe se présentait.
Arrivé sur la toiture remplie de joubarbes, je vis une baie vitrée donnant directement accès à notre immeuble.
Un léger petit coup d'épaule pour la fracasser et bibi était à l'intérieur.
Il ne restait plus qu'à débouler l'escalier et enfin, je parvenais dans la salle de jeux.

Maldonne, je n'étais pas esseulé, ce marlou de Riton était présent en tenant un mauser avec sa menotte :

- Salut Cooper.
J'augurais de ta venue.

- Enfin une personne qui ne doute pas de mon talent.
Tu connais la raison de mon avènement.

- Tu veux rencontrer la progéniture Iorga ?
Comme tu es mon convive, je ne peux rien te refuser.

- Tu es l'amabilité même.

- Je t'invite à gravir quelques marches.
Voila, tu tournes à droite et tu rentres dans cette in-pace.
Bien sur, tu balances au sol ton attirail à rougir les planchers, si tu ne veux pas quitter cette vallée de larmes avant l'heure de ma décision.

Je me retrouvais donc coffrer, mais je n'étais pas délaissé.

Une teenager accompagnait mon funèbre sort :

- Et gamine, c'est quoi ton prénom ?

- Vanessa.

- De mon coté, c'est Paul.
Je suis raqué pour te dégoter.
Mais ce n'était pas prévu qu'on se retrouve cloîtrer ensemble.
Je demanderais une rallonge à ton géniteur pour les écueils
inopinés.

Les sanglots s'étalant sur son minois, lui enlevait la tonne de cosmétique que lui avait barbouillé son proxénète :

- T'inquiète, on va sortir de cette souricière.

- Vous rêvasser monsieur.
La dernière personne qui a voulu me prêter main-forte, a fini transformée en chaux par l'action des flammes.

- C'était donc vrai.

- C'est même la seule fois où j'ai quitté cet infâme tanière.
Nos gardes-chiourmes nous ont amené dans un bled inconnu.
Ces frappes ont commencé par tabasser, cogner notre copine, jusqu'à que son visage devienne une masse informe.
Puis ils l'ont aspergé d'une matière combustible inflammable.
Je n'ai jamais entendu de hurlements aussi effroyables quand son corps a commencé à cramer et à s'émietter.

- Comment as-tu été raflée ?

- Un matin, en allant au collège, deux hommes m'ont soulevée et m'ont enfermée dans le coffre d'une voiture.
Je ne savais pas ce qu'il pouvait me vouloir.
J'ai malheureusement vite compris quant il m'ont effectué une ribambelle de coïts anal.

- Oublie cela, je te promets qu'on va s'esquiver de là rapidement et que tu vas bientôt revoir tes procréateurs.

- Et même !
Difficile d'effacer qu'on se fait violer dix fois par
jours par des inconnus depuis des années.

Même si par miracle, nous arrivions à sortir vivant de cette aventure, les psychologues et autres psychanalystes, auront du labeur pour faire oublier à Vanessa, les outrages subies.
Le trauma sera dur à traiter.

Des heures passèrent dans notre cagibi sans nouvelles de notre vil ravisseur.
Peut-être était-il en train de refaire son stock de combustible ?
Espérons que les raffineries soient en grève !
Je n'étais pas pressé d'être métamorphosé en carbone.

Des pas saccadés, le raffut de la lourde se déverrouillant , indiquait une conclusion funeste à cette aventure.

Ce pornographe de Riton avec son pétard, accompagné de deux bonhommes équipés de kalachnikov, venait d'entrer dans notre modeste pied-à-terre.

Le tenancier de cette maison de tolérance se mit à me vanner :

- Les amis, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.

- Te connaissant, je crains le pire.

- Notre petite n'aura plus à subir de saillies répétées de la part de mon aimable clientèle.
La mauvaise pour vous consiste en un mot : flambage ou si vous préférez : flambement.
Allez suivez-nous, on va faire un petit tour en fourgonnette.

Confiné dans le coffre de la tire, je ne savais où nos vermines allaient non emmener :

- Mes compagnons, le voyage se termine.
Mon pauvre Cooper, je crains que tu n'ais pas l'occasion de revoir ta payse.
Je vais t'envoyer ad patres, dans un autre monde.
Mais dis-toi que grâce à moi, tu fais des économies.
Si tu savais la marge phénoménale que ce font les propriétaires de crématoriums, tu me dirais merci.

- Riton, j'ai toujours dis que tu étais un philanthrope.

- Bon, j'ai refait le plein à la pompe à essence.
Que la fête commence.
J'aime respirer l'odeur du napalm le matin....

Riton n'eut jamais l'occasion de conclure sa circonlocution, probablement pomper au film de Coppola, car une mare sanguinolent inonda son visage :

- Vous voyer Cooper que malgré mon age avancé, je vise toujours aussi bien.
Et, les deux autres niquedouilles, ne bronchez pas, sinon vous rejoignez Riton .

- Comment avez-vous fait pour nous retrouver Menou.

- En te filant mon gars depuis ta première rencontre avec Iorga.

- J'ai vraiment été manipulé depuis le début.

- Un dernier détail.
Bien évidemment, nous avons fait les sommations d'usage que feu Riton a refusé d'écouter en nous canardant dessus.

- Je veux bien, mais vous avez ces deux polichinelles comme témoins.

- Ne vous inquiétez pas Cooper.
Nous allons creuser une fosse pour ces deux fantoches.

A ce moment là, deux coups de feu éclatèrent :

- Vous voyez Cooper, tous les problèmes sont réglés.

- La pantalonnade s'est suffisamment éternisée.
Maintenant ramenons Vanessa à sa mère.

- Vous avez raison Cooper, en espérant que cela ramènera une nitescence de bonheur pour Vanessa et ses parents.

Le soir tombait, et je n'arrivais pas à trouver le sommeil.

Vers trois heures du matin, la sonnette du vestibule se mit à vrombir.
Ne pionçant pas, j'ouvris immédiatement.

La belle Zelda poirotait devant mon paillasson:

- Que me veux tu ma jolie?

Comme seule réponse, j'eu droit à un patin mémorable :

- Paul, j'ai décidé de faire des heures supplémentaires avec toi.

J'ai toujours aimer les travailleuses ignorant l'aprosexie.
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#Posté le jeudi 19 juin 2008 02:42

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